Comptant près de 45 ans de carrière en politique et ayant servi près de 22 ans comme ministre, Sheila Bappoo, qui s’est retiré de la politique active en 2015, déclare : « Être candidate aux élections, pour moi, c’est fini ! Mais, je reste loyale ». D’où son soutien marqué aux côtés des rouges lors de la dernière partielle. Pour elle, « la politique d’attaque ne peut continuer. Les politiciens doivent être des gens de conviction. Si on vient là parce qu’on est la cousine de l’autre… » Ayant été ministre de la Femme, elle dresse un bilan de l’évolution de la femme depuis l’Indépendance. Quant au scandale allégué autour de la carte de crédit de la présidente de la République, Sheila Bappoo estime que cette dernière « doit démissionner ».

Sheila Bappoo, vous vous êtes retiré de la politique en mars 2015…

Non, c’est fin janvier 2015. Ma lettre de démission est partie fin janvier. J’ai remercié le leader du PTr pour m’avoir permis de servir pendant deux mandats. Le 1er février, j’ai appelé le bureau pour dire d’en prendre connaissance. Le 6 février, c’était l’affaire des coffres-forts. Il y a certains qui pourraient lier mon départ à cela mais ce n’est pas du tout cela.

On avait alors évoqué des raisons de santé lors d’une conférence de presse de l’aile féminine, ce qui ne vous avait pas beaucoup plu. Quelle était la vraie raison ?

Il y a deux raisons. Pour moi, c’est une question de principe. L’idée de me retirer de la politique me rongeait depuis un bon bout de temps, depuis 2013. Je compte presque 45 ans de politique active. J’ai été pendant presque 22 ans au service du pays en tant que ministre. Après avoir abattu un travail honnête, loyal, responsable et m’être dévouée à plusieurs responsabilités, j’estimais que la relève était importante pour l’avenir du parti et du pays. Donc, après les élections de décembre 2014, avec les résultats que le PTr avait eus, j’ai pris la décision de mettre fin à mes activités de politique active, de ne même pas songer à être candidate à d’autres élections. Cela, pour moi, c’est fini. À côté de cette question de principe, j’avais subi une chirurgie pour le remplacement des deux genoux et cela demandait beaucoup de physiothérapie. Avec le travail, je n’allais pas avoir assez de temps pour cela. Je me sens maintenant bien plus en forme. C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer dans la campagne de la partielle au N° 18, nuit et jour, pendant trois mois ! Même si je ne suis plus au sein du Bureau politique du PTr, je me suis lancée pleinement dans la campagne car je sens que j’ai une contribution à apporter. J’ai accompli un immense travail au N° 18.

A-t-on fait appel à vous ou vous êtes-vous proposée de vous-même ?

Non, de moi-même. J’ai donné un coup de fil au leader en lui disant : il y a une élection, Sheila Bappoo ne peut rester à la maison…

Pourquoi avez-vous tenu à apporter votre soutien à cette campagne ?

En politique, même si on n’est pas actif politiquement, étant fidèle à son parti, on se sent dans des moments spontanés, le besoin de montrer sa loyauté. Mon premier coup de fil a été au leader et ensuite au candidat. Ils m’ont dit oui. On m’a accueillie les bras ouverts et j’ai eu un programme très étoffé. J’ai animé beaucoup de réunions pendant la journée et le soir. Cela a dépassé la contribution de tout le monde et j’en suis fière. Ma retraite m’a donné le temps de me refaire. Jusqu’à maintenant, je suis mes traitements et mes sessions de physiothérapie. Je pense déjà aux élections générales… Cette partielle était comme un avant-goût à notre travail pour après.

Si on vous donne un ticket demain, vous revenez donc ?

Ticket, non. Je l’ai déjà dit. Je n’envisage pas d’être candidate mais je reste loyale. J’ai mes propres stratégies à moi pour les prochaines élections car je veux que le PTr et le Dr Navin Ramgoolam soient back to office. C’est ma contribution à un moment voulu mais pour ce qui est de l’activité politique de tous les jours, j’ai pris ma retraite.

Pour vous, le PTr a-t-il de grandes chances de remporter les prochaines élections après la victoire d’Arvin Boolell ?

Toutes les chances.

Mais même si vous ne cherchez pas un ticket, vous accepteriez une fonction précise après une éventuelle victoire du PTr ?

