Il y a un loup qui se ballade dans la nature à Maurice. Sa présence a été signalée dans des lieux publics, sur des vidéos ou encore des panneaux. Il y a de quoi paniquer face à cette grosse bébête bleue dont on ne savait pas grand chose jusqu’ici. C’est AnneGa qui lève finalement le voile sur ce grand mystère à travers Sweet While, son nouveau single. Faisant suite au succès de Remember me cette chanson apporte d’autres couleurs à la carrière de cette artiste. Dans son nouveau clip elle révèle davantage sa relation avec Loup Bleu.

Pourquoi un Loup bleu ? AnneGa semble elle-même « encore sous le choc » de cette création d’Azim Moollan, le réalisateur du clip de Sweet While, son tout nouveau single. “C’est un savant fou. Il a imaginé ce personnage abstrait complètement différent de moi en lisant les paroles de ma chanson. Nous ne nous étions même pas encore rencontrés. Il est parti dans un délire et je n’aurai pas pu rêver ni espérer mieux comme résultat. Je suis bien consciente de la chance que j’ai eue d’avoir pu travailler avec un tel professionnel ainsi qu’avec Scott Reed, Emilien Jubeau et Kim Yip Tong pour la partie artistique”. A travers ce rendu final très décalé et inattendu, cette jeune chanteuse donne une indication très forte qu’elle n’a pas choisi de consacrer sa vie à la musique au hasard. En effet, derrière son joli petit minois, l’artiste est bien décidée à marquer les esprits.

Sweet melody

Après Remember Me, AnneGa a choisi de sortir Sweet While, son deuxième single, qui figurera parmi les dix titres de son album en avril. Ce morceau a une note très particulière pour la chanteuse. C’est la seule de toutes ses compositions “où c’est moi qui ai trouvé la base.” D’habitude c’est Cédric Cartier qui se charge des mélodies et des accords avant de lui proposer la musique sur laquelle elle place ses paroles. Les airs de Sweet While lui sont venus en tête un matin lors de son trajet pour se rendre au boulot. « J’adorais ces 1h15 minutes en bus car je pouvais être tranquille pour prendre un livre et écouter la musique. Un jour alors que j’étais presque arrivée à Port-Louis, une mélodie m’est passée dans la tête. Tout de suite, je me suis dis qu’il fallait saisir cette occasion et l’enregistrer pour ne pas l’oublier. J’ai alors pris mon téléphone et j’ai fredonné ce son. C’est bien plus tard que j’ai commencé à écrire les paroles.”

Maître de son bonheur

Cette mélodie a inspiré à AnneGa l’histoire d’une jeune fille qui s’apprête à se rendre au supermarché. En route elle rencontre un personnage de son passé. A ce stade précise la compositrice et interprète : “Ce n’était pas encore le Loup Bleu dans ma tête.” Elle imagine plutôt un homme avec qui la jeune fille aurait eu des affinités dans le passé. Et c’est là qu’elle réalise à quel point, la rupture l’a rendue plus forte. Sweet While aborde l’histoire d’une femme qui a appris l’amour de soi et qui, maintenant, prend soin d’elle et ne laisse plus personne décider pour elle. Par ce texte, la chanteuse tient à faire passer un message : “Aimez-vous vous même avant tout. Chacun est responsable de son propre bonheur.”

Son bonheur à elle, c’est de vivre à fond pour la musique et elle a pris le risque d’être une artiste. Elle est la première a être produite par Kabann Records, la compagnie de Cédric Cartier. Ce dernier a lancé le concept Eleven, soit un événement organisé chaque 11 du mois dans des lieux différents pour mettre en avant des artistes locaux. Pour marquer les deux ans de ce concept, Kabann Records organisera un concert où la jeune chanteuse de 24 ans procèdera au lancement de son deuxième single.

