SAINT LOUIS : Révolution morale

Nous sommes le 25 août 1270, alors qu’a Port-Louis les dodos et les tortues géantes flânent dans le vaste espace verdoyant bordé par une calme baie où batifolent des dugongs, Louis IX, 44e Roi de France, s’éteint aux portes de Tunis sur un lit de cendres, les bras croisés sur la poitrine tenant la croix.
Plusieurs siècles plus tard, l’avidité et l’irresponsabilité de l’homme ont eu raison des dugongs et des dodos. En contrepartie, ses qualités allaient faire de ce coin, privilégié par sa topographie, le poumon et la locomotive de notre pays; une capitale dont nous pouvons être fiers sans pour autant porter des visières sur ses fléaux mortifères, tels la drogue et la prostitution.
Plusieurs siècles plus tard, Louis IX, qui en quelques années fut reconnu saint par l’Église, reste toujours une source d’inspiration intarissable pour l’humanité surtout pour ceux qui détiennent le pouvoir car, au-delà de sa sainteté, ce roi très chrétien était aussi un meneur d’hommes et un administrateur sévère dont les réalisations et l’impact rayonnent encore sur la France et sur le monde.
Louis IX, c’est la victoire d’une éducation religieuse stricte et soutenue par une mère dont certains historiens considèrent, à la limite, de bigote. Qu’importe, Blanche de Castille a sculpté dès le berceau l’esprit de ce grand roi. Louis IX, c’est le Roi qui joint le geste à la parole, inspirant ainsi confiance. Par exemple, c’est pieds nus et en simple tunique qu’il porte la couronne d’épines, qu’il a achetée au Roi de Constantinople, à Notre Dame de Paris. Si votre Roi s’humilie devant la représentation du divin, oserez-vous agir autrement ? Louis IX, c’est le Roi assoiffé de justice, qui ne se contente pas de rêver à une oasis pour étancher sa soif, mais qui se donne à l’édification d’un royaume plus équitable. Par exemple, en 1247, il commandite une grande enquête sur les abus commis par les officiers de son administration contre ses sujets et n’hésite pas à instituer des mécanismes de sanctions qui n’épargnent personne, même les plus hauts gradés ! En 1254, il lance la “grande ordonnance”; véritable constitution pour la monarchie. Au-delà de la dimension réformatrice qu’elle représente pour l’administration du royaume, à l’exemple de l’interdiction des duels, du blasphème et du jeu de hasard, cette grande ordonnance, c’est aussi et surtout une réforme des mentalités, une révolution morale ! Dans son combat contre le mal, Louis IX sait aussi être pragmatique, après avoir évalué la difficulté d’éradiquer la prostitution, il décide de la confiner à des maisons de bois, appelées « bordes », hors de la ville. Elles allaient plus tard être connues sous le nom de « bordels »!
À l’aune d’un si illustre Saint Patron, pouvons-nous nous permettre de marcher à pas de tortues vers une révolution morale tant attendue ? L’intention et quelques actions salutaires, qu’il serait honnête, de reconnaître sont porteuses d’espoir, mais elles risquent d’être insuffisantes devant la fiente que nous avons cultivée au fil des années. Dans la croisade  contre ce mal envahissant, une  plus grande cohésion, une communion soutenue et une sincérité sans failles sous un regard pragmatique sont plus que jamais nécessaires. Et, indépendamment de leur centre d'influence, tous les hommes de pouvoir sont appelés à être le fer de lance!