Scènes de vie

Café Le Moulin,
joli dans la ruelle à droite de
l’hôtel de ville de Lyon,
en sortant de la station de métro
Hôtel de Ville, sur la place des Terreaux…
*  * *
J’ai vu passer mon train fantôme et ses wagons rouillés ; le soleil en orange sclérosé ; sur la mer bleu brumeux, des silhouettes d’îles lointaines ; plein de petits châteaux au flanc d’une colline fleurie de mimosas ; les réveils tôt imprévus ;
les réveils tard sans sommeil.
Gare de Lyon – La Bastille à pied
* * *
À Cannes en hiver, on a chopé le soleil…
* * *
Vole petite hirondelle qui ne fait pas le printemps
car ici, sous les tropiques, il n’y a pas de printemps.


Dilo Pouri
Cases en tôle rouillée, d’autres peintes, parmi des arbres verdoyants et des fleurs. Brunissant nuages, rivage bleuté, vêtements rouges, vêtements noirs, toiles suspendues. Sons de camion, voiture, tam-tam, chanteur, miaou, coq, chiot, chien, moto.

À Dilo Pouri, des sentiers boueux, entre les cases, mènent à l’orée de la forêt. De l’autre côté de la route qui longe le village, des jeunes jouent sur la plaine en bordure de mer.

Émane une odeur désagréable d’après-pluie, mais très vite le son du séga prend le dessus. Quelques chiens galeux nous aboient après. Au loin, la montagne du Morne domine filaos et cocotiers.

Rien ne passe inaperçu. L’accueil est mitigé. Certains hésitent, d’autres non. Doucement, doucement, chaque regard commence à nous dire bon après-midi en souriant.

Madame pieds nus rentre chez elle. Avec la boue, ses savates se sont décollées. Une journée, elle s’assoit, regarde la télé. Elle ne peut plus travailler ni laver le linge, sa main droite lui fait trop mal depuis que son mari l’a battue.

Une fillette me voit et me fait un sourire vivant. Au pied d’un badamier, des joueurs de dominos cassent une pause, se la coulant douce. L’un d’eux me demande de les rejoindre et commence à me vider son paquet, à me déballer son cœur.

« Je ne demande pas grand-chose. Je veux juste un néon pour les maisons à l’arrière de chez moi. Je ne parle même pas d’éclairer la route, non, juste un néon, un, pour éclairer un sentier, un seul, pour qu’on puisse y voir. Tu vois ! On est comme des poussières que les grands veulent effacer. »

Un kitesurfer navigue dans le lagon, lune pleine en plein jour. Ah, Morne mythique, corps d’esclave reposant, ventru, gonflé, nez pointé au ciel, bras posé sur la berge, ton One Eye a tout vu !

Papayers dégarnis. Une case chante d’oiseaux. La fillette me voit et me fait un sourire vivant. Des écoliers récitent leur leçon comme un espoir.


Le petit prince
J’en ai apprivoisé des amis comme ces chats sauvages qu’on nourrit chaque nuit à la même heure, jusqu’à ce qu’une caresse les effleure et qu’ils en redemandent sans cesse.

J’en ai vu des hommes et des femmes qui stressent pour rien et fument dans leur cœur.

Pour un oui, sans dire non, j’ai bu tous mes sous, jusqu’à l’ivresse de la mort, marchant dans des corridors, en rebondissant soûl dessus jusqu’à ce que les lampadaires s’éteignent aux aurores.

Combien de questions ai-je reposées sans réponse ? Combien un jour je suis mort à moi-même et j’ai laissé un autre venir et grandir en moi ! Combien Il a ouvert les yeux de mon cœur.

Combien il est bon de marcher jusqu’à un robinet et d’y glisser ses lèvres en dessous pour laisser couler l’eau dans sa bouche, fraîche, vivifiante.

Combien de temps encore attendrai-je tel un Ulysse mendiant en son palais au pied de son épouse ? Combien de poèmes devrai-je encore composer jusqu’à ce qu’Elle me reconnaisse et me dise : « C’est toi, je suis ta rose ! »


Mon père rentre chez lui
Il pleut, mon père marche dessous
Soûl ? Non ! Sur un sol glissant
Sans parapluie ni lunettes
Peut-être le pull ouvert

Il pleut

Mon père rentre chez lui
Dans la nuit noire
Hivernale de Maurice

Ses trois chiens, dans ma case, étalés
Mouillés, sans laisse, je les y laisse
Qu’est-ce que ce cliquètement ?
Sûrement le toit qui s’égoutte

Il pleut
Mon père rentre chez lui
Dans la nuit noire
Hivernale de Maurice

La pluie parle du temps
Autant qu’un beau nuage
Sage dans un ciel étoilé
Et moi légèrement vêtu
Nus pieds, j’écoute !

Mon père rentre chez lui
Dans la nuit noire
Hivernale de Maurice


d’île à Elle
On quitte Le Port, on met les voiles, même s’il n’y a pas de voiles ! On longe la côte, d’une île à Elle.

Bateau tangue, roule, tangue. Faudrait pas qu’je passe par-dessus bord ! J’marche comme ça, comme si comme… soûl !

Heure du repas, ma cuillère bouge, tourne seule dans ma bouillie. J’mange comme j’peux, un peu comme ça, comme si j’suis soûl !

Pour elle, j’atteins le plus haut pont, au pied d’la chaude cheminée, captant une fin d’réseau, un peu comme ça, comme si comme soûl !

Trop tard ! Trop loin ! Ciel étoilé m’époustoufle. Une lune en lunule luit sur un nuage gris nuit.

M’épouserait-elle une fois des fois dessous ? Pour ci, pour ça, pour sûr, si elle m’écrivait : Bien sûr !


Envie
Envie de peindre
Te peindre
Envie d’écrire
T’écrire
Envie de faire slamer
Te faire slamer

Envie d’soleil
Te voir briller
Envie de mer
De nous, mouillés
Envie d’un couchant
Jusqu’au levant avec toi

Envie de respirer
Un nouvel air
Ton air
Tes airs

Envie d’étoiles
Être l’étoile
Envie d’amour
Un nôtre

Envie !...
Envie d’y penser
Envie de te rêver
Envie de toi en vie


Sais-tu… Sais-tu que la liberté existe ?
Sais-tu que les écrans sont des façades qui façonnent notre esprit, que sans chiffre on ne peut ni commercer, ni se connecter, ni s’identifier ?

Sais-tu ce slogan : île Maurice !... paradis surfait. Sais-tu le vrai du faux ? Sais-tu qu’un jour je mourrai ? Sais-tu qui me continuera ? ou si…

Sais-tu que le soleil, la lune et les étoiles passent sur ma tête et sur la tienne ? Sais-tu que l’amour et l’amitié sincères et durables existent ?

As-tu entendu dans l’extrême solitude jaillir du plus profond de toi-même une voix inconnue ? As-tu effacé ton passé et remis ta mémoire à zéro ?

Je sais le vrai du faux. Quelqu’un a effacé mon passé et remis ma mémoire à zéro. Sais-tu qui c’est ? Sais-tu qui sait ? Le sais-tu ? Sais-tu ?


Commentaires

Cher Stefan Hart de Keating,'Envie':le plus beau poème d'amour que j'ai lu.Un extrait pour mon épouse et le tout pour une amie!