Silence ! On viole au pays de Draupadi !

L’Inde génère comme un doux parfum d’exotisme. Un pays enivrant, passionné, envoûtant, mystérieux avec ses palais somptueux des Maharajas, ses saris chatoyants de Bénarès, ses effluves d’épices. Mais l’Inde, c’est aussi Bollywood et ses paillettes, Aishwarya Rai et sa beauté, Indira Gandhi en icône démocratique, la reine de Jhansi en guerrière légendaire et… LE VIOL !
 Le viol, comme une marque de fabrique estampillée « made in India », sévit au vu et au su de tout le monde. « Ne portez pas des jupes ou des robes trop courtes, ne vous aventurez pas seule dans la nuit dans les petites villes », conseille le ministre du Tourisme indien, Mahesh Sharma, aux étrangères en vacances. Ces propos annoncent le spectre d’un pays phagocyté par ce cancer, le viol. Que répondra ce ministre à ces Indiennes décemment vêtues d’un salwar kameez et qui pourtant subissent le viol chaque jour ?
 Les jours se suivent et les histoires se ressemblent. Les chiffres s’emballent, se dérobent, se cachent, effarés par ces faits accablants. Une femme se fait violer toutes les 22 minutes en Inde, soit 92 viols par jour, selon les chiffres officiels du gouvernement indien. Au pays de l’Ahimsa, la femme est projetée dans une telle violence, qu’elle ne peut que se murer dans le silence. Nombre d’entre elles préfèrent ne pas porter plainte par crainte de représailles. À cela s’ajoute le poids du déshonneur, beaucoup trop lourd à porter ; elles finissent par se suicider. Ces chiffres sont impuissants face au mutisme, alors la mort dans l’âme, ils préfèrent se rendre invisibles.

LE PANCHÂYAT

Aucun État n’est épargné, aucune ville ne peut se délier, aucun village ne peut échapper à cette fatalité lugubre. Les villages sont régis par le Panchâyat, tribunal populaire dont la valeur juridique est caduque. Ce dernier en parfait patriarcat se prévaut en maître absolu, utilisant le système de caste pour mieux emprisonner les villageois dans une mentalité ségrégationniste. Le Panchâyat régenté par les hommes et pour les hommes 'légifère' sur le viol comme sentence pour mieux asseoir sa barbarie. Tel est le cas de ce village du Bengale-Occidental où une jeune fille de 20 ans a été violée en 2014 par des hommes de son village sous l’ordre du Panchâyat sur la place publique. Le conseil du village l’accuse d’entretenir une relation amoureuse avec un jeune homme d’une autre communauté. Les parents de la jeune femme étant dans l’impossibilité de régler une amende de 25 000 roupies, l’infâme punition est prononcée. La jeune femme est violée par 13 hommes, dont le chef de conseil du village. Le viol, cette ignominie, est une pratique courante dans un pays où la fille naît oppressée par une tradition asphyxiante.
 Au pays du Kama sutra, le désir de la femme est enseveli sous la suprématie de l’homme.
Qu’est-ce qui conduit l’Inde dans une précarité incommensurable? Les mœurs pudibondes et les contradictions ? Ce système des castes qui perdure malgré son abolition en 1950 par Nehru (avec le concours d’Ambedkar) ? Les mentalités misogynes et archaïques qui parasitent ce pays? Est-ce la pauvreté endémique qui rend l’Inde si vulnérable? La colonisation britannique et son puritanisme victorien qui laissent ce pays dans un état chaotique ? Est-ce la pratique de l’infanticide ou est-ce tout simplement l’absence des parents dans l’éducation de leurs fils, en oubliant de leur apprendre le respect de toutes les femmes?  
Malgré le souhait de l’État indien d’éradiquer le viol, en proposant des kits anti-agressions, en dépit des clips de sensibilisation dans les salles de ciné pour une meilleure prévention, malgré la légalisation de la peine de mort pour les violeurs, dans les faits les progrès sont insignifiants puisque selon une étude de l’Université de Delhi en 2016, 400 détenus attendent toujours le verdict de la peine capitale.
Au pays du fleuve sacré, l’Inde navigue toujours en eaux troubles.

DRAUPADI

Draupadi, cette héroïne de l’épopée mythique du Mahabharata, subit la plus grande humiliation de la femme dans la mythologie indienne. Lors d’un jeu de dés contre leurs cousins et ennemis, les frères Kaurava, les cinq Pandava mettent leur épouse commune Draupadi, en gage. La défaite des Pandava annonce le funèbre théâtre d’un manège blasphématoire. Leur épouse est abandonnée dans l’arène de la trahison. Traînée de force devant une assemblée de princes, Draupadi endure l’affront diabolique des vainqueurs. Un des frères Kaurava, Dushashan, arrache un pan de son sari et tente de la déshabiller. Dans sa détresse abyssale, Draupadi invoque le Seigneur. L’impossible se produit. Le divin Krishna multiplie à l’infini le sari de Draupadi, devant un Dushashan honteusement résigné. Draupadi est sauvée de justesse d’une tentative de viol.
 Au pays des Maharajas, la perversion de l’homme est roi.

KALYUG

Le fantôme du passé plane toujours au-dessus de l’Inde. Les dés sont jetés inlassablement de la même manière et cette peur brûlante consume voracement la femme dans toute sa fragilité. Combien de Krishna faut-il pour extirper ces Draupadi des temps modernes des griffes du mal ? Au pays de Draupadi, la femme ne peut être élevée qu’au rang de déesse ou être réduite à un objet sexuel !  

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Références

 http://www.liberation.fr/planete/2016/08/30/l-inde-deconseille-aux-touristes-etrangeres-de-porter-des-jupes_1475478
http://madame.lefigaro.fr/societe/viols-inde-hommes-pris-piege-dune-came...
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/pour-un-ministre-indien-les-...
https://www.la-croix.com/Monde/Inde-peines-capitales-confirmees-pour-vio...
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/01/23/en-inde-une-femm...