L’Office de la présidence de la République a organisé aujourd’hui une conférence régionale à la State House, sur le AYUSH (Ayurveda, Yoga and Naturopathy, Unani, Siddha and Homeopathy), lancée ce matin par la présidente Ameenah Gurib-Fakim. Vantant les bienfaits de la médecine traditionnelle, cette dernière se réjouit que cette pratique est, selon elle, « de plus en plus reconnue par les organisations de santé à travers le monde ».
« Pour chaque maladie, il y a une plante. Il est de ce fait de notre devoir de préserver et de soutenir cette tradition. Cette conférence a pour but de propulser la médecine traditionnelle à la prochaine étape et mieux faire connaître ses bienfaits. Pour compléter la dissémination d’informations, il faut investir dans la recherche et le développement ». C’est l’appel lancé par la présidente de la République, elle-même une scientifique ayant fait ses preuves dans le domaine. Pendant des millénaires, des malades à travers le monde ont été soignés à l’aide de médicaments à base de plantes transmis de génération en génération. Ameenah Gurib-Fakim a rappelé que la médecine ayurvédique a fait son entrée au pays avec l’arrivée des immigrants indiens et que les premières plantes médicinales, la noix de muscade et le clou de girofle ont été ramenés de Pondichéry pendant la colonisation française. Elle a indiqué que 60 % de plantes médicinales en Inde peuvent être trouvées à l’île Maurice.
De plus en plus de personnes à travers le monde ont recours à la médecine traditionnelle, des pays de l’Ouest ont intégré la médecine ayurvédique dans les cours de médecine tandis que 80 % de la population mondiale utilise des médicaments traditionnels. La présidente de la République a évoqué les besoins du continent africain. « Au fur et à mesure que la population du continent africain va augmenter, la demande pour la médecine traditionnelle va croître, ce qui apportera une pression sur ses ressources naturelles, ce qui va nécessiter une stratégie robuste de conservation », a-t-elle soutenu. Elle a annoncé d’autre part la mise à jour de la publication sur les plantes médicinales du jardin de Réduit, qui abrite 70 espèces de plantes.
Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la médecine traditionnelle se rapporte aux pratiques, méthodes, savoirs et croyances en matière de santé qui impliquent l’usage à des fins médicales de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, de thérapies spirituelles, de techniques et d’exercices manuels – séparément ou en association – pour soigner, diagnostiquer et prévenir les maladies ou préserver la santé. Ces disciplines sont regroupées sous l’acronyme AYUSH pour Ayurveda, Yoga and Naturopathy, Unani, Siddha and Homeopathy. L’Inde, où cette médecine a émergé il y a plus de 5 000 ans, a même créé un ministère qui y est dédié. Selon Anil Gayan, ministre de la Santé, qui intervenait ce matin, la médecine traditionnelle a un avenir brillant. « Elle est la réponse à différents maux et maladies. Elle n’a pas seulement un intérêt scientifique mais aussi commercial », dit-il. Cependant, selon ce dernier, la médecine traditionnelle ne doit pas être en compétition avec la médecine moderne. Les deux doivent être complémentaires, dit Anil Gayan, qui a accentué sur le potentiel de cette pratique qui pourrait aider le GM à réduire les coûts de certains médicaments. Le ministre de la Santé a suggéré l’idée d’ouvrir un centre de recherches axé sur la médecine traditionnelle à Maurice.
Selon le ministre de la Santé, il faut faire connaître davantage le potentiel de la médecine traditionnelle et la faire accepter par la masse : « Les gens doivent avoir le choix au niveau de leurs types de traitement. La médecine traditionnelle peut guérir certaines maladies mais la chirurgie de pointe et les traitements spécialisés sont indispensables pour les cas compliqués », a-t-il déclaré. Alors que la médecine moderne est soutenue par des tests, la recherche, des données et observations scientifiques, la médecine traditionnelle n’a pas un degré de certitude, rappelle-t-il. Sans compter, soulignent des scientifiques, qu’y avoir recours en premier lieu peut entraîner un retard de diagnostic scientifique. « Ce qui importe est d’avoir un traitement qui a été testé et qui a fonctionné pour un patient. La médecine traditionnelle est encore à son stade prématuré de validation scientifique. La médecine traditionnelle doit être explorée à travers de la science et la recherche », a souligné le ministre. D’autant que certaines pratiques, comme l’homéopathie, restent controversées et considérées par les scientifiques comme une pseudoscience, n’ayant pas un taux de réussite supérieur à l’effet placebo.