SANJEEV SOBHEE, PRO VICE-CHANCELIER : « Ce ne sera plus “business as usual” à l’UoM »

L’Université de Maurice revoit sa stratégie et amorce des changements profonds au niveau de sa structure. Le but est non seulement d’accroître sa visibilité mondialement, mais également de se conformer à la demande du marché. L’accent sera davantage mis sur la recherche, sans pour autant compromettre l’éducation. Selon Sanjeev Sobhee, Professeur et pro vice-chancelier (Academia) de l’Université de Maurice, ce ne sera plus du « business as usual » car il est temps de revaloriser l’institution.

L’Université de Maurice entame des changements au niveau de sa stratégie de développement. Quelles sont les raisons qui motivent cette décision  ?
La stratégie de la nouvelle direction de l’université est de mettre davantage l’accent sur la recherche. En premier lieu, nous voulons que l’université soit plus visible comme une institution de recherche. Dans le passé, l’UoM était présentée comme une “Developmental University” qui faisait la part belle à l’enseignement. Notre objectif désormais est de créer un équilibre entre la recherche et l’enseignement.
Nous avons remarqué que certains pays à revenus moyens/supérieurs s’orientent vers le capital intellectuel. En ce sens, nous avons constaté qu’il faut changer de stratégie pour encourager la recherche afin de soutenir le pays, l’industrie et la population dans leurs priorités. Nous allons maintenant étudier quels sont les créneaux de recherche et nous ferons nos recommandations au gouvernement, à l’industrie ou à la communauté internationale pour investir dans le pays.

Le budget consacré à la recherche a augmenté de 400 % par rapport à l’année précédente. Quel est le plan de l’institution concernant ces nouveaux fonds ?
Relevons d’abord que c’est un manque important si les académiciens n’ont pas une formation de doctorat. D’autant que nous voyons l’intérêt que portent des étrangers qui viennent présenter leur papier chez nous. Mais si le classement de l’université n’est pas élevé, les étrangers ne voudront plus se tourner vers nous. D’où le fait que nous nous orientons vers la recherche, car cela permettra d’améliorer notre classement au niveau international.
Nous pensons également organiser une conférence avec des participants internationaux. Nous y inviterons des chercheurs locaux et étrangers. Ceux qui ont eu des financements de l’UoM ou du Mauritius Research Council devront alors impérativement faire des présentations de leurs projets. Nous récompenserons les meilleurs d’entre eux afin d’encourager les étudiants. Ces derniers auront l’occasion de partager leurs connaissances notamment avec les industries durant la Research Week.
Par ailleurs, après des consultations avec le Senior Management, nous avons mis en place sept types de financement destinés aux chercheurs. Ces financements leur donneront l’opportunité de s’enregistrer pour un doctorat. Les jeunes qui possèdent un doctorat pourront, eux, partager leurs recherches grâce à ce financement. Des “Poles of Research Excellence” verront le jour dans le but notamment de réunir des chercheurs multidisciplinaires. Cela nous permettra d’attester du travail qu’ils ont accompli dans leur créneau.
À travers notre plan, les chercheurs pourront maintenant exposer leurs travaux et rendre ainsi l’université plus visible. Publiées sur des brochures et sur le site web de l’université, les recherches seront visibles par des étrangers, qui auront l’opportunité de se lier à ces chercheurs et ainsi contribuer financièrement à des projets communs. Priorité sera toutefois donnée aux projets nationaux. Nous devons, de plus, financer les chercheurs qui voudront partir à l’étranger pour des conférences.

Parlez-nous des difficultés des doctorants avant l’augmentation du budget…
Auparavant, il était impossible d’accentuer sur la recherche. Il fallait écrire à des bailleurs de fonds pour demander du financement. Et dans certains cas, on se sentait perdu. Maintenant, à travers un budget plus conséquent, les chercheurs pourront aussi publier leurs travaux. De plus, ce budget nous permettra de recruter des research assistants pour des enquêtes sur le terrain.