Ah oui, tant que ce n’est pas de la politique active.

Avec quels sentiments avez-vous quitté la politique active ?

Sans aucun grand regret. Moi, j’ai été formée dans une école de militants. J’étais et je reste une militante. J’ai changé de parti mais je suis restée militante pendant toute ma carrière, cela avec pour but de mener à plein ce combat pour une société meilleure, plus juste, plus moderne pour la nation arc-en-ciel. Je me suis jetée dans la politique à 25 ans. Je l’ai quittée à 67 ans avec beaucoup de satisfaction surtout sur le plan social, avec un énorme sentiment du travail accompli. J’ai commencé par tout ce qui est femme, enfant et famille. On a apporté des lois nouvelles et on a tapé fort sur la campagne de sensibilisation sur le terrain. Beaucoup de gens se posaient des questions sur le ministère de la Femme. Certains avaient peur. Des époux m’avaient écrit pour demander ce que sont les associations féminines car leurs femmes en étaient devenues membres. On a fait une sensibilisation sur le terrain. Le travail a reçu l’apport de la société civile et des ONG pour lesquels j’ai toujours eu du respect.

Quelques points forts de vos réalisations comme ministre ?

La plupart des Maurciennes ignoraient leur capacité. La femme peut être mère et responsable de la famille mais elle travaille aussi. Elle apporte un budget à la maison et elle a un droit et une responsabilité au sein de la communauté. J’ai créé des associations. Après 12 ans, j’ai quitté le ministère des Droits de la Femme avec environ 900 associations féminines, soit un réseau très solide à travers l’île. J’ai mis sur pied un Conseil national des Femmes. Il y a eu la consolidation de la Zone franche avec formation et amélioration des conditions de travail et la révision de la position légale de la femme à Maurice : divorce, mariage, code civil, code napoléon etc. pour donner plus de pouvoir aux femmes. En tant que ministre du Travail, j’étais vraiment ravie d’avoir des relations civilisées avec les employeurs et syndicats et à réviser des lois de travail. Il y avait des remuneration orders qui dataient d’avant l’Indépendance ! J’ai créé le EPZ Welfare Fund et on a revu la loi Health and Safety. En tant que ministre de la Sécurité sociale lors de mes dernières années, cela a été un immense plaisir de travailler les diverses couches de la société.

Comment voyez-vous le monde politique aujourd’hui ?

Le tableau politique aujourd’hui est celui d’une politique traditionnelle, conservatrice dans son fonctionnement, et ce en dépit d’une certaine évolution – il y a plus de femmes quoique pas assez, il faudrait attirer davantage de jeunes et de femmes. L’image de notre Parlement aujourd’hui est révélatrice des politiciens que l’on a : le comportement des élus, le Chair qu’on ne respecte pas. La politique de vengeance et d’attaque ne peut continuer. Il faut voir les défis devant nous et avoir des débats d’idées. Les politiciens doivent être des gens de conviction. Si on vient là parce qu’on est la cousine de l’autre… comment fera-t-on la politique ? Plusieurs ont été élus by default.

Au sein des partis dont vous avez fait partie, tel n’était pas le cas ?

Par moments, on avait un ou deux dérapages mais le nombre de scandales aujourd’hui, le comportement des ministres, c’est un monde de différence. Il y a un manque de leadership au sein du gouvernement actuel. Des ministres font l’objet d’enquête par l’ICAC, d’autres sont poursuivis… Une dame qui devient ministre de l’Égalité des genres, alors qu’hier elle a visité des prisonniers condamnés pour trafic de drogue…

Votre leader n’a-t-il pas aussi été l’objet d’un scandale avec l’affaire des coffres-forts ?

C’est l’argent du parti ! OK, on peut dire qu’il ne l’a pas mis en banque, pourquoi c’est dans les coffres-forts ? Mais, il ne l’a pas pris pour ses propres besoins. D’ailleurs, il est en train de le prouver en Cour et je laisse la justice trancher. Mais, les affaires aussi scandaleuses au Parlement aujourd’hui, ce n’était pas Navin Ramgoolam. He meant business mais on l’a attaqué sur l’argent dans ses coffres-forts. N’importe qui peut avoir de l’argent dans ses coffres-forts à la maison. C’est à lui de prouver que c’est l’argent du parti et il est en train de le faire.