L’univers d’AnneGa

Ce deuxième opus d’AnneGa, dont le clip sera mis en ligne à partir du mardi 4 février, révèle d’autres facettes de son talent. Chacune de ses chansons représente des parties de son univers musical. “Je suis toujours en train de le créer cet univers. Je m’inspire de tout. A la base, j’adore le style d’Amy Winehouse, d’Adele ou de Coldplay. Et, je pense que cela se reflète énormément dans ma musique. J’écoute aussi d’autres styles et j’ai cette liberté de voguer dans diverses avenues et d’exploiter mon talent au maximum pour attirer de plus en plus d’audience.” Elle peut compter sur une solide équipe et surtout sur Cédric Carter : “Nous créons ensembles. Je lui fais confiance à 100% car il sait où il veut emmener ma carrière.”

Oser tout ou rien

AnneGa n’est pas du genre à faire comme tout le monde. S’il faut se mettre en bikini devant le musée de Mahébourg et chanter devant des pompiers et nager avec un Loup dans une piscine, elle ose. Dans le même esprit, elle débarque sur la scène locale en proposant de la pop music. Un style rare « pas très mauricien », mais plutôt populaire du côté européen, australien, américain ou sud africain. “J’ai ce besoin de faire différent. Plus c’est compliqué, mais je prends du plaisir à le faire. D’une certaine façon j’ouvre la porte pour d’autres talents émergents en démontrant qu’il y a autre chose que de la musique fusion, du séga, du reggae où les Mauriciens peuvent exceller.” Dans la foulée, AnneGa ne cache pas viser plus haut et au-delà des frontières mauriciennes en espérant un jour entendre un de ses titres sur une radio londonienne.

La magie des mots

Pourtant, le déclic n’est pas venu aussi facilement. Ca faisait déjà plusieurs années que AnneGa était pistonnée par ce compagnon qui comptait sur elle pour écrire des paroles. Même si elle aimait écrire des poèmes, elle ne s’est jamais sentie prête à écrire des chansons. “Je lui répétais sans cesse que je considérerai sa proposition mais ce n’était pas ma priorité. J’étais toujours à l’université, et une fois mes études terminées, j’ai aussitôt pris de l’emploi. A cette période, la musique était un passe-temps qui me libérait à la fin de ma journée.”

Jusqu’au jour où elle lit Big Magic, un livre d’Elizabeth Gilbert. Elle se souvient avoir été très chamboulée. « Ce livre parle sur comment vivre sa créativité à fond, sur comment il faut apprendre à retenir une idée qui vous traverse l’esprit avant qu’elle ne s’envole vers quelqu’un d’autre.” Pour elle, il n’y avait plus de doute. Le moment était venu de commencer à créer et écrire.

Un soir, à la fin d’un live, Jean-Alain Roussel vint à leur rencontre pour AnneGa et Cédric. « Il nous a dits que nous devrions commencer à composer notre propre musique parce que c’était le seul moyen d’avancer. Il nous a donnés énormément de conseils et nous a suggérés d’écrire 3 à 4 morceaux et les lui présenter deux mois plus tard.” C’est finalement en l’espace d’un an qu’AnneGa complétera l’écriture de ses dix compositions.

2019, la révélation

Si toute l’année 2018 a été consacrée à ses compositions en février 2019 AnneGa comprend que sa place n’est pas derrière un bureau. « En studio je passai de très bons moments. Je rêvai, j’étais très amoureuse de la musique. Mais, le lendemain matin, je devais me réveiller à 6h pour aller bosser et ça cassait mes rêves.”
De plus que le clip de Remember Me devait être tourné en février, et elle voulait vivre cette expérience à fond. Elle démissionne mais l’équipe de tournage lui annonce que le projet ne pourra se concrétiser qu’en août. Pas de quoi freiner l’artiste qui profitera de son temps libre pour se former à la scène. Aujourd’hui encore plus, la jeune femme ne regrette aucunement le choix de sa carrière musicale. “C’est mon rêve mais aussi celui de Cédric. Il a cru en quelque chose et il y croit toujours”.

Celle qui n’a pas gagné ni Ti Mambo, ni Talents by Mouv ni Vibe, a finalement remporté un autre trophée : celui de pouvoir chanter. “Il ne faut pas s’arrêter à des échecs. Si je l’avais fait je serais toujours dans un bureau en train de travailler en me disant surement que je chante bien mais tout le monde s’en fout. Je suis la preuve qu’on peut tomber sur des gens qui apprécient ce qu’on fait et qui nous conduisent à la réalisation de vos rêves.”