Il n’y a pas photo. Avec un triplé imparable début août aux 9es Jeux des îles à La Réunion, suivi de sa plus belle conquête survenue en septembre aux 11es Jeux d’Afrique au Congo-Brazzaville, Kate Foo Kune plane au-dessus du sport mauricien en cette année 2015. L’année de tous les succès pour la n°1 du continent, sacrée championne d’Afrique du simple dames sur deux années d’affilée. Un parcours sans précédent qui devrait culminer avec Rio 2016.
Si la qualification pour ce qui seraient ses premiers Jeux olympiques n’est pas encore acquise, sa montée en puissance sur la scène africaine fait dire qu’elle est en bonne voie. La Nigériane Grâce Daniel, qui lui faisait de l’ombre, a été vaincue depuis 2013 à trois reprises au moins et les résultats que la Mauricienne a accrochés dans d’autres tournois européens et africains ont servi à conforter ses ambitions en vue du sommet de Rio (5-21 août). « Malgré un départ un peu lent, je suis maintenant au top du classement pour aller aux JO. Bien sûr, rien n’est fait, car il reste encore beaucoup de tournois à venir. Mais je ferai de mon mieux pour garder mon avance », lance la Sportive de l’Année 2015 du Mauricien.
Actuellement au Botswana, Kate Foo Kune, 22 ans, vient de boucler la deuxième étape de sa tournée africaine en Afrique du Sud. Cela fait maintenant sept mois qu’elle s’est lancée dans sa première campagne olympique. Elle avoue que la saison 2015 est de bon augure. Si elle s’est adjugée d’entrée le titre en Zambie, elle n’a pu éviter l’élimination au 2e tour à Cape Town et appréhende l’étape botswanaise prévue du 10 au 13 décembre. « Il faut avancer prudemment car les deux tournois sont toujours difficiles à négocier. C’est dur d’enchaîner des résultats avec la fatigue. Mais j’espère tenir ferme. C’est le plus important ».
Après le Botswana, pays où elle fut intronisée championne d’Afrique du simple et double dames l’an dernier, elle devrait poursuivre sa préparation dès janvier en Islande avant de rentrer à Maurice pour disputer en février la phase qualificative africaine de la Thomas & Uber Cup. « Ce qui est important en début d’année, c’est d’être bien entraînée. Lorsqu’on voyage pour faire des tournois, comme c’est le cas actuellement, on sent baisser un peu notre niveau de jeu. C’est donc important de le rehausser et d’être prêt physiquement ».
N°1 africaine
Février sera aussi le point de départ d’une autre tournée « en Ouganda et après en Europe, voire aux États-Unis ou en Asie dépendant de mes résultats », avance la badiste, visiblement bien partie pour affermir sa domination. Arrivée en novembre 2013 au club français Issy Les Moulineaux, elle a depuis fait du chemin et se retrouve actuellement 70e mondiale à la Badminton World Federation et occupe la position très convoitée de n°1 africaine qu’elle voudrait conserver jusqu’en mai 2016, qui marquera la fin de la période qualificative.
Pour l’heure, elle est doublement qualifiée, à la fois en tant que n°1 du continent et par voie normale de quota par rapport à son classement mondial. « Je suis pour l’instant qualifiée même si je n’étais pas pas n°1 africaine, car mon classement mondial est assez haut pour me qualifier normalement ». Mais la concurrence reste rude face à la Nigériane Daniel et l’Égyptienne Hadia Hosny. « Pour l’instant, nous pouvons toutes trois nous qualifier si nous rentrons dans les quotas. Mais je pense que seules les deux meilleures d’entre nous avons plus de chances ».
Pour sa première campagne olympique, elle s’est alignée à une vingtaine de tournois pour prendre de l’expérience et conforter sa position sur la scène africaine. Mais les Jeux d’Afrique (4-19 septembre) restent quand même le temps fort de sa saison. « Je remporte le titre pour la deuxième année consécutive et cette victoire est très importante car elle me rapporte beaucoup de points pour la qualification et est aussi la confirmation que j’attendais après mon premier titre l’an dernier ».
Si elle s’entraîne normalement en jours de semaine, les séances individuelles effectuées les samedis s’avèrent primordiales. Et il faut bien dire qu’avec les études qu’elle effectue parallèlement à l’École de Commerce à la Sports Management School du Groupe EDC à Paris, ses journées sont toujours très chargées. « Comme c’est une école qui favorise la filière sportive, on est assez flexible avec moi, surtout lorsque je dois aller à l’entraînement, en tournois ou en tournée. Cela dit, je dois beaucoup rattraper. Mais j’aime bien mon club et l’entraînement se déroule bien. Je me sens en famille. C’est la clé de ma progression. Je fais aussi des matchs interclubs, car c’est très important pour acquérir de l’expérience ».
En nous parlant de Rio 2016, Kate Foo Kune confie que le rêve olympique a commencé à germer il y a environ trois ans. « J’ai commencé à y penser quand ma soeur Karen a mis fin à sa carrière en 2012. Je me suis dit que c’était à mon tour de porter le flambeau. Vu que j’aurai déjà 23 ans à Rio, je pense prolonger ma carrière bien au-delà. Je sais que je possède encore une belle marge de progression et j’ai encore beaucoup à donner et à recevoir du sport ».
Top 50 dans l’avenir
Et quid de sa carrière après Rio ? « Dans le futur, je crois que j’arriverai à intégrer le top 50 mondial si je continue à travailler dur et intelligemment. Je pense y arriver d’ici deux à trois ans. Mais sitôt les JO terminés, je ferai une pause pendant quelques semaines pour me ressourcer. C’est important pour moi de prendre toujours du plaisir à jouer et ne pas me lasser du badminton ». Elle reprendra les armes à la rentrée de saison en septembre.
L’enjeu en 2016 sera donc énorme. Mais Kate Foo Kune se sent d’âme à relever le défi. Elle est prête à redoubler d’efforts en mettant dès maintenant l’ouvrage sur le métier. Adieu les vacances de Noël et du nouvel an. « 2016 sera la suite de 2015. En Europe, la saison commence en septembre et finit en mai. Donc, nous n’avons pas de grandes vacances durant la période de décembre, ce qui est excellent pour moi car je ne compte pas prendre plus de quelques jours de repos pour Noël. Je suis déterminée à m’entrainer pour continuer et essayer d’aligner de bons résultats jusqu’en mai 2016. Je veux continuer à avancer ».
Perfectionniste et combative à souhait, elle cherche toujours à se surpasser pour trouver la faille et vaincre l’adversaire. Le badminton mauricien a sans doute reconquis sa notoriété africaine à travers celle qui voue toute sa passion à ce sport. « Le badminton, c’est un peu ma vie. Lorsque je repense à toutes les années de sacrifices, toutes les heures d’entraînement et toutes les fois que j’ai été séparée de ma famille, je me dis que je dois vraiment aimer ce sport pour y consacrer autant de temps. Si je ne rentre pas fatiguée d’une séance, je ne suis vraiment pas satisfaite. Je veux toujours tirer le meilleur de mes matchs ».
En cette année préolympique et alors que le sport mauricien essaie de prendre un nouveau souffle, notre lauréate accueille avec joie ce titre honorifique de Sportive de l’Année. Elle exprime sa foi en des jours meilleurs en espérant simplement « que nous, sportifs, bénéficiions de plus de soutien, plus de frottements, d’encadrement technique de haut niveau, de stages et de tournois à l’étranger. Nous avons à Maurice des sportifs de qualité. Il faudrait que le sport n’est pas assez intégré dans la vie des jeunes ».