SYLVETTE PARIS-DAVY, directrice d’école maternelle : « Le Nine-Year Schooling doit redonner à l’enfant le plaisir d’apprendre »

Avec la mise en pratique du Nine-Year Schooling cette année, les enfants qui entrent en Grade 1 passent par le School Readiness Programme. Cette initiative a pour but de faciliter la transition du préscolaire au primaire. De même, les écoles maternelles doivent remplir le Development Leaner Profile (DLP), un livret sur les compétences acquises par l’enfant, ce qui permettra d’identifier d’éventuelles difficultés et d’y remédier dès le départ. Sylvette Paris-Davy, directrice de l’école Bethléem, nous explique comment se fait cette transition. Elle s’exprime également sur le Nine-Year Schooling.

En tant que professionnelle de l’éducation, comment accueillez-vous le Nine-Year Schooling ?
En tant que professionnelle de la petite enfance, je trouve que c’est une bonne chose d’avoir revu le système éducatif, car certains enfants avaient des difficultés à s’adapter. Il fallait tenir compte d’une pédagogie différenciée. Car chaque enfant a ses capacités et ses niveaux de compréhension. Je pense que le Nine-Year Schooling est arrivé à un moment important. Il doit redonner à l’enfant le plaisir d’apprendre. Et chacun à son rythme. Avec la fin du CPE, je souhaite qu’il y ait moins de stress sur les enfants. L’évaluation continue est un moyen de permettre à l’éducateur de suivre de près le progrès de l’enfant.

Comment les écoles maternelles s’adaptent-elles au nouveau système ?
Beaucoup de choses énoncées dans le plan de réforme sont déjà pratiquées dans les écoles maternelles depuis longtemps. Tout ce qu’on appelle aujourd’hui le développement holistique ou les valeurs civiques sont des choses comprises dans nos activités. Nous avons un programme bien établi et nous suivons le curriculum national élaboré par les autorités. Nous avons quatre domaines de développement : le développement socioaffectif, le développement cognitif, la psychomotricité et le développement physique. J’apprends également que dans le Nine-Year Schooling, il y aura l’éducation physique. J’applaudis à cela, car tout commence par le corps. L’enfant apprend avec son corps.

Les écoles maternelles ont également la responsabilité aujourd’hui de préparer un dossier pour chaque enfant à remettre à son école primaire. Comment se passe cet exercice ?
Depuis l’année dernière, les autorités ont émis deux livrets à remplir pour chaque élève qui complète son parcours du préscolaire. On appelle cela le DLP. Pour nous, à Bethléem, cela ne pose aucun problème étant donné que nous faisons déjà un suivi personnalisé de chaque enfant. Personnellement, je me fais un devoir de connaître chaque enfant qui vient chez nous. C’est ainsi que nous identifions qui sont ceux qui ont des problèmes, ceux qui ont besoin d’un suivi chez l’orthophonique ou le psychologue et ainsi de suite.
J’ai compris que ce DLP aidera à identifier les faiblesses des enfants et qu’il y a des classes de “remedial” pour ceux qui en ont besoin. Je trouve que c’est une bonne chose. Les enfants qui ont des problèmes, il faudra très tôt reconnaître leurs problèmes pour pouvoir les accompagner. On ne peut attendre qu’il soit recalé au CPE pour s’en rendre compte. Cela aura un effet positif au niveau des apprentissages fondamentaux. Je souhaite que ce travail soit fait pour le bien-être de chaque enfant mauricien et que l’apprentissage soit un vrai bonheur.

Est-ce qu’on peut dire qu’auparavant, il y avait une rupture avec la pédagogie de la maternelle, lorsque l’enfant entrait en primaire ?
Oui, effectivement. Bien sûr, il y a eu à un certain moment le programme Bridging The Gap. Cela consistait à recréer l’ambiance de la maternelle dans la classe de Std I pour aider les enfants à s’intégrer. Les enseignants du primaire avaient même été formés pour cela, mais malheureusement, toutes les écoles n’avaient pas le même intérêt pour ce programme.  Par exemple, l’accueil est une activité importante dans la vie d’un enfant et de ses parents. Quand on lui ouvre la porte de l’école, il découvre l’espace où il peut aller à la découverte. L’enfant est un être curieux. C’est un être aussi émotif, il a besoin d’empathie. On a besoin de trouver un temps de qualité pour chaque enfant, de communiquer avec lui, toujours l’introduire dans un dialogue, parce que c’est un être qui a besoin de s’exprimer pour pouvoir s’éclairer. Cependant, on a vu que dans certaines écoles, les enfants n’avaient pas le droit de parler. On leur disait qu’ils faisaient trop de bruits. Maintenant, avec l’intérêt qu’on porte pour le développement holistique, j’espère que tout cela sera pris en considération.

Comment préparez-vous vos enfants à entrer en primaire ?
A la deuxième année de maternelle, l’enfant entre dans ce qu’on appelle la structuration perceptive. Il faut que les sens soient bien aiguisés pour arriver à s’imprégner de tous les apprentissages autour de la lecture et de l’écriture, ainsi que le développement de la logique. Quand ils nous quittent en maternelle, il faut qu’ils aient déjà acquis les compétences dans ces trois domaines.
Par ailleurs, on leur explique qu’ils vont déjà partir dans une nouvelle école, avec beaucoup d’enfants. On leur apprend également à être autonome et indépendant. Ils doivent garder cette indépendance à l’école primaire. Par exemple, chez nous, ici, on sert le repas, mais quand l’enfant s’apprête à nous quitter, vers le mois d’octobre, on lui apprend à manger de manière plus autonome. Le plus important, c’est qu’il parte avec une image positive en lui disant qu’il peut, qu’il est capable.