En ce 25 mars le couperet est tombé. Sur la base des conclusions d’un rapport du comité disciplinaire, la direction de la Cargo Handling Corporation Limited (CHCL) licencie Alain Edouard. Je reçois cette nouvelle de la sorte. C’est le vendredi Saint.  Je pose la question : qui a été Pilate dans la prise de décision ?
Pour rappel, Alain Edouard, président de la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA) et employé à la Cargo Handling Corporation (CHCL), était suspendu de ses fonctions depuis le 17 janvier pour avoir désobéi aux instructions de son employeur en quittant son poste à midi (au lieu de 15h), le 31 décembre de l’année dernière.
Le licenciement d’Alain Edouard est un élément qui vient s’ajouter à l’excellente analyse socio-historique faite par le journaliste Henri Marimootoo sur ce conflit dans le journal Week-End du 19 mars 2016. Dans une analyse historique comparative du cas Alain Edouard, le journaliste nous rappelle le refus de sir Veerasamy Ringadoo sous le régime colonial de se présenter sur son lieu de travail le jour de Sankranti et pour la fête Cavadee, pas encore décrétés jours fériés en ce temps-là. Sir Veerasamy Ringadoo, fonctionnaire au Département de la santé,  fut licencié. Henri Marimootoo argumente : « Ringadoo défendait sa culture religieuse et Alain Edouard se prévaut, lui, d’une tradition socioculturelle bien ancrée dans l’ensemble du peuple mauricien ».
Je suis petit-fils et fils de docker. Je confirme cette tradition socio-culturelle qui existe depuis des lustres. Mon père terminait à midi, prenait « la santé » avec ses amis et rentrait à la maison pour le  « grand nettoyage » du Réveillon. Dans ce contexte, j’aimerais revenir sur un article de la CHCL paru dans la page Forum du Mauricien (16 mars 2016) qui reproche à Pamella Edouard, soeur d’Alain, « d’égocentrisme familial » pour ses prises de position sur les transformations dans le secteur portuaire. La CHCL accuse Pamella Edouard de confondre « fratrie et patrie ». Je n’ai pas à répondre pour Pamella Edouard. Nos pères ont su nous donner la dignité. Ils n’ont jamais courbé l’échine devant les  « messieurs ». C’est que nous, enfants de dockers, nous nous réclamons de la Fratrie des Dockers. Nous sommes contre l’arbitraire. Le chemin a été long : debarder, Bulk Sugar Terminal et Cargo Handling. C’est grâce au syndicalisme que nous sommes parvenus là où nous sommes. En 1983, Gaëtan Pillay, lui-même, ancien syndicaliste, se trouvait à la direction de la CHCL. Les relations n’étaient pas de tout temps au beau fixe mais l’homme savait garder une ligne de communication. Ses compétences l’amenèrent à diriger le port aux Comores. Tout semble indiquer que le cas d’Alain Edouard n’est pas qu’une question de quitter son lieu de travail sans autorisation.
Nous avons appris dans la presse que le Vice-Premier Ministre Xavier-Luc Duval pourrait intervenir dans ce conflit. Souhaitons que le dialogue reprenne entre les parties concernées au nom de l’intérêt général.