SOOLEKHA JEPAUL-RADDHOA: « Nous ne nous laisserons pas distraire par la partielle »

Dans l'entretien qui suit, la nouvelle maire de Quatre-Bornes, Soolekha Jepaul-Raddhoa, évoque son adolescence engagée, ses débuts en politique et la récompense de sa vie : son élection au poste de maire de sa ville natale. Elle exprime également sa volonté de ne pas se laisser distraire par cette partielle qui s'annonce, privilégiant la concrétisation des projets en cours.

Que représente cette élection au poste de maire de Quatre-Bornes pour vous ?
C'est quelque chose d'extraordinaire. C'est la récompense d'une vie dédiée au service des autres, et ce grâce notamment à mon leader, Pravind Jugnauth, qui m'a ainsi témoigné sa confiance. Je suis dans le bénévolat depuis mon adolescence. Il fut un temps où j'étais active dans une bonne douzaine d'associations en même temps, et ce malgré qu'en cours de route, je me suis mariée, j'ai eu trois enfants, tout en remplissant mes obligations professionnelles, familiales et sociales. Mais ce n'est pas pour autant que j'ai diminué mes activités.
Cela dit, je me suis toujours occupée des autres. Là où j'apprenais qu'il y avait un problème, j'allais aider. J'ai commencé durant mon adolescence comme secouriste au sein de la St John Ambulance. Quand l'Island Commissioner de la St John Ambulance de l'époque, Guy Ohis, avait remarqué mes qualités de leader, il m'a confié de plus hautes responsabilités en me nommant District Superintendent, responsable du district de Moka/Flacq.
J'étais également engagée, entre autres, dans le mouvement des sociétés coopératives et dans la défense des consommateurs à travers mon adhésion à l'Association des consommateurs de l'île Maurice (ACIM). J'animais à la radiotélévision, en langue orientale, des émissions pour la sensibilisation des consommateurs. En outre, dès que j'ai pris de l'emploi dans la fonction publique, en 1974, je me suis jointe à la Government General Services Union (GGSU), un des plus grands syndicats à l'époque. Quelque temps après, je me faisais élire au comité de direction de ce syndicat, et ce jusqu'à ma retraite.

Quelle sera votre priorité en tant que maire de Quatre-Bornes ?
Il faut d'abord savoir que le travail à la municipalité se fait toujours dans la continuité. N'empêche que ma priorité sera de veiller à ce que le projet d'un multicomplexe commercial, à côté de la nouvelle foire, rénovée sur le site de l'ancien bureau de poste, se réalise. Réussir à rénover la foire municipale de la Route St Jean est déjà un exploit à mettre au crédit de notre équipe municipale et, surtout, du maire sortant, Atmaram Sonoo. Plusieurs conseillers avant nous avaient promis de refaire cette foire, mais n'ont malheureusement jamais réussi. Nous avions promis de le faire et nous avons réussi. L'ancienne foire était une véritable “eye-sore” indigne d'une ville moderne. J'avais honte d'y emmener mes amis venant de l'étranger, tant c'était insalubre, avec tous ces risques pour la santé et la sécurité des acheteurs et des visiteurs.
Sans financement, on ne peut rien faire. C'est pourquoi nous avions, lors de notre campagne, demandé de voter pour nous, parce que nous pensions pouvoir bénéficier du financement du gouvernement central. C'est chose faite aujourd'hui, grâce à la collaboration de tout le monde.

Quel est selon vous le plus gros problème à Quatre-Bornes ?
Sans conteste, le problème de la congestion routière. Mais veuillez noter que ce n'est pas un problème que seule Quatre-Bornes connaît. En fait, toutes les villes et tous les grands villages sont affectés par ce problème, surtout aux heures de pointe, à la sortie des établissements scolaires et celle des bureaux. A Quatre-Bornes, le problème s'amplifie également les jours de marché à la Route St-Jean et à La Louise ainsi que devant l'hôpital Candos à l'heure des visites. Le conseil municipal de Quatre-Bornes se doit de chercher une solution durable à ce problème.

Vous croyez vraiment que le projet de métro est une solution à ce problème ?
Oui ! C'est un projet qu'on aurait dû avoir réalisé depuis fort longtemps. Mais comme le dit l'adage : « Il n'est jamais trop tard pour bien faire. » Le Premier ministre et leader du MSM, Pravind Jugnauth, a une vision pour le pays et il souhaite aller vite avec ce projet de métro. Je crois fermement que ce projet améliorera grandement ce problème de congestion routière à Quatre-Bornes.

