Le spectre de 2014 hante l’industrie sucrière. Non seulement avec la dégringolade du prix de la tonne de sucre aux planteurs sous la barre des Rs 13 000 pour la présente récolte, mais également pour celle de l’année prochaine, vu les conditions qui prévalent sur le marché international. Face au Package de mesures préconisées par le patronat avec accent sur le concept que There is no other alternative (TINA) plutôt que d’avoir recours à des réductions drastiques des coûts, le Joint Negotiating Panel (JNP), réunissant les syndicats de ce secteur économique, sort déjà ses griffes et brandit la menace d’actions de débrayage comme ce fut le cas en novembre 2014 à la fin du mandat de Navin Ramgoolam en tant que Premier ministre. Dans la conjoncture, l’avertissement d’Ashok Subron, négociateur du Joint Negotiating Panel, est des plus directs : « Rapel ki tou gourvernman ki mars ek tablisman ek vir kont travayer lindistri sikriyer perdi bann eleksyon!! Ti Jugnauth pe mank zis sa la ! »
D’un point de vue général, les premiers commentaires publics de la mission du Fonds Monétaire Interntional, dirigée par Amadou Sy, dans le cadre des Article IV Consultations, laissent planer un sentiment mi-figue mi-raisin. Officiellement la mission fait état de robustesse de l’économie mauricienne avec une éventuelle reprise annoncée dans le secteur de la construction. Mais elle n’a pas manqué de souligner les Downside Risks avec un ralentissement de la croissance du tourisme et du Global Business Sector, tout en confirmant la passe extrêmement difficile que traverse l’industrie sucrière et sans compter le problème devenu chronique de la baisse des exportations depuis ces dernières années.
Devant ce qui est présenté comme une Triple Whammy, soit la conjugaison néfaste d’une baisse du cours mondial du sucre, d’une récolte sucrière réduite en raison des conditions climatiques et de l’élimination du système de quotas d’exportation de sucre sur le marché européen à partir du 1er octobre, la Chambre d’Agriculture et le Syndicat des Sucres ont présenté un rapport portant sur les « Sales of sugar for 2017 and 2018 crops ». Cette analyse dresse un état des lieux des nouvelles conditions du marché du sucre avec en complément des mesures pour la survie de ce secteur.
Alors que jusqu’ici le prix
Rs13 400 a été avancé comme le montant des recettes par tonne de sucre pour la présente récolte, ce dernier document conjoint de l’industrie sucrière est encore plus pessimiste avec le prix de Rs 13 000 mentionné pour l’instant. Force est de constater qu’entre la fin de juillet dernier, date de ce rapport classé confidentiel, et la mi-août, le cours a perdu encore Rs 700 par tonne. D’entrée de jeu, la Chambre d’Agriculture et le Syndicat des Sucres soulignent avec force que « sugar sales for the 2017 crop are being influenced by bearish market conditions, with prices having reached unviable levels which are comparable with the 2014 crop when the ex-Syndicate price paid to sugar producers had fallen to Rs 12 694 per tonne ».
Aucun signe de redressement du prix du sucre ne se pointe à l’horizon étant donné que « the global sugar surplus is likely to persist in 2018/19 when prices obtainable for export of Mauritius sugar from the 2018 crop are expected to be under pressure again ». La principale caractéristique du marché mondial du sucre au cours de ces derniers six mois est une baisse de 150 dollars américains (Rs 5 000 environ) par tonne. « This reversal in the price trend, compared with the 12 previous months, has been triggered by the announcement of a world sugar surplus for the 2017/18 campaign, after 2 consecutive years of global deficit, coupled with the weakening of the Brazilian Real by end 2016, which have together dampened investors’ interest in the sugar futures market », note le rapport soumis au gouvernement.
Réduction de           Rs 2 500 par tonne
La situation s’aggrave avec la fin des quotas d’exportation de sucre en Europe, effective à partir du 1er octobre, mais dont les répercussions sont ressenties en anticipation. Pour corser l’équation sur le marché européen, une production record de sucre en Europe, soit 20% en excédent, est venue s’y greffer. La conséquence se résume au fait que les acheteurs européens réclament des prix avec un rabais de 100 euros (environ Rs 4 000) par rapport à celui de  l’année dernière et également « there is no rush to finalise the sugar purchases for 2017/18 » en misant sur de nouvelles baisses à venir.
De ce fait, la Chambre d’Agriculture et le Syndicat des Sucres ne cachent pas leurs inquiétudes quant aux perspectives. « Under prevailing market conditions, prices obtainable, whether in EU or non-EU destinations, have reached loss-making levels, affecting almost all sugar producers worldwide unless they receive direct financial support from other sources », relève l’industrie sucrière avant de soumettre une série de propositions en vue de bénéficier d’un ballon d’oxygène.
