Un atelier de formation sur la certification des produits issus de l’agriculture biologique a été organisé récemment à l’hôtel Le Labourdonnais, Caudan, par l’ONG Forena, avec le soutien du GEF Small Grants Programme mis en oeuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Animé par Miharivo Randriampeno, auditeur du bureau d’Ecocert (Madagascar), l’atelier a traité des principes de l’agriculture biologique, des exigences des normes européennes pour la certification et des phases de la préparation à la certification. À Maurice, quatre petits producteurs affiliés à Forena ont fait une demande de certification auprès d’Ecocert. Parmi, l’APEIM, qui est devenue la première détentrice de ce label et dont les produits sont présents sur le marché local.
L’agence française Ecocert est un organisme international de référence dans le domaine de la certification biologique et environnementale. Ses champs d’intervention sont l’agriculture biologique, les intrants qui y sont utilisés, le contrôle de marque, les écodétergents, les peintures et revêtements écologiques, les textiles écologiques, entre autres. Ecocert est présent dans environ 80 pays à travers 24 bureaux, dont chez nos voisins de Madagascar, pionnière dans le domaine de l’agriculture bio dans la région océan Indien. La Grande Île compte une centaine de produits bio tels des huiles essentielles, des épices, du riz, de l’huile de palme, entre autres et au rang desquels la vanille arrive en tête. Exportatrice de produits bio depuis 1992, son savoir-faire pourrait bénéficier à la communauté de planteurs de Maurice qui souhaiteraient explorer l’agriculture bio.
M. Randriampeno a présenté dans les grandes lignes les principes de l’agriculture biologique : soit une qui a recours à des méthodes opposées aux matières synthétiques, à l’agriculture dite conventionnelle utilisant des produits chimiques. L’agriculture biologique prône la rotation culturale, un concept de lutte biologique contre les parasites qui respecte l’écosystème propre à chaque plante. Il s’agit d’un ensemble de pratiques qui respectent l’équilibre naturel et la biodiversité, préserve les ressources naturelles, l’environnement et la santé humaine.
Procédures rigoureuses
Le Codex Alimentarus est le dispositif qui régit l’agriculture biologique. Trois types de règlements sont appliqués pour l’accès au marché international : en Europe, le Règlement (CE) N°834/2007 et cahiers des charges privés, aux États-Unis, le National Organic Program (NOP) et au Japon, le Japanese Agricultural Standard (JAS). Traditionnellement, Maurice exporte principalement sur l’Europe ; ses éventuels produits bio à l’export devront de ce fait être conformes au (CE) N°834/2007.
Pour passer d’une agriculture conventionnelle à celle dite écologique et occuper un marché niche bio, il est nécessaire d’être reconnu comme tel. Pour ce faire, le producteur doit déposer une demande en remplissant le formulaire de l’organisme de contrôle et de certification, par exemple, ici, Ecocert. Celui-ci propose ses services pour la préparation de dossier en vue de la certification biologique. Ses procédures, extrêmement rigoureuses, sont contrôlées par l’envoi d’auditeurs chez le demandeur de certificat, une fois que celui-ci s’est engagé à respecter les exigences du contrat écrit qui le lie à l’organisme de certification. Ainsi dans le cas des quatre ONG mauriciennes précitées, le bureau d’Ecocert de Madagascar envoie ses auditeurs régulièrement pour un travail d’accompagnement.
La conversion d’une parcelle débute au moment où les pratiques deviennent rigoureusement conformes aux règles de production biologiques, soit à la date de la déclaration faite par l’opérateur. Il est possible de “réduire” la période de conversion si le demandeur est en mesure de prouver, documents à l’appui, que la parcelle de terre à être exploitée est vierge de toute contamination chimique, soit une friche, prairie naturelle ou a été laissée en jachère pendant au moins trois ans, une condition sine qua non pour sa mise sous culture bio. D’éventuelles analyses du sol peuvent être effectuées également. Les représentants de Forena et de GEF-SPG citent ainsi le cas de ce planteur intéressé par l’agriculture bio mais qui n’avait aucun document officiel (organisme autorisé, registres de comptabilité, photo datée, entre autres) pour prouver que ses terres n’avaient pas été sous culture conventionnelle ou polluées par quelque activité dans les alentours. Ce à quoi une intervenante de Forena a suggéré le recours à des prises de vue datées par le logiciel Google Earth…
Banque de semences
Une fois la culture démarrée, les auditeurs d’Ecocert sont chargés de mener des inspections sur le site converti au bio et de rédiger des rapports en vue d’une éventuelle certification. Celle-ci doit pouvoir garantir la traçabilité de tous les intervenants de la filière dans le système de production : intrants, production, transformation, conditionnement, étiquetage, stockage, distribution, importation. Des contrôles de surveillance sont faits chaque année, dont certaines visites surprises chez le producteur. Des prélèvements sont aussi effectués pour analyse en laboratoire. Les responsables de certification sont chargés pour leur part d’examiner les rapports d’audit et d’évaluer la conformité à la certification, avant de délivrer le label Ecocert. Tout manquement de la part du producteur est sanctionné et des mesures correctives imposées. Plus d’informations sont disponibles sur le site www.ecocert.com.
Le formateur a aussi abordé la question de production de semences bio, qui doivent pour leur part être certifiées comme telles. Des dérogations sous conditions strictes sont possibles en cas de non-disponibilité. Valeur du jour, Maurice importe uniquement des semences traitées, activité régie par la Plant Protection Act. Dans la perspective de démarrer l’agriculture bio dans l’île, la constitution d’une banque de semences bio s’avère nécessaire. En attendant, l’importation garantie par un certificat du ministère de l’Agriculture est suggérée.