La campagne contre le projet de centrale thermique de 100 MW CT Power à Pointe-aux-Caves est au coeur de la mobilisation des militants anti-charbon, dont le coup d’envoi a été donné à la mi-journée. Dans cette perspective, la Coalition for People’s Cooperative Renewable Energy (CPCRE), comprenant une série d’organisations, dont Rezistans ek Alternativ et le Kolektif Enerzi Renouvlab, a élaboré un document en neuf points redéfinissant la politique énergétique de Maurice avec l’accent sur les sources d’énergie renouvelables.
Présentant ce document à la presse lors d’une mini-marche vers l’Hôtel du gouvernement à la mi-journée, les animateurs de ce front, dont Michel Chiffonne et Yan Hookoomsing, ont déclaré que l’heure était venue de rappeler le gouvernement de l’Alliance Lepep à ses promesses électorales en manière de politique énergétique avec le dossier de CT Power en première ligne et fait des dénonciations en règle des profits réalisés par les Independent Power Producers (IPPs).
Avant de s’attaquer aux neuf propositions majeures susceptibles de modifier le paysage énergétique de Maurice, les militants anti-charbon attirent l’attention du Premier ministre sur le fait que « it is time to honour the promise made to the people, “parole donnée, parole sacrée” » au sujet du projet de la centrale thermique de CT Power. La correspondance, dont copie a été remise à sir Anerood Jugnauth et à d’autres membres du gouvernement, dont le vice-Premier ministre et ministre des Services publics, Ivan Collendavelloo, énumère les différentes déclarations des dirigeants et membres de l’Alliance Lepep dénonçant le projet de centrale thermique à charbon à Pointe-aux-Caves.
« This strong commitment was captured on video and can be viewed on YouTube », soulignent les signataires de ce document, faisant allusion à la déclaration de Pravind Jugnauth à l’effet que « pa kestion CT Power ! Li pa’nn fer dan la transparans e pou la santé dimounn li pou enn danze ». Avant d’énumérer les raisons pour contester ce projet, les militants anti-charbon mettent l’accent sur le coût du kWh, annoncé initialement à 1.50 euro, pour se retrouver au moins trois fois plus cher selon les dernières estimations officielles du Central Electricity Board (CEB) lors de la signature du contrat l’année dernière.
À cela, il faudra ajouter des investissements de fonds publics annoncés de Rs 1 milliard pour la construction d’une jetée en vue du débarquement du charbon de terre à Albion et Rs 30 millions dans la construction de la centrale. « An illegal contract, at the expense of the People of Mauritius and based on a series of lies, cannot, and must not, be honoured », font-ils comprendre. Et d’ajouter : « CT Power is a totally unsolicited bid, in violation of the Public Procurement Act. An illegal contract is to be discarded immediately ». Comme c’est le cas pour Betamax.
« The People of Mauritius has been blatantly and continually lied to since 2007 by the previous government. Will the Lepep government allow the People to endure this legacy of lies ? Besides being contrary to public interest, the CT Power project emerged only by violating the law in favour of cronies of the previous government with the identities of the final beneficiaries’ kept hidden from the People », font-ils ressortir pour réclamer l’annulation immédiate du contrat de CT Power.
Un autre aspect fondamental des revendications de cette coalition porte sur la mainmise des Independent Power Producers sur le secteur. « The IPPs have benefited from a free ride, at the expense of the People of Mauritius, regarding the MID levy on fossil fuels. Since 2010, a total of nearly Rs 900 millions that should have been paid by those burning coal for profit were instead paid by the CEB. This has to be stopped immediately and corrected by a Coal Tax on the profits of the IPPs, with the IPPs also refunding to the CEB the Rs 900 millions paid. This will subsidise the transition to a sustainable energy future », soutiennent-ils en réclamant une révision de tous les contrats avec les IPPs arrivant à échéance bientôt. Ils soulignent également le danger que représente le poids des IPPs, soit 60 %, avec le CEB relégué à 40 %, dans la génération d’énergie électrique.
Les autres propositions de la CPCRE touchent à l’élaboration d’un National Energy Programme favorisant une combinaison de « natural gas and battery storage with massive deployment of renewable energy efficiency, supported by adequate upgrading of the grid » ; l’adoption des recommandations contenues dans le rapport de la National Energy Commission (NEC) ; des efforts soutenus pour promouvoir une “green economy” ; l’émission de Government Green Energy Bonds pour faciliter des investissements dans des fermes éoliennes et solaires sur une base de coopératives ; et l’élimination de la Standby Generation Capacity Tax introduite le 1er décembre par le gouvernement sortant au détriment des petits producteurs énergétiques alors que les IPPs sont favorisés.
En conclusion, les militants anti-charbon demandent au gouvernement de relancer la NEC, « a modern forum which generated much hope among the youth and civil society ». « Mauritius appeared to be finally moving towards a truly inclusive and transparent way of policy-making. We ask the Lepep government to reinstate the NEC, as well as immediately disclose to the public all the reports and strategic information pertaining to the electricity and transport sectors. Without that, citizens and civil society cannot engage in any meaningful and constructive dialogue with the authorities, as is to be expected in a modern democracy ».
Après l’initiative d’aujourd’hui, le front de l’énergie électrique s’annonce sous haute tension, car, outre le problème de CT Power, le CEB devra trouver des solutions alternatives et à court terme pour éviter un Black-Out dans le pays vers la fin de l’année vu que le projet d’installation de quatre moteurs de 15 MW chacun à la centrale de Saint-Louis est pour l’instant gelé.