À seulement 28 ans, Samuel Laval fait partie des têtes d’affiche de la quatrième édition de Mama Jaz. Une aubaine pour cet autodidacte qui a eu la chance de côtoyer et d’apprendre auprès de références comme José Thérèse et Ernest Wiehe. Quinze ans après avoir choisi d’abandonner le cursus scolaire pour vivre uniquement de la musique, le saxophoniste est fin prêt pour entamer une nouvelle étape dans sa carrière en tant que compositeur. Le 21 avril, c’est en quintet qu’il présentera ses premières créations. Samuel Laval nous souffle quelques notes de son amour inconditionnel pour la musique et sa détermination à donner au jazz des accents vivants.

Lorsqu’il tient entre ses mains un Selmer Mark VI de plus de 40 ans ayant appartenu à Ernest Wiehe, qui le lui a offert, Samuel Laval ne peut pas ne pas “se donner à fond dans ma musique”. “J’aime cet univers. C’est naturel pour moi et je n’ai jamais eu besoin de me forcer à pratiquer, à apprendre et à jouer.” C’est pourquoi il a répondu favorablement à la proposition des organisateurs de Mama Jaz “de relever le défi en présentant mes propres compositions, alors que cela ne fait qu’une quinzaine d’années que j’évolue dans la musique. Je suis fin prêt à sortir de mon cocon pour partager ma vision, ma touche et ma perception du jazz”.

Une oreille très sensible.

Le 21 avril, lors du troisième concert du festival Mama Jaz, les notes et harmonies sur lesquelles Samuel Laval travaille depuis plusieurs mois seront sa nouvelle identité. Il espère insuffler une nouvelle dimension quasi mystique, entre jazz et fusion. Outre d’offrir au public une musicalité inédite et moderne, ce Rosehillien ne manquera pas de démontrer sa technique affinée.

Il y a eu un avant et il y aura un après Mama Jaz. Cette première expérience en tant que compositeur est un nouveau cap pour celui qui a su écouter son cœur et choisi “de vivre de la musique alors que je n’avais que 12 ans”. Une décision qu’il a prise avec le soutien et l’accord de ses parents. Samuel Laval vient d’une famille où son père, sa sœur et son petit frère font de la musique. “Ce n’est pas uniquement pour cette raison que j’en fais. Il y a d’autres qui viennent de familles où la musique est très présente mais qui ne sentent pas pour autant attirés par elle. Pour ma part, je pense que c’est le fait d’avoir une oreille très sensible et surtout un sens prononcé pour les notes et les sons. Peu importe le style de musique, je me démenais toujours par moi-même pour comprendre comment et pourquoi telle note est placée à tel moment, comment il fallait s’y prendre pour aboutir à un son et une mélodie, et ainsi de suite”. Avant de se tourner vers le saxophone, il s’est d’abord essayé à la flûte à bec et à la clarinette.

Pas de barrières dans la musique.

Samuel Laval donne l’impression de savoir exactement où il veut aller. Malgré son jeune âge, il dispose déjà d’une expérience très riche dans le domaine musical. Une grande partie de son parcours a été effectuée aux côtés de musiciens aguerris, qui l’ont aidé dans son apprentissage. Après avoir appris les bases et la théorie au Conservatoire François Mitterrand pendant un an, il rejoint l’atelier Mo’Zar de José Thérèse. Ce dernier lui fait découvrir la liberté de s’exprimer à travers la musique. “Il m’a fait comprendre qu’il n’y avait pas de barrières dans la musique. À mon tour, c’est ce que je transmets à mes élèves du Conservatoire et ceux de Mo’Zar, avec qui je n’ai jamais coupé le lien. Un lieu que je retrouve avec le même plaisir qu’à l’époque où nous étions empilés l’un sur l’autre, mais heureux de jouer ensemble dans un si petit espace.”

L’expérience sera enrichissante et confortera le jeune autodidacte qu’il avait bien plus que du talent et des aptitudes à souffler dans cet instrument de la famille à vent. À la même période, alors qu’il est âgé d’à peine 15 ans, il effectue ses premiers pas dans le circuit hôtelier en intégrant plusieurs groupes. Le grand fan de Kenny G va vite se rendre compte de la réalité d’être un musicien professionnel. C’est “sur le tas” que se fera sa formation musicale. “Il faut être capable de jouer plusieurs styles de musique. Les standards de jazz, j’arrivais à gérer. Mais le reste, comme la pop, le rock, le dixieland et le séga, c’était nouveau pour moi, et il n’était pas toujours évident pour moi de tenir le rythme.”