Le ministre Bodha a annoncé que le métro express sera installé en phases et que la première partira de Port-Louis et ne passera donc pas par Quatre-Bornes...
Autant que je le sache, le projet partira de Curepipe pour rallier Port-Louis pour passer, entre autres, par Quatre-Bornes. Cela reste un projet valable qu'on doit réaliser dans l'intérêt du pays.

Mais il y a des gens qui sont contre...
Il y a toujours des gens qui sont contre les grands projets. Cela a été le cas dans le passé avec le projet de construction de l'autoroute par exemple. Par nature, les humains n'aiment pas le changement.

Durant le début de votre mairat, il y aura une élection partielle à Quatre-Bornes. Vos commentaires...
Les élections font parties intégrantes de notre système démocratique. Le conseil n'a aucune crainte. Nous n'allons pas nous laisser distraire par cette élection partielle. Cela ne doit pas nous dévier de notre mission : celle d'œuvrer au quotidien pour l'amélioration de la qualité de vie des habitants de Quatre-Bornes et celle des infrastructures sociales. D'ailleurs, nous n'avons eu jusqu'ici aucun mot d'ordre quant à la participation ou pas de notre parti à ces partielles. Nous allons continuer à nous concentrer sur nos nouveaux projets.

Qu'est-ce qui vous a donc poussé à faire de la politique active ?
Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours eu une très grande admiration pour les femmes célèbres : Florence Nightingale (la fondatrice du nursing moderne), Marie Curie (pionnière dans la recherche sur la radioactivité), Sirimavo Bandaranaike (Srilankaise et première femme chef de gouvernement au monde), Vijaya Lakshmi Pandit (diplomate et politicien, sœur de Jawaharlal Nehru et tante d'Indira Gandhi), et bien sûr les reines, entre autres. J'ai eu le très grand honneur de serrer la main d'Indira Gandhi quand elle a visité Maurice en juin 1970. Elle passait en revue une parade de la St John Ambulance sur le terrain de foot de Centre-de-Flacq. Je me suis surprise en me disant, devant cette grande dame : « Mo bizin resamble two enn zour ! ». (rire) C'était une femme remarquable.
Je me suis toujours intéressée à la politique. Mais en tant que fonctionnaire, je ne pouvais faire de politique active. Le rêve était toujours là... En 2010, j'ai pris une retraite prématurée pour me porter candidates aux élections générales de cette année-là. Nous étions une demi-douzaine de travailleurs sociaux engagés dans le mouvement social de Georges Ah Yan, le Forum Citoyen Libre (FCL). Nous sommes donc six travailleurs sociaux à avoir participé à ces élections en tant que candidats indépendants dans six circonscriptions différentes. Moi j'étais au No 9, Flacq/Bon-Accueil. La famille Jepaul était assez connue dans cette circonscription. En outre, mon défunt époux, Prem, était très apprécié, au point que le conseil de village de Lallmatie lui a octroyé la citoyenneté d'honneur du village. Avoir 300 voix en tant que candidate indépendante, c'est déjà quelque chose ! Après deux ans, j'ai cette fois posé ma candidature à Quatre-Bornes, toujours en indépendante, lors des élections municipales de 2012.

Comment vous êtes-vous retrouvée au MSM ?
Le MSM m'a choisie comme candidate pour les municipales de 2015. En fait, c'est un concours de circonstances qui a fait que je sorte de candidate indépendante pour poser sous la  bannière orange.
Un jour, je me suis retrouvée par hasard devant le leader du MSM, Pravind Jugnauth, dans sa circonscription, à Moka. Il m'a bien accueillie et, à la fin, il m'a demandé d'écrire ma lettre d'adhésion au MSM. Les Jugnauth connaissaient bien mon époux et en 2001, Lady Jugnauth m'a fait l'honneur de lancer mon recueil de poème en français, Constellation.
Je suis assez fière d'être entrée au MSM à un moment difficile. Je n'ai jamais été opportuniste. Je suis entrée à un moment où personne ne donnait le parti gagnant, aux élections générales de décembre 2014, qui approchaient. Bien sûr, je participais activement à la compagne électorale.