LE SILENCE DE LA PAIX

Persécuter, verbe transitif, qui se conjugue en trois temps pour le peuple rohingya : passé, présent, futur. Inlassablement, tel le mythe de Sisyphe, ce peuple minoritaire musulman porte sur ses frêles épaules chaque flambée de violence en Birmanie.
Les Rohingya survivent dans un pays à 90% bouddhiste. Les récents heurts entre les Rohingya et l’armée birmane dans l’État d’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie, attestent une nouvelle fois que ce pays repose sur une poudrière latente. Annonciateur de mauvais présage, le documentaire « le vénérable W », sorti il y a trois mois dans les salles obscures, retrace le parcours de Ashin Wirathu, le moine le plus controversé du XXIe siècle. Durant 95 minutes, le réalisateur Barbet Schroeder décortique chaque étape de la naissance féconde de cette haine viscérale. En parfait orateur mortifère, Ashin Wirathu, aussi appelé « le hitler birman », zombifie la communauté bouddhiste de son esprit subversif. Barbet Schroeder démystifie avec finesse le dangereux discours du vénérable Wirathu. La voix off de Bulle Ogier, monacale et apaisante, résonne comme un écho philosophique et vient estomper le discours haineux de Wirathu au fil du documentaire.
Depuis le visionnage de ce documentaire, des questions restent en suspens : que fait le Dalaï-Lama devant tant de massacres ? Quel est son rôle en tant que haute autorité spirituelle ? N’a-t-il pas le devoir moral et humain d’intervenir plus énergiquement ? En tournée en Europe, il se contente de sommer les bouddhistes extrémistes d’arrêter les persécutions antimusulmanes. Les moines birmans jusqu’au-boutistes égratignent le bouddhisme, religion de tolérance, dans toute sa sagesse. L’inertie du Dalaï-Lama rend encore plus atroce ce drame humanitaire. La PAIX, cette vérité incandescente est étiolée, fissurée, altérée, grimée au gré des caprices des Hommes !
Espérons que le gong du désespoir des Rohingya puisse davantage éveiller la conscience du Dalaï-Lama, Prix Nobel de la Paix !

Qui sont les Rohingya ?

Peuple considéré comme apatride depuis la loi 1982, instaurée par la dictature militaire birmane, leur présence en Birmanie pourtant remonte au XVe siècle. Perpétuellement mis au banc des accusés, l’État birman les affuble du titre d’immigrants illégaux bangladais. Cette communauté minoritaire musulmane, estimée à un million d’individus, vit principalement dans l’État d’Arakan dans des conditions d’extrême pauvreté et d’exclusion. À chaque incident, la haine se complait dans son funeste rôle comme en 2012 quand un Rohingya est accusé du viol d’une Birmane. C’est alors qu’une escalade de violence s’enflamme contre les Rohingya, alimentée par les moines bouddhistes extrémistes et  le régime birman. Depuis 2012, leur sort est continuellement tourmenté. L’histoire ne donnera pas le clap de fin, le 25 août 2017 de nouveaux conflits entre les rebelles rohingya et les policiers birmans conduisent le pays dans le chaos. Depuis plus de 10 jours, la Birmanie comptabilise plus de 400 morts. L’exode étant leur seul salut, des milliers de Rohingya fuient vers le Bangladesh, la répression militaire.
Dans le documentaire « le vénérable W » de Barbet Schroeder il est dit :
« Le Bouddha se situe souvent au-delà du bien et du mal. Ses paroles devraient nous permettre de limiter les mécaniques du mal. Cultivant un amour sans limites envers tous les êtres. »
« Ne prenez pas le mal à la légère disant : il ne m’atteindra pas. Même un pot d’eau finit par se remplir de goutte de pluie. De même, l’innocent, absorbant goutte par goutte finit par se remplir du mal »
À méditer …