Nos insuffisances démocratiques se sont de nouveau révélées. A la faveur du scrutin d’aujourd’hui. Roshi Bhadain a démissionné de son poste de député depuis le 23 juin et ce n’est que demain que se tient l’élection qui assurera soit son remplacement, soit sa reconduction. Plus de six mois depuis que Belle-Rose/Quatre-Bornes n’a pas de troisième élu. Et, en découle, un déni de démocratie à multiples facettes. C’est d’abord faire injure aux habitants du No 18 que de les avoir privés pendant une si longue période d’une représentation nationale.

Et pourquoi attendre un 17 décembre pour tenir le scrutin ? C’est une question légitime que se demandent non seulement les électeurs de la ville des fl eurs transformée en ville des oriflammes, des banderoles et des affiches. Le problème, en fait, est que notre vieux système, démodé et dépassé, place tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme, le
Premier ministre.

Et l’ironie, malsaine, en fait, atteint son paroxysme lorsqu’on sait que celui qui a décidé, seul, de la date de cette élection partielle n’y participe même pas. Il s’est débiné en parlant d’un siège de l’opposition. Et alors ? Avec ce type d’argumentaire, la fuite en avant n’en paraît que plus éloquente. Il n’est d’ailleurs pas là pour la fin de la campagne. Parti participer à la Conférence d’un jour sur le climat qui s’est déroulé mardi, Pravind Jugnauth n’a plus donné signe de vie, sauf pour poser avec Michael Bloomberg et de faire présenter, par ses relais, comme la rencontre du siècle. A moins qu’il soit en attente de la première occasion pour une « photo opportunity » avec le président Macron, ce qui ne risque pas de se produire puisque le président français a décidé de célébrer ses 40 ans un peu en avance.

Au lieu du 21, qui est un jour de travail, il a préféré aller, à ses frais, passer un week-end de célébration en famille au Château de Chambord. Tout cela pour dire qu’il est grand temps de donner, comme dans plusieurs pays démocratiques, le pouvoir de fi xer la date d’une élection suivant une dissolution du Parlement, une démission ou le décès d’un député, à la Commission électorale. Soi laisser à un organisme indépendant décider de la fixation de l’échéance électorale et de son organisation. Nous sommes certains que si nos textes prévoyaient une telle disposition, la partielle aurait eu lieu depuis août et cela aurait coûté moins au pays et aurait surtout épargné à la ville cet indescriptible fracas et cette débauche de moyens abrutissants.

Cette partielle présente aussi une situation plutôt inédite. Et, à situation unique, son lot de surprises. Il n’y a jamais eu d’élection, partielle surtout, où les partis d’opposition représentés à l’Assemblée nationale ont bataillé le terrain chacun de son côté. Ceux qui aiment avoir le choix, en privilégiant la qualité des femmes et des hommes, plutôt qu’un vote bloc de parti lorsque le choix doit se porter sur trois candidats sont assez perdus.

Ils n’ont jamais eu à faire un choix parmi quarante candidats dont six ou sept au moins peuvent prétendre à la victoire avec peut-être moins de 30 % des voix exprimées. Ce qui explique qu’à part les favoris des bookies, qui s’inversent au gré des semaines, ceux qui sont sur le terrain, au quotidien, n’osent, même dans cette dernière semaine, avancer un pronostic définitif, tous se cachent derrière les grandes fanfaronnades d’usage. Les électeurs de Quatre-Bornes font face à un vrai dilemme et cela pourrait être un premier critère qui favorise l’abstention. Pourquoi se déranger pour aller voter pour quelqu’un qui va aller s’asseoir dans les travées de l’opposition pour les deux ans qui viennent. Cette question traverse beaucoup d’esprits. Cette problématique est d’autant plus présente que
les faits objectifs les encouragent à l’indifférence.

Les partis qui avaient promis un changement radical et surtout contrasté de ce qui s’est passé entre 2005 et 2014 sont absents, parce que le bilan de la remise en ordre, après trois ans de gouvernance, est terriblement décevant. Ils sont même les grands absents de cette joute. La fuite en avant comme stratégie n’a jamais rien eu de rassurant. Il y a une grande désillusion dans l’électorat en général, et Belle-Rose/Quatre-Bornes n’y échappe pas. Entre ceux qui ont été sévèrement sanctionnés en 2014, ceux qui essaient de faire oublier leur mauvais calcul de la même année en misant sur le renouveau, la jeunesse et l’égalité du genre, ceux qui ont couché dans tous les lits depuis 2005 et les spécialistes de la démolition en temps record, la sélection s’annonce assurément ardue. C’est là que les outsiders qui peuvent revendiquer un beau parcours et qui sont restés fi dèles à leur engagement et à leurs convictions peuvent créer la surprise et gêner sensiblement
certains partis dits traditionnels.

D’autant que, pour certains, cela a été le grand cafouillage jusqu’à la fin. Arvin Boolell, la personnalité sympathique qui plait au-delà de sa famille politique, a réalisé lui-même quelques faux pas comme cette réunion avec les dirigeants de la Voice of Hindu qui est très mal passée dans l’île Maurice qui a tourné le dos à des pratiques controversées. L’ancien député du No 11 n’a surtout pas eu la vie facile avec son leader qui s’est fait un devoir de le contredire à la première occasion comme sur son indispensable présence pour faire gagner son candidat et le dernier épisode du chef de file au Parlement. Une posture ethniquement opportuniste et révolue qui est venue donner du crédit aux propos exécrables du ministre Gayan sur le profil du titulaire depuis 2014.

Certains voudraient faire un parallèle. Non, le 17 décembre 2017 n’est pas le 22 septembre 1970, date de l’élection de Dev Virahsawmy, candidat d’un tout jeune parti né une année auparavant, en 1969. Parce que les circonstances ne sont pas les mêmes. Qui sortira du lot ? On le saura demain.