La polémique autour de l’octroi d’une bourse d’études à Jane Constance relève, à mon humble avis, d’une grave injustice.
Résumons : Jane Constance, jeune Mauricienne autrement capable (elle est non-voyante), souhaite poursuivre des études universitaires à l’étranger, en Angleterre, plus précisément. Motif : pour les études de droit qu’elle souhaite entreprendre, Maurice ne dispose pas de l’encadrement et des infrastructures adéquats pour une non-voyante comme elle. Elle a donc sollicité l’aide de l’État en ce sens. La réponse a été catégoriquement négative. Et parce qu’une polémique nationale a été déclenchée, les autorités concernées penchent maintenant vers une solution…
Devait-on en arriver là ? Est-ce si difficile pour ce pays qui injecte des sommes astronomiques dans des projets coûteux et à l’utilité qui demeure à être prouvée, comme le Metro Express, de financer partiellement les études de cette compatriote ? Le père de Jane a, en effet, fait comprendre qu’il sollicitait une aide financière partielle de l’État. Est-ce trop demander, quand en contrepartie, des gaspillages de fonds publics gangrènent notre pays ?

Doit-on rappeler que Jane Constance est une citoyenne de Maurice à part entière ? Mieux encore, qu’elle a fait flotter très haut notre quadricolore ! Qui a oublié à quel point cette frêle jeune fille a fait frémir dans les chaumières mauriciennes, qu’elle soit présente sur les plateaux de télés françaises, ou quand elle a été désignée artiste pour la paix à l’Unesco ? On a suivi avec une frénésie toute particulière, des citoyens anonymes aux ministres, ses passages audiovisuels, parce que séduits par sa simplicité et sa chaleur contagieuses.
Pour ceux qui auraient zappé ces dernières années, petit rappel : Jane Constance, née en 2000, à Maurice, participe, en 2015, à la deuxième saison de The Voice (Kids) en France. Elle réalise un parcours des plus brillants, parallèlement aux autres ados « normaux » de son âge. Et, cerise sur le gâteau, Jane Constance remporte la finale de cette compétition télévisée ultra-visionnée, à Maurice, mais ailleurs, aussi !

De là, les portes de l’étranger s’ouvrent à elle, qui enchaîne des plateaux télés, parle de Maurice à chaque occasion qui lui est donnée, fait les éloges de son pays, et porte ainsi très haut, donc, sa nation. De fil en aiguille, avec les propositions qui lui sont faites, Jane Constance poursuit sur sa belle lancée, jusqu’à être nommée, en 2017, artiste pour la paix, à l’Unesco. Donnant ainsi à Maurice une exposition internationale des plus inattendues et, bien évidemment, plus que bienvenue !

Une distinction ? Une consécration ? Pas seulement. Plutôt, un parcours de brave. Jane Constance a réalisé un cheminement sans pareil, d’autant qu’elle est née avec un handicap lourd et qu’elle a tenu à persévérer, malgré tout. Cette jeune Mauricienne est une fonceuse, une bosseuse : elle l’a amplement prouvé ! Elle a jonglé entre études et concours à l’échelle mondial, le tout avec la bonne attitude. Faisant d’elle carrément une héroïne du peuple ! Combien d’enfants et d’ados n’a-t-elle pas inspiré depuis 2015 ?
D’où l’argument suivant : pourquoi l’État ne se montrerait-il pas plus ouvert envers cette compatriote qui est une « role model » pour des générations à venir ? Les sportifs locaux qui se distinguent à l’étranger reçoivent des « cash prize » et autres encouragements. N’est-il pas temps d’envisager des formules et des « packages » à ceux de nos compatriotes qui se surpassent et nous font honneur ? Ne le méritent-ils pas amplement ? En retour pour des sacrifices personnels auxquels ils ont consenti, et pour les efforts fournis ? Ce ne serait, à notre sens, qu’un simple et juste retour d’ascenseur ! Et qui encouragerait d’autres Mauriciens à suivre l’exemple… Le cas de Jane Constance ouvre une nouvelle voie.

À un moment où nos jeunes sont les plus vulnérables — un ado s’est jeté d’un établissement scolaire cette semaine, poussé par le désespoir — et où tant d’autres deviennent esclaves des drogues et autres pièges artificiels, Jane Constance représente une bouée de sauvetage. Un retour vers de vraies valeurs. Il ne devrait pas y avoir d’hésitation à l’aider, à notre sens. Sauf si on ne reconnaît pas sa contribution au pays…

Husna RAMJANALLY