Vous avez déjà à l’époque récusé tout conflit d’intérêts dans l’attribution du contrat de location du DY Patil Medical College de votre mari au bâtiment Altima, alors propriété du ministère dont vous aviez la tutelle. Mais, est-ce que cela a aussi joué dans votre décision de quitter la politique ?

Non, pas du tout. DY Patil a fait tout un enregistrement local et ne s’est pas affilié avec l’Inde, cela n’a rien à faire. Cela portait le nom du fondateur de DY Patil en Inde pour produire des spécialistes en médecine. Ils ont fait appel partout pour avoir de l’espace. Ils ont aussi fait appel comme d’autres institutions. Je me rappelle qu’Accenture a fait quelques mois comme DY Patil. Accenture a fait la demande à Altima. On a respecté toutes les normes par rapport aux critères. Les mêmes normes et règlements pour Accenture et DY Patil et l’argent qui entrait, les locations que ce soit pour Accenture et DY Patil, n’entrait pas dans la poche de mon ministère ni dans la poche de Mme Bappoo. Cela allait au Plan national de Pension. Je me réjouis de faire entrer des millions au sein de ce fonds national de pension au profit des employés. En passant, quand j’ai assumé le poste de ministre de la Sécurité sociale, Mme Dookun était là avant moi, elle avait déjà entamé toutes les procédures et le ministère était devenu propriétaire de ce bâtiment Altima. Mais, l’Investment Committee du ministère des Finances tapait sur la Sécurité sociale. On a acheté mais l’espace reste vide. Est-ce que c’est au profit du National Pension Fund ? Non, le NPF perdait tout son argent car il ne pouvait remplir ses espaces. Moi, je suis arrivée, j’ai mis des appels d’offres dans la presse. Il n’y avait pas de bons responses parce que les gens se disaient “peut-être que c’est pour le gouvernement”, ils préféraient d’autres bâtiments. Mais, finalement, Accenture fait une demande. On s’est dit “allons l’écouter” tout en lui tendant les conditions. Mais, on m’a attaqué sur quoi durant la campagne électorale de 2014 ? Pour dire que mon mari a empoché de l’argent ! C’est de la petitesse d’esprit. C’est le NPF qui empoche pour la location des espaces d’Altima. Aujourd’hui, on a mis DY Patil complètement à l’écart, on a passé le management à une autre institution. Mon mari n’était pas le Dean. Il y avait un Dean. Lui faisait l’administration de tout cela. On a essayé de mettre toutes sortes de taches.

Votre réaction suite à la victoire d’Arvin Boolell à l’élection partielle en décembre ?

Au début, quand je suis entrée dans la campagne, il y avait une confusion totale dans la circonscription. Les gens ne se montraient pas intéressés. On ne voyait plus les activistes rouges car Nita Deerpalsing avait quitté le pays. Rama Sithanen était parti au N° 13 après l’élection de 2014. Les activistes étaient comme des orphelins. J’ai senti aussi beaucoup de peur. C’était une partielle particulière. Il n’y avait pas de candidat du gouvernement. L’électeur qui allait voter allait donc voter pour un candidat de l’opposition. Ils avaient peur d’être suivis s’ils se rendaient à une réunion et craignaient d’avoir des problèmes dans leur travail. Roshi Bhadain, de son côté, a pris à mon avis une des pires décisions dans son parcours politique en démissionnant de l’Assemblée et en déclenchant une partielle d’où il n’est pas élu. Notre candidat, Arvin Boolell, a un profil à lui qui a énormément aidé : son expérience, la confiance des habitants. Il était à la fin de la campagne le mieux coté et cela a mené à une victoire écrasante.

Certains pensent que si Arvin Boolell était leader du PTR, le parti aurait plus de chances pour les élections générales.

Je ne vais pas commenter là dessus car je ne suis pas dans les structures du parti. Ce que le parti décidera, ce sera cela même. Mais, le leader, Navin Ramgoolam, a toutes les chances. Dimanche, il a fait une déclaration très honnête au Congrès anniversaire du Parti quand il a dit que lui aussi il est prêt pour la relève. Je ne dis pas que ça va être pour les prochaines élections mais il est prêt à faire de la place aux autres. Si le Dr Boolell a sa chance par rapport au retrait du Dr Navin Ramgoolam, c’est autre chose… Pour le moment, il n’est pas question de débat sur le leadership. Le leader, c’est Navin Ramgoolam. On est tous avec lui que ce soit Arvin Boolell et les autres.