Avec la réduction de Rs 2 500 par tonne de sucre et des risques de nouvelles baisses, il faudra ajouter la politique de la roupie forte par rapport à l’euro et le dollar américain, soit de l’ordre de Rs 800 par tonne, de sérieux doutes sont entretenus pour ces deux récoltes successives. Le SOS lancé par l’industrie est libellé comme suit : « Given the serious impact of the deteriorating market conditions on the industry’s revenue and the likely risk of adverse conditions prevailing for two successive crops, urgent support will be required to maintain its viability while avoiding further land abandonment. The shortfall is estimated at Rs 1 billion annually. »
Dans cette perspective, le Sugar Insurance Fund Board (SIFB) est appelé à jouer aux sapeurs-pompiers. D’abord, le mandat de cette institution, qui gère des fonds de Rs 3,5 milliards, sans compter les placements d’un demi-milliard dans des Bonds bailing ou le Sugar Investment Trust (SIT), est modifié pour inclure une Economic Insurance et la nomination d’un actuaire pour valider le projet de Premium/Special Assistance de l’ordre de Rs 2 600 par tonne aux planteurs.
Toujours à court terme, la Chambre d’Agriculture et le Syndicat des Sucres préconisent l’abolition du CESS de 4% pour le financement des Service Providing Institutions (SPI), soit une économie de Rs 530 par tonne, représentant un allégement de Rs 180 millions pour une production sucrière de 360 000 tonnes, le relèvement de l’Import Duty sur le sucre de 15% à 40%, soit Rs 250 par tonne et un renversement de la politique du taux de change de la roupie, susceptible de générer des revenus additionnels de Rs 460 par tonne.
La politique énergétique, avec pour objectif déclaré un target de 35% en provenance des sources renouvelables d’ici 2025 et la mise en place du Biomass Framework, des revenus additionnels  de l’ordre de Rs 500 à Rs 1 000 peuvent être envisagées.
« The only alternative is to reduce labour costs »
Toutefois, la batterie de mesures à moyen terme allant dans le sens d’une réduction des coûts de production risque de mettre le feu aux poudres. Le document confidentiel ne passe pas par quatre chemins pour signifier ses intentions à ce sujet. « In a context of decreasing production in Mauritius, the only alternative is to reduce labour costs. Over the past decade, it is alarming to note that sugar prices have dropped by more  than 30% while wages have increased by more than 70%. Such a situation is no longer sustainable », suggèrent la Chambre d’Agriculture et le Syndicat des Sucres.
Dans cette perspective de réduction des coûts, deux scénarios sont proposés au gouvernement, soit l’intégration du secteur sucre dans la mainstream economy avec une harmonisation des lois du travail, dont l’élimination de tout éventuel recours au Voluntary Retirelent Scheme faute de moyens financiers. Tout prochain exercice de Labour Downsizing et de compression du personnel devra se faire sous le Workfare Programme.
« In other words, the relevant sections of the SIE Act pertaining to the Voluntary Retirement Schemes in the sugar sector should be repealed. In the same vein, no restriction should be imposed on employment of seasonal labour just as in other sectors of the economy », précise le patronat ; soit « enterprises having entered into collective agreements should no longer be subject to double payments of wage compensation by virtue of the Additional Remuneration Act», avec aucune obligation pour les employeurs de payer la compensation salariale sous l’Additional Remuneration Act pour compenser la perte du pouvoir d’achat après les tripartites dans des cas où des Collective Agreements sont en vigueur.
De son côté, sous les Article IV Consultations avec une croissance de 3,9% pour cette année, le FMI, qui s’appuie sur la robustesse de l’économie, dresse le diagnostic suivant : « Tourism and financial intermediation activities are expected to provide support, though at a slower pace than in 2016. Domestic demand will continue to be supported by recovering business and consumer confidence, and increased public investment. However, falling sugar production and subdued exports would weigh down on agriculture and manufacturing activity. »
La mission dirigée par Amadou Sy commente les pressions sur le Global Business Sector et l’importance du Blue Print for the Financial Services Sector. « The Global Business Sector is under pressure from international anti-tax avoidance initiatives. The authorities are undertaking efforts to address the concerns raised by the OECD and the EU in these matters. Prioritizing the adoption of the Blueprint for the Financial Services Sector can help the GBC sector transition from a system based largely on tax incentives to one that provides higher value added services », recommande le FMI. (Voir plus loin d’autres détails sur le Blue Print).
Les Article IV Consultations du FMI, qui font état de « challenging environment and rising vulnerabilities », dressent une checklist, comprenant les risques de détéroriation du Current Account Deficit, du Mismatch sur le marché du travail et des « signs of further building inflationary pressures ». A ce dernier titre, le FMI fait état de sa surprise face au taux d’inflation qui a presque doublé d’une année à l’autre, passant de 2,3% en juin 2016 à 5,3% à juin dernier. « Headline inflation is expected to remain above 5 percent during the second half of 2017 onwards, mostly on account of second round effects », ajoute la mission Amadou Sy dans ses commentaires preliminaries tout en affirmant que
« considering Mauritius’ track record of reinventing its economic model, there are grounds for optimism that the country will successfully manage the reform process ».