La Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) se dit « sceptique » quant à la volonté du gouvernement d’introduire le salaire minimum à Maurice. Cela à travers une loi, la National Wages Consultative Council Act.
« Le gouvernement de sir Anerood Jugnauth a gagné les élections générales de décembre 2014 en faisant de l’introduction d’un salaire minimum, entre autres, son cheval de bataille. Force est de constater cependant qu’un an après l’installation du gouvernement Lepep au pouvoir, la concrétisation de cette promesse électorale se fait toujours attendre. » C’est ce qu’a déploré dans une déclaration au Mauricien Reeaz Chuttoo, le secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP).
Le syndicaliste rappelle que dès la prise du pouvoir du gouvernement Lepep, la CTSP avait envoyé un mémo au nouveau ministre du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation, Soodesh Callichurn, réclamant l’introduction d’un salaire minimum pour les travailleurs mauriciens. La CTSP y avait argué que Maurice a l’obligation de respecter l’ILO Convention 26 on Minimum Wage Fixing Mechanism qu’elle a signée.
« Suite à un rapport de l’expert François Eyraud, du Bureau international du travail (BIT), le Conseil des ministres a certes décidé en août 2015 de la mise sur pied d’un National Wages Consultative Council. Malheureusement, jusqu’ici nous ne voyons rien se concrétiser et la majorité des 550 000 travailleurs que compte le pays continuent de toucher un salaire de moins de Rs 8 500, qui pour nous représente le salaire minimum, basé sur le calcul de 50 % du Medium Wage qui se situe à environ Rs 16 000. Cela malgré la révision en cours de 14 Remuneration Regulations pour les travailleurs touchant un salaire mensuel de moins de Rs 6 500 », explique le syndicaliste.
Reeaz Chuttoo dit ne pas vouloir rejeter de go cette proposition de l’institution d’une National Wages Consultative Council. « Mais nous voulons d’abord savoir ce qu’il y aura dans ce conseil avant de nous décider », explique-t-il. « Nous craignons toutefois que le gouvernement associe les attributions de ce Conseil à l’évocation du principe de “capacity to pay” que veulent les employeurs. Car comment peut-on parler de salaire minimum et en même temps penser que les employeurs ne seront pas en mesure de payer ce minimum ? C’est une aberration, puisque c’est faire comprendre que certains employés n’auront même pas ce minimum ».
Reeaz Chuttoo soutient que la politique de salaire à Maurice est « fondamentalement discriminatoire ». Il explique que sur les 549 000 travailleurs que compte l’économie de Maurice, 83 000 sont des fonctionnaires qui sont couverts par le Pay Research Bureau (PRB). Cette instance révise leur salaire et autres conditions d’emploi tous les trois ans. Il y a, en outre, 300 000 autres travailleurs du secteur privé qui sont couverts par le NRB à travers 30 Remuneration Regulations (RR). Le syndicaliste rappelle toutefois que 14 de ces RR sont en phase de révision. « Ces RR ne sont révisés que lorsque le ministre du Travail le décide et, quand le ministre prend cette décision, il peut accepter ou rejeter in toto ou en partie les recommandations du NRB », s’indigne Reeaz Chuttoo.
Pour soutenir ses dires, le syndicaliste cite le cas du Construction Industry Remuneration Order. Les syndicats de la construction et les employeurs (à travers la BACECA) sont tombés d’accord depuis 2011 pour une augmentation de salaires de 15 %, mais le ministre du Travail d’alors a toujours mis son veto contre cet accord. « Cela fait donc cinq ans que les travailleurs du bâtiment attendent de recevoir cette augmentation de salaire qui leur est due », indique-t-il.
« À la rentrée parlementaire en mars, le gouvernement va certainement se préoccuper de l’organisation du rassemblement du 1er mai, puis il y aura le budget et ce n’est pas en septembre, à la veille des congés parlementaire que le gouvernement va présenter la National Wages Consultative Council Act », estime Reeaz Chuttoo, sceptique.