SOCIÉTÉ - MAURITIUS HARM REDUCTION CONFERENCE : Kunal Naik : “Il y a urgence”

La réforme de la politique des drogues et la réduction des risques de transmission du VIH chez les usagers seront au centre de la Mauritius Harm Reduction Conference. Organisée par le Collectif Urgence Toxida (CUT), elle réunira experts locaux et internationaux cette semaine. Le thème : All lives matters, alors que la situation demeure complexe à Maurice.
Maurice est toujours dans une situation délicate au moment où les experts internationaux et locaux se réuniront à Quatre-Bornes cette semaine pour discuter de la réduction des risques de transmission du VIH/Sida auprès des usagers de drogues. Cent cinquante usagers, travailleurs de terrain, spécialistes du monde médical et hommes de loi participeront à cette conférence, les 27 et 28 septembre, autour du thème All lives matters. Ce, dans un contexte où les inquiétudes sont vives. “Nous assistons à une augmentation des consommateurs, à un rajeunissement et une féminisation très inquiétants. Nous avons déjà tiré la sonnette d’alarme. Depuis fin 2014, la situation a empiré. Il y a urgence d’agir pour trouver des solutions concrètes”, confie Kunal Naik, responsable du Collectif Urgence Toxida (CUT), organisateur de cette conférence.
Cette première édition de Mauritius Harm Reduction Conference tentera de déboucher sur des mesures concrètes. Danny Philippe, président de CUT, souligne : “Nous ne pouvons plus nous contenter de quelques améliorations. Beaucoup de choses ont été faites jusqu’ici. Mais nous sommes arrivés à un point où d’autres priorités doivent être dégagées. La drogue augmente, la manière dont le problème de drogue est gérée doit définitivement être revue.”

Réflexion nationale.
CUT essayera d’apporter d’autres solutions que celle de la répression. Grâce à la présence et aux interventions des experts étrangers, cette conférence proposera plusieurs exemples pour améliorer notre approche. Ceci en se basant sur des pratiques innovantes et sur les preuves scientifiques pour une politique efficace en réduction de risques.
Cela fait plus de dix ans que CUT a implémenté son programme d’échange de seringues. Aujourd’hui, l’équipe veut renforcer cette collaboration avec le gouvernement et moderniser un programme qui a réussi.
Par ailleurs, l’idée de cette rencontre est d’ouvrir une nouvelle réflexion nationale sur les politiques de drogues à Maurice. “Ena enn gran diskriminasion ek stigmatisasion lor popilasion ki konsom ladrog”, souligne Danny Philippe. La situation est telle qu’il faut remanier la Dangerous Drugs Act et la AIDS Act. Malgré les saisies record de ces derniers temps, le président de CUT affirme qu’“il n’y a aucune pénurie sur le marché. Nous trouvons à Maurice toutes une panoplie de drogues”. Kunal Naik ajoute : “Si toutes ces saisies et arrestations ne donnent pas de résultats, cela veut dire que nous ne sommes pas suffisamment efficaces.”


Drogues synthétiques : risque d’injection
CUT craint que les consommateurs mauriciens n’emboîtent le pas à d’autres pays et se mettent à s’injecter de la drogue synthétique au lieu de la fumer. Avant que la situation ne prenne une tournure catastrophique, Maurice doit réfléchir sur un système de réhabilitation, surtout pour les moins de 18 ans. “La drogue synthétique touche de plus en plus de jeunes”, insiste le responsable du Collectif Urgence Toxida. Il est inquiet car “aucun chiffre officiel n’a jusqu’à présent pu dresser un premier bilan de ces nouveaux profils de consommateurs”.
En effet, aucun système n’a pas été mis en place pour aider ceux qui sont touchés par les drogues synthétiques. Seuls quelques symptômes ont pu être identifiés. Un système de prévention nationale doit voir le jour au plus vite et “se faire dans toutes les écoles, privées, confessionnelles et d’État, pour s’adresser aux jeunes. C’est extrêmement important”.