20 ans de cela l’île Maurice était en larmes, 20 ans après, ces paroles sont toujours sur les lèvres des Mauriciens : « Gaë gaë, Gaëtan nou leroi ; certes ‘il n’est pas mort, il fait semblant’ !»
L’île Maurice a eu le privilège et le bonheur d’avoir eu comme fils du sol un homme nommé Gaëtan Duval. Il fut un des plus fins légistes, sinon le meilleur du barreau mauricien du 20e siècle. Son humanisme, son patriotisme et encore son sens du mauricianisme ont fait de lui un homme hors pair. Bref, un visionnaire! Il a connu un parcours politique exceptionnel même si ses décisions politiques furent parfois controversables et discutables, mais in fine le peuple mauricien en est sorti gagnant. À l’instar de cette coalition scellée avec le parti de SSR, pour pouvoir faire décoller l’économie du pays qui était en mauvaise posture après l’indépendance du pays.  C’était l’île Maurice avant tout.
Gaëtan Duval avait un charisme extraordinaire et il était aimé. Les enfants l’adoraient.  Son rayonnement dépassait frontières et clivages. Les hautes personnalités du monde artistique, entre autres, n’auraient pas dit le contraire… Chantal Goya, Carlos, Stéphanie de Monaco… etc.
À sa mort, je n’avais que 8 ans. J’ai suivi, comme de nombreux Mauriciens, tout le programme consacré à ses émouvantes funérailles à la télévision alors que mon père était une des premières personnes à arriver au cimetière de St-Jean, grimpant sur une tombe en criant « Gaëtan, nou leroi ». Les gens étaient en larmes. Malgré mon jeune âge, j’avais le sentiment à ce moment-là que le monde s’était arrêté.
Aujourd’hui SGD n’est plus. Son héritage est une lumière, qui éclaire le cheminement du peuple mauricien. Imaginons l’île Maurice sans le Tourisme et la Zone franche.
En dépit des critiques sans fondement, l’homme avait une vision pour son pays. Il ne s’est jamais relâché dans son combat pour une île Maurice unie, égalitaire et prospère. Quand il disait l’île Maurice avant tout, ce fut avec conviction et détermination. Ses actions en témoignent. SGD a sacrifié son parti, et surtout sa  carrière politique, pour sauver l’île Maurice après l’Indépendance; au cas contraire, notre île aurait été divisée et à genoux!
L’homme ne s’est jamais présenté comme un grand syndicaliste mais sa lutte pour la classe ouvrière est palpable car aujourd’hui un salarié peut se permettre de célébrer le nouvel an dignement et un père de famille peut se permettre d’offrir un cadeau à ses enfants pour la fête de Noël grâce au treizième mois. Idem pour le ‘Cost of Living Allowance’ (C.O.L.A) qui a allégé le panier de la ménagère.
Les cités ouvrières sont aussi le ‘bébé’ de SGD ; pour lui, le logement devrait être un droit et non un privilège. Il ne songeait non seulement à Maurice mais avait une pensée spéciale pour Rodrigues, et a beaucoup contribué au progrès de cette île.
Dans sa carrière professionnelle, il n’a jamais perdu le moindre cas aux Assises et sa prestation en cour était exceptionnelle. Son nom mérite d’être attribué à la ‘New Court House’ de Port-Louis. À bon entendeur!
Son histoire passionnante, épatante et envoûtante que racontent mon père et «  les vieux Joe » m’inspire. 20 ans après sa mort, je dédie ce qui suit à SGD, qui incarnait cette philosophie :
‘‘If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings—nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,  
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And—which is more…’’
Qu’il soit toujours une source d’inspiration pour le judiciaire ainsi que pour la classe politique.
« Dans le coeur de tous les Mauriciens, il fut un Roi » –  dixit Me Jacques Panglose.
PHILIPPE G-OLIVIER BARBE