SOCIÉTÉ - OVERDOSE DE DROGUE SYNTHÉTIQUE : Une mère de 19 ans meurt avec un bébé dans le ventre

Joanna avait 19 ans et un bébé dans le ventre quand elle est décédée par overdose de drogue synthétique, il y a deux semaines. Elle était mère de deux enfants, mais ne s’en occupait pas à cause de son addiction. Cette jeune femme issue d’une famille fragilisée par des problèmes sociaux est une autre victime silencieuse d’une drogue qui ne cesse de faire du tort dans des poches de pauvreté et dans l’ignorance de la société.
Sur le canapé, le corps sans vie de Joanna n’est plus que de la chair en voie de décomposition. Quand ses proches l’ont récupérée à la morgue de l’hôpital, le personnel leur a conseillé “de l’enterrer au plus vite”, à cause de l’autopsie pratiquée après son décès et de sa situation au moment de sa mort.
Dans le salon sans confort d’une maison de type social, une jeune femme, Nadine, fait de son mieux pour agencer la pièce, le temps de l’exposition funéraire. Ceux qui s’avancent pour la regarder “une dernière fois”, comme on a coutume de le dire, ne s’attarderont pas longtemps sur le visage de la défunte.
La veille, l’hôpital a appelé un des membres de sa famille pour lui annoncer, sans ménagement, que Joanna avait été admise aux soins intensifs et qu’elle avait sombré dans le coma. Selon les informations qui lui sont parvenues, Joanna aurait perdu connaissance après avoir consommé de la drogue synthétique.
Personne dans son entourage ne sait qui a transporté Joanna à l’hôpital. L’appel du service hospitalier n’avait pas bouleversé le quotidien de cette famille. Elle avait l’habitude de la voir passer en coup de vent : Joanna jetait l’ancre quand elle ne savait plus où dormir. Ils ne sont pas tous du même sang. C’est souvent ainsi dans les familles fracturées et qui vivent dans la précarité.

Dans les filets du synthétique.
Personne dans la famille ne voulait s’acquitter des funérailles de Joanna. Sauf Nadine. Elle s’est endettée pour que la jeune femme puisse être enterrée dignement. C’était sans doute la première fois que quelqu’un se battait pour Joanna. Elle est née et a grandi sans repères. Elle a vécu sans les limites qu’imposent habituellement les parents. Elle a fait de son corps un appât. Elle a été ignorée quand ça allait mal.
Joanna avait déserté la région dans l’indifférence des siens. “Pa kone kot li ti pe ale. Personn pa rod li”, nous raconte-t-on. Bref… Joanna est morte dans l’ignorance. Ceux qui l’ont connue savaient qu’elle se droguait. “Elle se prostituait aussi”, dit-on. Joanna n’a pas résisté à la tentation de connaître d’autres sensations que procure la drogue synthétique. Comme beaucoup de jeunes de son âge, au parcours chaotique et à l’avenir incertain, elle a été une proie idéale de la toxicomanie. Une fois tombée dans les filets de la drogue synthétique, Joanna n’a pu se relever.
Joanna a été enterrée et la vie a immédiatement repris son cours normal. Dans son entourage, il n’a pas été question de deuil. D’ailleurs, la vie ne s’est pas arrêtée. Sur la photo la plus récente d’elle que nous montre Nadine, Joanna sourit. Les cheveux tirés en arrière, elle ressemble à n’importe quelle jeune femme de son âge, 18 ans sur la photo. Elle pose debout à côté d’une fillette. La sienne. Qui aura bientôt cinq ans. Le ventre arrondi de Joanna trahit sa grossesse.

“Gard mo piti ar twa”.
Quelque temps plus tard, elle a accouché d’une petite fille. Cette dernière a aujourd’hui six mois. Joanna ne s’en est jamais vraiment occupée après sa naissance. “Un jour, elle m’a dit : gard mo piti ar twa”, confie Nadine. Joanna a refait surface quelques semaines, sans avoir donné de ses nouvelles et sans avoir pris celles de son bébé. “Avant de partir, elle avait dit qu’elle avait trouvé du travail.”
Le frère aîné de Joanna, chez qui elle vivait, ne s’inquiétait pas de ses absences inexpliquées. L’homme, le plus âgé de la fratrie, n’en demandait pas davantage à Joanna quand celle-ci restait évasive sur sa première fille. “Quand on lui demandait où se trouvait l’enfant, elle ne disait pas grand-chose. Personne ne sait où Joanna l’a déposée !”, confie Nadine. La fillette ne sait toujours pas si sa mère est décédée. Quant au frère aîné de Joanna, l’homme pour qui la drogue synthétique ne serait pas étrangère, il est loin d’assurer son rôle de responsable de famille ! Dans trois mois, sa fille, une adolescente déscolarisée, accouchera. “Il lui a interdit de se rendre au centre de santé de la région pour être suivie. Il craignait que le personnel signale le cas de sa fille à la police parce qu’elle est mineure. Il l’a déscolarisée et a organisé ses fiançailles avec celui qui l’a mise enceinte.”
Après avoir accouché de sa fille, Joanna a eu un autre enfant. Elle ne s’en occupait pas, jusqu’au jour où elle a été dénoncée à la Child Development Unit. Le bébé, souffrant de malnutrition, a été admis d’urgence à l’hôpital et décédera par la suite. Un épisode de plus dans la vie de la jeune fille. “Elle n’a jamais travaillé”, souligne Nadine.

Une réhabilitation qui échoue.
Un jour, après avoir touché le fond, quand l’alcool et la drogue l’ont envoyé dans un tunnel obscur, réalisant que sa vie ne tenait qu’à un fil, Joanna a accepté de suivre un programme de désintoxication. Elle a intégré un centre. “Mais sa réhabilitation n’a pas duré longtemps”, se rappelle Nadine. Même la méthadone n’a pu la remettre sur les rails.
Véritable électron libre, Joanna ne faisait qu’à sa guise. “Personn pa kapav dir li nanye”, confie Nadine. À peine avait-elle commencé ses études secondaires qu’elle décide de mettre un terme à sa scolarité. Incapable de la contrôler et d’exercer son autorité sur elle, la mère de Joanna laissait faire sa fille. Joanna fuguait pour vivre ses amourettes éphémères. Lorsque sa mère est tombée malade et invalide, Joanna ne s’en est pas occupée. “La pauvre femme agonisait parfois. Ses enfants disaient qu’elle était pénible et ne voulaient pas s’occuper d’elle”, raconte Nadine.
Après l’échec de sa réhabilitation, Joanna s’est à nouveau laissée happer par le cercle vicieux de la drogue. L’arrivée de son dernier bébé n’a apporté aucune stabilité dans sa vie. “Elle n’a rien dit sur l’identité du père de l’enfant. C’est elle qui a déclaré le petit.” Lorsqu’il lui arrivait de garder son bébé auprès d’elle, Joanna ne le nourrissait pas convenablement. Elle lui donnait de l’eau sucrée à boire et de la farine grillée à manger. C’est à Nadine qu’elle a confié l’enfant. Joanna lui avait confié qu’elle avait rechuté. Et qu’elle n’était pas en mesure d’assumer ses responsabilités maternelles.
Une semaine avant son hospitalisation, Joanna lui a fait une autre confidence. “Elle m’a annoncé qu’elle était enceinte. Quand je lui ai demandé comment elle allait gérer sa nouvelle situation, elle m’a répondu : ayo, pa kone ! Kan mo gagne mo ava gete !”