Trouver le mot qui rapporte le plus de points et trouver la place sur la grille pour exploiter ce potentiel numérique est l’objectif fixé par chaque scrabbleur qui adhère au Scrabble duplicate (francophone). Courant novembre, ils étaient une cinquantaine dont 17 Mauriciens, deux Belges, un Corse et des Réunionnais à s’être réunis à l’hôtel Preskil pour les tournois annuels et l’Open des Mascareignes qui a lieu tous les deux ans. Rencontre avec ces passionnés des lettres…
Ce qu’il faut savoir d’emblée lorsqu’on parle de Scrabble duplicate, c’est qu’il se différencie du classique par le nombre de joueurs – allant d’un à l’indéfini – par un tirage unique à chaque fois et l’obligation pour tous de jouer avec les mêmes lettres et de poursuivre avec le même mot inscrit sur la grille. Pour les inconditionnels de cette activité de l’esprit, c’est ce qui le rend plus « juste » et plus « challenging ».
« On joue au scrabble depuis toujours dans ma famille. Avec mon mari, nous avons commencé à jouer au Scrabble duplicate il y a une dizaine d’années. C’est plus intéressant parce qu’il y a plus d’équité », soutient Eve Baquer, les yeux pétillants lorsqu’elle évoque sa passion. Membre du Zee Club de St-Pierre, île de la Réunion, notre interlocutrice poursuit : « J’aime les mots, j’aime jouer. C’est très excitant intellectuellement ! » L’ambiance est toujours compétitive, certes, mais cette passion, plus ou moins similaire pour tout le monde, crée une atmosphère conviviale car l’adversaire n’est pas l’autre, même si le meilleur mot est proposé par un logiciel, mais soi-même. « C’est sympa ! On rencontre des gens, on se fait des amis », avance notre interlocutrice. Le Scrabble duplicate n’est pas réservé à une classe sociale ou économique en particulier mais seulement aux intellectuels curieux et passionnés des mots. « Nous avons monsieur et madame tout le monde dans nos clubs : il y a beaucoup d’enseignants, une dame qui tient une gîte, un plombier… » pour ne citer que ceux-là. Cependant, poursuit Mme Baquer, « lorsqu’une personne arrive dans l’association, on ne lui demande pas ce qu’elle fait. Ce n’est pas important ».
Êtes-vous satisfaite de votre performance ? Un grand sourire aux lèvres, Eve Baquer refuse de répondre, montre dans la direction de son ami Jean-Luc Champenois et affirme : « C’est un grand champion ! » Elle finira, cependant, par avouer qu’elle est contente de sa performance mais cela demande un effort assidu. « Si on fait 600 points, l’ordinateur va en faire mille. On essaie de faire de notre mieux et de s’améliorer tout le temps. On se rencontre trois fois par semaine pour les entraînements. Le week-end est réservé aux tournois selon un calendrier établi par la Fédération de scrabble française », fait-elle ressortir. Jean-Luc Champenois, scrabbleur depuis 30 ans, est catégorique : « Si on veut progresser, il faut beaucoup travailler. Il y a le dictionnaire de scrabble, des anagrammes… Il faut utiliser les moyens techniques pour s’améliorer ». Lui-même a été champion de La Réunion en 2014.
La Mauricienne Janine Provençal, championne de la 3e édition de l’Open des Mascareignes, y participe pour la première fois. Bien qu’elle ait découvert le Scrabble duplicate et le pratique depuis une vingtaine d’années, ce n’est que récemment qu’elle a commencé à être plus régulière au sein de son petit club de quatre personnes à Quatre-Bornes. « Quand je travaillais, je jouais tous les samedis et puis, je jouais sur internet. J’avais téléchargé un logiciel ». En outre, aujourd’hui, elle joue dans un groupe familial. « On est tous à la retraite, on se rencontre les jeudis pour jouer et on termine par un repas », indique-t-elle. Et les jeunes de la famille sont-ils intéressés aussi ? « Oui, répond notre interlocutrice, mais ils ont moins de temps ». Elle ajoute que le défi de l’association mauricienne est d’attirer les jeunes vers ce jeu d’esprit. Idem pour celle de La Réunion. « Il est difficile de faire venir les jeunes et de les garder », affirme Pierre-Charles Cochet du club de Joinville à St-Denis et président de la Ligue des scrabbleurs de La Réunion, qui s’y est mis il y a dix ans. Ces derniers sont souvent attirés par une multitude d’activités, pourtant, constate-t-il, en France ou au Canada par exemple, il y a beaucoup de jeunes qui sont intéressés par le Scrabble duplicate. Selon notre compatriote Josiane Bellerose, de l’Association des scrabbleurs francophones et déléguée régionale auprès de la Fédération internationale du scrabble francophone (FISF), le Scrabble duplicate aide à « développer la rapidité d’esprit, le vocabulaire et la maîtrise de la grammaire ». « C’est un excellent passe-temps, il garde le cerveau actif », conclut Janine Provençal.