À la tête de SOS Poverty, qu’elle a repris à la mort de son mari Yousouf Dauhoo, travailleur social, Saajidah Dauhoo vise à mener le combat contre la pauvreté autrement. Pour elle, l’éducation, l’information et l’amour pour son prochain sont les valeurs fortes qui peuvent faire reculer la souffrance. Saajidah Dauhoo a choisi de créer un espace de rencontre pour venir en aide aux mères dans le besoin tout en ayant à coeur d’ouvrir prochainement un home pour personnes âgées.
SOS Poverty a été créé par Yousouf Dauhoo et Eshan Abdool Raman. Saajidah Dauhoo travaillait encore à la municipalité de Port-Louis et, à la retraite, elle a décidé de se consacrer entièrement aux défavorisés. « Au départ, les cours de “social leadership” pour former des leaders dans le milieu social ont attiré environ 1 000 postulants. C’est Cassam Uteem, alors président de la République, qui nous a fait avoir ce déclic lorsqu’il a voulu créer la Commission of Poverty en encadrant des enfants issus des poches de pauvreté. Il nous avait demandé de faire une étude de terrain pour identifier des enfants dans le besoin. Il y avait alors beaucoup de pauvreté et un véritable fléau social à Vallée-Pitot. C’était difficile de trouver un financement adéquat car il n’y avait pas d’association. On a alors organisé des cours pour former des gens et, de là, nous est venue l’idée du nom SOS Poverty, comme un cri de coeur pour lutter contre la pauvreté », a expliqué Saajidah Dauhoo.
Présidente de SOS Poverty et mère de deux fils, Saajidah Dauhoo s’est sentie interpellée par cette noble cause. Pour elle, il était « inconcevable » que les enfants soient livrés à eux-mêmes et que les femmes restent en difficulté sans pouvoir faire entendre leur voix. « Je me suis sentie investie d’une mission et SOS Poverty a mis en place une crèche, une école maternelle et une école primaire. Notre logo est une ruche afin que tous ceux qui viennent autour d’elle deviennent des abeilles solidaires. C’est ainsi que SOS Poverty a voulu avoir une vision pour les enfants défavorisés. Notre devise est “Si la société n’est pas solidaire, on ne peut pas avancer”. On a accueilli des enfants de 3 mois dans les crèches et, graduellement, on s’est chargé de responsabiliser les parents. On offre même le déjeuner et le petit-déjeuner à ces enfants et on essaie de combattre la pauvreté à travers la formation en faisant l’accompagnement scolaire pour les enfants du primaire trois fois par semaine. On accompagne aussi les enfants de l’école ZEP Surtee Sunnee de Vallée Pitot. Nous avons beaucoup de demandes venant des familles », a-t-elle souligné.
L’éducation est la force motrice qui anime cette association. Saajidah Dauhoo insiste lourdement sur le fait que la formation, l’éducation et l’information peuvent aider les femmes à émerger de la pauvreté. « C’est comme une remise en question qui les aide à se prendre graduellement en main et à se responsabiliser. La misère ne devrait aucunement être un frein à l’épanouissement d’une famille », précise notre interlocutrice.
« Il faut une société solidaire »
Au fil du temps, Saajidah Dauhoo s’est aussi intéressée aux personnes âgées. D’ailleurs, dimanche dernier, lors de la Journée des Personnes âgées, elle les a valorisées à Taher Bagh au cours d’un dîner offert par la famille Tulsidas. « Plusieurs de ces vieilles personnes ont été mises à la porte par leurs enfants ou placées dans des “homes”. Beaucoup dépendent de leur pension de retraite pour subsister. Je dis toujours si la jeunesse savait et si la vieillesse pouvait, car ce que ces jeunes ne réalisent pas, c’est qu’ils seront vieux demain. J’ai raconté une légende chinoise qui relate comment des enfants nourrissaient pour un mois leurs vieux parents et, après, le fils se chargeait de ramener sur ses épaules son vieux père ou sa vieille mère pour les jeter dans un ravin. Et, l’un de ces vieux s’est mis à rigoler lorsque son fils a pratiqué ce rituel. Lorsque son fils lui a demandé la raison de son contentement, le père a dit : “J’ai fait la même chose avec mes parents et toi aussi tes enfants feront la même chose avec toi”. Le fils s’est alors empressé de ramener son père à la maison. C’est une notion de vie de laquelle on doit s’inspirer. Nos vieux sont les gardiens de la mémoire, il faut les aimer et les encadrer. J’ai pour projet d’ouvrir un “home” pour personnes âgées dans la région de Port-Louis et je fais appel à tous ceux qui veulent apporter leur soutien de venir aider nos vieux. On a besoin de jeunes volontaires, d’étudiants qui veulent faire de bonnes actions dans leur temps libre. »
Saajidah Dauhoo dit avoir été orpheline de père à deux ans et, au collège, elle a choisi de donner un coup de main pour les cours d’alphabétisation. « C’est important d’avoir les deux parents pour qu’un enfant s’épanouisse. De même que c’est important de rendre hommage à ces vieux parents. Un “home” est un “must” car la population vieillit et bientôt on n’aura plus de volontaires pour encadrer nos vieux. Je privilégie un Day Care Center Home qui favorisera des rencontres entre les vieux qui leur permettront de prendre soin de leur santé et surtout de voir leur épanouissement comme au temps de leur jeunesse. »
Lors de cette Journée des Personnes âgées, Saajidah retient la joie qu’elle a vue sur ces nombreux visages. Une invitée lui a même dit : « Mo abitie vey tizanfan, mo pa ti kone vieyes osi ena enn lavi. Bann fet trwaziem az zame mo finn ale. Premie fwa la… » Pour conclure, Saajidah Dauhoo dira : « Il faut redonner de l’importance à une personne âgée et un jeune doit aussi se poser la question sur son avenir à un âge avancé. Il faut arrêter de se servir des vieux parents pour surveiller les petits enfants, chacun doit se responsabiliser. Le meilleur des hommes est celui qui est le plus utile. »