PAUL REVEIL

« Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Matthieu 5,48

Dans la société actuelle, nous avons tendance à croire, moi le premier, qu’il y a toujours un amalgame de choses à faire. Ainsi, nous ne “vivons” qu’en accéléré. Si j’ose dire; nous ne vivons plus, mais subissons la vie. Courir. Travailler. Freiner brusquement pour aussitôt recommencer. En effet, un système axé et focalisé sur la production – matérielle et intellectuelle – et sur les aspects éphémères concentre ses sous-systèmes sur la quantité au lieu de la qualité. Nous pouvons à présent faire des millions de choses en un temps record ! Cependant, est-ce que le fruit de nos actions, de nos intelligences et de notre être est un fruit qui demeure ?

Pour nous, chrétiens, cette semaine est dite comme « sainte ». Beaucoup doivent se dire : « Ohlala… Saint ?! Mais c’est démodé ! N’importe quoi ! Ridicule ! » ou encore d’autres se disent : « Saint ? Où est la sainteté en voyant tout ce qui se passe ? Dans la violence, la souffrance, la mort ? Pourquoi Dieu permet-il cela ? » Je prends conscience que nous avons eu, avec l’histoire et les épreuves vécues, des distorsions sur notre paradigme de la sainteté. Pour moi, celle-ci peut être définie comme une humanité qui court vers l’excellence afin de s’unir et de s’accomplir ensemble.

Et pour moi, le chemin par excellence, la perfection, c’est en celui qui a su montrer un amour inexorable et inaliénable jusqu’au bout; Jésus-Christ, mon Seigneur. En lui, je prends conscience de la dignité humaine rachetée et rattachée intimement à Dieu. Je réalise, en effet, que le plus grand, c’est celui qui s’abaisse, qui sert, qui se donne et qui aime pleinement.

En ce temps-là, beaucoup parmi le peuple voulait faire tuer Jésus pour les miracles qu’il faisait, et celui-ci pouvait s’enfuir, mais il a voulu librement s’offrir pour ne pas seulement nous montrer l’exemple, mais aussi pour nous libérer et nous donner la Vie. « Jésus lui dit: “Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi”. » Jean 14,6.

Où est Dieu dans la souffrance, la violence, la mort ? Le voilà… Il est le premier à en souffrir et à en subir les conséquences. Il est là, au cœur du désespoir et de la désolation, pour être avec ceux qui sont dans la même situation afin de les consoler. Pourquoi permet-il cela ? Justement, s’il le permet, serait-il le premier à se battre ?

Durant cette Semaine Sainte, puissions-nous faire une seule chose; nous donner complètement pour aimer concrètement. Comment ?

L’amour est simple et se manifeste dans les petites choses de notre quotidien :

– à table; que je puisse servir avant d’être servi, nourrir avant d’être nourri.

– à la maison; que je puisse accueillir avant d’être accueilli, soutenir avant d’être soutenu.

– au travail; encourager avant d’être encouragé.

– en société; aimer avant d’être aimé en retour.

Avec les gens que je croise, de celui que je chéris le plus jusqu’à celui qui est rejeté, méprisé par moi-même, que le Seigneur me donne cette grâce d’être là. De prendre un temps pour être là avec lui. Car si Dieu est le premier à servir, à s’offrir et à souffrir pour unir l’humanité, que je fasse de même. Beaucoup disent : « Concentre-toi vers l’avant ! », mais Jésus nous a donné un autre paradigme : de se concentrer vers le Haut. Ainsi par nos paroles, nos actes, notre joie, notre endurance et notre espérance, ce n’est pas seulement nous, mais toute l’humanité que nous étirons vers le Haut afin d’être unis, tel un corps avec chacune de ses différentes parties.

L’incendie à Notre-Dame de Paris, qui a causé un trou dans le cœur de la France, et la solidarité, la compassion émanée non seulement de la France, mais du monde entier, peut être un signe d’une humanisation vers l’excellence, prête à s’unir pour rebâtir ensemble. Elle qui, pour le Jeudi Saint généralement, rassemble tous les prêtres de Paris pour la messe chrismale en ce beau jour où Jésus institue le Sacrement de l’ordre et aussi Celui de l’Eucharistie. Et en ce même jour dans les paroisses du monde est célébrée la Cène du Seigneur, où nous nous centrons et concentrons sur le dernier repas de Jésus, qui donne son corps et son sang comme nourriture avant de mourir, et où la position de grandeur du serviteur est mise en valeur par le lavement des pieds. Le Vendredi Saint, c’est la vénération de la croix sur laquelle Jésus se livre pour chacun de nous. Et enfin le Samedi Saint, c’est le jour du grand silence, le corps du Crucifié est au tombeau. À la vigile pascale, la joie de la résurrection éclate déjà ! Christ est Vivant, Alléluia !

Que cette semaine sainte soit un élan vers le Haut par amour.

« Faisons quelque chose de beau pour Dieu. » Mère Teresa

Et le Monde verra Dieu en toute chose.