L’UoM veut augmenter le nombre de doctorants d’ici quelques années. Et nous comprenons que cela commencera par les chargés de cours. Pensez-vous que ces derniers auront le temps de se consacrer à l’enseignement et aux études ?
Nous avons noté que les nouveaux chargés de cours enseignent plus qu’ils ne font de recherche. Des moyens seront trouvés afin qu’ils puissent consacrer moins de temps à l’enseignement et plus à la recherche. Si la personne veut étudier pour un doctorat, elle vient vers nous et nous étudions son cas. L’université n’oblige pas à un académicien à poursuivre un doctorat. Mais s’il le veut, nous le soutenons, et nous mettons en place des plans de travail. Par exemple, la personne pourra avoir un répit d’un semestre dans sa formation.
Nous allons également mettre sur place un “Academic Workload Model”. Ce plan englobe trois facettes qui sont le temps consacré à l’enseignement, l’administration et l’étude. Nous allons calculer le temps nécessaire à la personne pour gérer son portefeuille. C’est un projet pilote et nous espérons que d’ici l’année prochaine il sera implémenté.

Nous constatons une révision dans le nombre de cours pour les diplômés de premier cycle. Les chargés de cours à temps partiel ne seront pas retenus. Quelles sont les raisons derrière cette décision ?
On révisera notre “undergraduate programme”, car certains cours n’attirent plus les étudiants. En effet, nous avons des cours qui ne sont plus viables. Le curriculum, qui n’a pas été revu depuis des années, sera réétudié pour mettre en avant la vision de l’université. Nous préférons investir dans des cours qui attireront des revenus.
Plusieurs politiques seront prônées en vue d’améliorer la qualité de l’enseignement. On va également examiner comment développer les compétences à travers l’apprentissage par soi. Nous nous pencherons, en outre, vers l’internationalisation et analyserons de quelle manière attirer les étudiants africains et indiens dans la région. Maurice se trouve dans une position géographique intéressante entre l’Asie et l’Afrique, mais nous n’avons jusqu’ici pas exploité cet avantage.

Quels sont les cours qui ne seront plus offerts ?
Les programmes des six facultés seront revus. Nous allons retravailler des cours et voir si nous pouvons en jumeler certains.

Les acteurs du secteur privé se plaignent souvent du curriculum de l’UoM, qui ne correspond souvent pas à la demande de l’industrie. Partagez-vous cet avis ?
Oui et non. Nous avons remarqué que la plupart de nos cours se sont stabilisés au niveau “undergraduate”, d’où la raison de mettre l’accent sur la maîtrise. Pour cause, nous avons des spécialisations bénéfiques à l’économie. Afin de mieux répondre aux besoins de l’industrie et aux exigences de la main-d’œuvre, nous allons revoir notre curriculum. Mais avant de lancer un programme, l’Advisory Board devra se rencontrer. Ce conseil comprend des académiciens et des membres du service public et privé. Ils consulteront le curriculum et donneront leur avis. Le sénat de l’UoM l’étudiera avant de l’avaliser en présence des personnes concernées.

Il y a une hausse dans le nombre d’institutions tertiaires étrangères qui s’implantent à Maurice. Quelles sont les stratégies de l’UoM pour se démarquer ?
Nous avons notre réputation. L’UoM possède des talents de par la connaissance de ses académiciens dans plusieurs disciplines. Le prix de nos cours est, de plus, compétitif par rapport aux autres universités. En deuxième lieu, nous avons plusieurs facultés et nos professeurs se sont démarqués. Nous offrons un curriculum mauricien, contrairement aux autres.

Comment attirer plus d’étudiants africains ou indiens à Maurice, alors que ces étudiants ont plusieurs choix d’études dans leur pays ?
Nous avons des forces que les Africains ne possèdent pas. De nombreux Africains veulent apprendre le développement économique de Maurice et souhaitent payer pour étudier le succès de nos secteurs économiques. Les Indiens veulent également apprendre les spécificités de l’économie mauricienne, et appliquer ce qu’ils ont appris à Maurice. Donc, il requiert de penser à l’internationalisation.

Pensez-vous que ce changement aurait dû être entamé depuis longtemps ?
Peut-être. On a vu au niveau de la direction qu’il était temps de changer, car nous avons été la cible de critiques dans le passé. Nous avons maintenant une nouvelle vision. Ce ne sera plus le “business as usual” à l’Université de Maurice. Nous voulons ardemment changer pour que l’université soit le meilleur endroit pour les étudiants et notre personnel.