“Je rendrai fier une autre personne”.

Le saxophoniste est conscient que ces différents univers “m’aident à composer mes propres mélodies”. “Si je m’étais enfermé dans un style, j’aurais été très pauvre en connaissances. Je m’appuie sur le principe que la musique est un moment de partage. Lors de mes créations, j’essaie de tenir compte du fait que chaque personne a un goût différent et qu’il faut satisfaire et toucher le maximum de gens.”

Le 21 avril, lorsqu’il montera sur la scène du Caudan Arts Centre avec son quintet (Patrick Desvaux, Jocelyn Armandine, Steve Desvaux et Jalil Auckbaraullee) pour présenter ses propres compositions, Samuel Laval est convaincu “que hormis mes parents, je rendrai fier une autre personne”. Il fait évidemment référence à Ernest Wiehe, qu’il avait vu jouer en live pour la première fois au Café du Vieux Conseil. Grâce à une invitation de Philippe Thomas, il reverra ce grand saxophoniste quelques années plus tard à l’hôtel Tamarin, connu à cette période comme le temple du jazz. Tous les jeudis, musiciens et amateurs s’y rencontraient sur scène. “C’était un rêve pour moi d’assister à une prestation de quelqu’un que j’admirais tant. Mais j’étais loin d’imaginer me retrouver, moi jeune débutant, à être invité à les rejoindre et partager quelques morceaux avec eux. Ernest Wiehe m’a proposé de faire partie du groupe et c’était une opportunité à ne pas prendre à la légère. Très vite, j’ai fait partie de cette famille de musiciens et je me suis amélioré.”

Le son du partage.

Depuis, son saxophone, la musique et le jazz sont devenus les éléments clés pour s’exprimer. Timide et réservé de nature, Samuel Laval se transforme lorsqu’il place l’embouchure de son instrument à sa bouche et qu’il fait valser ses doigts sur les touches. Lorsqu’il n’est pas sur scène, c’est toujours avec son inséparable saxophone qu’il exerce comme professeur au Conservatoire François Mitterrand à Quatre-Bornes.

Le festival Mama Jaz est un terrain de jeu qu’il côtoie depuis la première édition. Cette année, Samuel Laval s’apprête à se mettre un peu plus en avant. “Non pas pour m’afficher comme un grand musicien, mais pour partager à mon tour tout ce que j’ai pu apprendre d’Ernest, de José et d’autres grands musiciens. Il est important de montrer que tous leurs conseils ont servi à quelque chose. Ils ont cru en moi et m’ont permis d’être ce que je suis.”

Le compositeur ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il espère produire un premier album avec ses nouvelles créations, tout en concrétisant un autre grand projet qui lui tient à cœur : “Faire renaître le Ten Piece Big Bang. Même si tout le monde me dit que je suis celui qui doit porter le flambeau d’Ernest Wiehe, mon but est avant tout d’apporter ma contribution à la musique et principalement au jazz, un style qui a encore du mal à trouver sa place à Maurice.”

Un festival tout en jazz

Du 7 au 28 avril se tiendra la quatrième édition de Mama Jaz. C’est au Caudan Arts Centre que l’équipe de Gavin Poonoosamy convie les festivaliers à découvrir une pléiade d’artistes et musiciens locaux et internationaux. Outre le quintet Samuel Laval le dimanche 21 avril, les autres têtes d’affiche sont :

Dimanche 14 avril à 18h

Trio BuYoung Lee (Corée du Sud)

Après avoir décroché le “Meilleur album jazz” au Korea Pop Music Award de 2006, la chanteuse BuYoung Lee attire l’attention lors de ses différentes prestations. Le répertoire de la vocaliste s’est construit sur ses origines coréennes, qu’elle mêle à un swing américain et une touche européenne développée lors de sa formation aux Pays-Bas. C’est en trio que BuYoung Lee se produira pour la première fois à Maurice.

Dimanche 28 avril à 18h

Kent

Il s’agit de la toute première création inédite de Mama Jaz, composée de Linley Marthe (basse), Philippe Thomas (trompette), Patrick Desvaux (guitare), Christophe Bertin (batterie) et Jerry Léonide (piano et directeur musical). Ces amis fusionneront leurs créations et leurs années d’expérience pour offrir aux spectateurs une soirée musicale riche, variée et rythmée de frissons et d’émotions.

Le tarif de chaque concert est de Rs 500 par personne. Billets en vente sur le réseau Otayo, au comptoir du Caudan Arts Centre et sur le site marideal.mu.