Vous êtes l’une des premières femmes mauriciennes à s’être lancées en politique, avec à l’époque Shirin Aumeeruddy-Cziffra et Vidula Nababsing. Comment revoyez-vous cette période aujourd’hui ?

Vous citez vous-même trois noms qui démontrent la manière dont ces personnes ont effectué leur parcours politique. Il y avait d’abord la conviction qui animait ces personnes. On n’était pas protégé par telle personne, par tel membre de la famille qui nous a conduites en politique. C’est une conviction, un sentiment de désaccord contre des questions nationales telles l’injustice sociale, des discriminations etc. On s’est lancées en politique pour mener ces combats. Mais, aujourd’hui, cette conviction n’est pas présente sur le plan politique. Les femmes qui font de la politique aujourd’hui n’arrivent pas toujours avec cette conviction, avec l’idée de servir. Elles ont eu la chance d’avoir un membre de la famille, un époux qui est proche de tel parti… C’est ainsi que cela se passe aujourd’hui. Je ne vois pas cette honnêteté, cette loyauté… C’est pourquoi j’ai toujours été contre le système de quota pour plus de femmes en politique. Cela veut dire que le leader choisit. Non, il faut passer par les élections. Aujourd’hui, on a toutes ces protégées qui sont là. C’est la corruption, le favoritisme etc. Donc, l’époque où Shirin Cziffra, Vidula Nababsing et moi-même, nous nous engagions, c’était un monde de différence. Il y avait aussi Mme Navarre-Marie, Mme Roussety. Les leaders doivent faire attention quant à leur choix.

Quelles sont les difficultés supplémentaires auxquelles les femmes mauriciennes sont confrontées par rapport aux hommes en tant que politiciennes ?

C’est surtout par rapport au modèle de société que nous avons. Notre société est très patriarcale. La femme a autour d’elle son mari, son papa, son fils, son grand-père… Il y a donc un regard bien masculin. Les femmes politiciennes subissent des attaques. Leurs proches leur disent : kot to pe rantre. La politique est perçue comme quelque chose de sale, malhonnête. Moi-même on m’a attaquée dans des meetings pour dire que mon visage est ceci… Ce n’est pas de la politique. C’est de la bassesse. Mes enfants, quand elles étaient jeunes, me décourageaient. Mais quand on aime la politique, ces barrières doivent tomber. C’est essentiel d’avoir le soutien de la famille. Moi, je l’ai eu, de mon mari, de ma mère qui habitait avec moi quand les filles étaient petites. Quand on me demandait comment je conciliais la politique et la famille, je répondais en demandant aux journalistes pourquoi ils ne posent pas la question aux hommes.

Vous êtes une des Mauriciennes à avoir servi le plus longtemps le pays en tant que ministre. Comment évaluez-vous les progrès accomplis au niveau de l’émancipation de la femme, de leurs droits, de leur présence au Parlement ?

Au Parlement, la femme n’a pu rayonner comme cela aurait dû être. Il y a eu quelques-unes. J’ai déjà fait part à mon Premier ministre de mon sentiment que la présence des femmes au Parlement demeurait un pur symbole. Mme Poonoosamy à l’époque de SSR était la seule femme, Mme Nababsing et Mme Cziffra, deux femmes… Aujourd’hui, les leaders, qui sont des hommes, ont toujours favorisé les hommes pour diverses raisons. Ils doivent pouvoir faire place aux femmes. Il y a aussi dans notre société beaucoup de lobbies des sociétés culturelles et religieuses pour dire qu’il faut avoir tant de candidats de telle communauté. Finalement, les femmes en sont victimes. A un moment, on était le dernier pays d’Afrique en termes de représentativité. Il faut ce plan de réforme électorale pour l’avenir et faire place au moins dans nos lois pour que plus de femmes puissent être candidates. Moi, je dis non au quota et oui à la parité. Mais s’il est difficile d’atteindre la parité, les 30 % doivent être là. Le ratio un tiers/deux tiers. Cela peut être une femme deux hommes ou un homme deux femmes.

50 ans après l’Indépendance, de quoi la politique devrait-elle se débarrasser et que devrait-elle accueillir davantage ?

Les 50 ans d’indépendance ont accueilli toute une évolution dans le pays, que ce soit sur le plan politique, économique et social. Mais, l’avenir, il faut le construire maintenant. Nous avons une population bien plus intelligente. L’éducation gratuite y a joué pour beaucoup. L’esprit d’unité et de fraternité doit être là. Les politiciens de demain doivent pouvoir mener le pays à bon port. Il faut consolider le Welfare State pour une meilleure économie et un développement inclusif.

Quelle est votre appréciation des progrès effectués pendant ce demi-siècle de parcours ?

On a eu beaucoup de progrès. Tout cela a commencé par SSR avec l’État providence et jusqu’ici on en profite. Il y a eu l’éducation gratuite incluant les filles, la santé gratuite, le droit de vote aux femmes et aux jeunes… On a tous les atouts. Ces progrès, il faut les consolider.

Qu’est-ce qui laisse à désirer après 50 ans d’indépendance ?

Ce sens d’unité nationale. Une chose m’attriste. Quand j’ai débuté en politique, c’était sur une base d’unité nationale, pas un système de politique communale, castéiste. D’ailleurs, j’ai émergé avec un profil national. Oui, je suis née dans une communauté, ce n’est pas de ma faute. Mais, cet esprit d’unité nationale me préoccupe. Si dans le futur notre société est divisée parce qu’on ne peut appliquer l’unité nationale dans la diversité, cela sera très dommage ! Il y a d’autre part des fléaux sociaux comme la drogue et les drogues synthétiques. L’avenir de notre pays, ce sont les jeunes d’aujourd’hui. Il y a des mesures à prendre. Il y a d’autre part la violence envers les femmes malgré les lois. Il faut plus de campagnes pour dire non à la violence. L’alcool est un autre fléau. L’emploi est un autre sujet de préoccupation.

Quels sont vos espoirs pour votre pays ?

Les politiciens qui sont à couteaux tirés entre eux, cela doit cesser. Nous avons tant à faire pour le pays. Il faut tourner son regard vers l’avenir pour que les familles aient une vie plus agréable. La création d’emploi est importante. Il faut un développement économique et social inclusif. Et voir comment sécuriser notre État insulaire contre les effets du changement climatique. Personnellement, j’ai peur. Il y a toute une éducation à faire aux Mauriciens sur la manière de conserver leur environnement.

Votre meilleur moment et votre pire moment en politique ?

Le meilleur moment, c’est quand j’ai été élue la première fois pour servir le pays. J’ai enseigné au secondaire presque dix-huit ans. En 1976, j’ai pris part aux élections mais je n’ai pas été élue. Ensuite, en 1983, j’ai été élue. Parfois, on ne s’est pas préparé et on est appelé à servir comme ministre. C’est un changement drastique mais que j’ai vécu avec beaucoup de plaisir. Des moments qui m’ont marquée, c’est quand dans ma carrière politique, en 1994, quand j’étais au MSM, le Premier ministre d’alors m’a appelée à son bureau pour me dire qu’il a beaucoup réfléchi, que j’ai très bien fait mais qu’il pense qu’il faut à la tête une femme de telle communauté et caste, que la politique réelle du pays est ainsi… Pour moi, cela a été un coup de poignard au dos. Après avoir tant travaillé. Après la démission de toute une équipe du MSM, dans une entrevue que SAJ avait donnée, il avait dit : Sheila Bappoo, elle ne représente que 4 % de la communauté. J’ai alors compris comment les leaders se servent de vous. Ensuite, quand la partie adverse arrive avec un esprit de vengeance pour vous blesser, comme on a fait avec mon époux par rapport au DY Patil College. Ensuite, votre fille perd son emploi d’un seul coup. Ce sont des blessures qui restent…

Un mot à propos du scandale allégué autour de la carte de crédit de la présidente de la République ?

Je ne veux polémiquer mais à la veille du 8 mars, à la veille du 50e anniversaire de l’Indépendance, la meilleure des choses serait qu’elle démissionne. Nous savons que notre président n’a pas un pouvoir exécutif mais un statut honorifique. Malgré tout, cela faisait honneur qu’une femme en soit à la tête. Mais, avec ce qu’on a appris, la seule solution serait qu’elle démissionne car cela ne fait pas honneur à la femme ni à notre République.