À l’occasion du Republic Day célébré en Inde aujourd’hui, le haut commissaire indien à Maurice, T. P. Seetharam évoque, dans l’interview accordée au Mauricien, la profondeur des relations entre Maurice et l’Inde, qui reposent tant sur l’héritage culturel partagé qu’une histoire commune. Il estime toutefois qu’on peut faire mieux encore. « There is ground to do more. We must do more. We can’t just rest with that sense of shared heritage, we have to go beyond that », affirme-t-il. Il estime que Maurice peut non seulement être une passerelle entre le reste du monde et l’Inde, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, mais également une passerelle entre l’Inde et l’Afrique. Il évoque aussi les possibilités pour les opérateurs mauriciens d’investir en Inde.
La journée de la République est toujours une bonne occasion pour réfléchir sur l’année écoulée. Peut-on dire que l’Inde a confirmé sa position en tant que pays émergent ?
Je me réjouis de cette occasion pour saluer vos lecteurs et adresser mes meilleurs vœux à tous les Mauriciens en cette heureuse occasion de la 63e journée de la République de l’Inde. En 1950, nous sommes devenus une République et avons adopté notre Constitution, la plus longue au monde, qui est essentiellement un document vivant et dynamique qui incarne avec éloquence les idéaux, les principes, et l’éthos national que le peuple de l’Inde désirait pour eux-mêmes — Une République souveraine laïque et socialiste, démocratique. La Constitution de l’Inde définit les rôles des différentes institutions démocratiques — L’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire. Elle a été modifiée plus de 100 fois, symbolisant la nature dynamique des relations entre ces institutions.
Les défis en matière de développement constituent nos principales priorités car l’Inde a encore des millions de personnes vulnérables qui vivent dans la pauvreté. Il nous incombe en tant que pays et gouvernement de promulguer et d’appliquer des politiques dont l’objectif primordial est d’élever ces millions de personnes à des conditions où ils sont en mesure de profiter des opportunités et de faire des choix qui pourront développer pleinement leur potentiel en tant qu’individus et leur capacité à contribuer au développement socio-économique de la nation.
L’histoire de la croissance de l’Inde au cours des deux dernières décennies a connu de nombreux succès surtout depuis le lancement de la réforme économique. Il a été largement le résultat de l’esprit entrepreneurial de millions d’Indiens avec le Gouvernement comme facilitateur. Cela est visible dans les secteurs de production liés à la technologie comme les TIC, les produits pharmaceutiques, l’industrie automobile et les énergies renouvelables. Le défi maintenant consiste à reproduire ce même élan de croissance dans d’autres secteurs qui nécessitent un niveau élevé d’investissement public comme les infrastructures, l’éducation, la santé, la sécurité sociale, le développement des compétences, etc.
Les défis en matière de développement continueront à façonner et inspirer notre politique étrangère. Vous êtes conscients que nous sommes en même temps une civilisation ancienne et une jeune nation. L’Inde est certainement sur la voie de réaliser pleinement son potentiel en tant que peuple en contribuant efficacement à la paix, la stabilité et la prospérité de la région et du monde dans son ensemble. Dans cette entreprise, nous serons toujours guidés par ses valeurs ancestrales que sont la tolérance, le respect et le dialogue.
Aucun pays n’a été épargné par la crise mondiale. Comment l’Inde arrive-t-elle à surmonter la crise économique ?
Le monde connaît un ralentissement prolongé de l’économie. La débâcle financière de 2008 et la crise de la zone euro ont un impact négatif sur tous les coins du globe, y compris nos deux pays.
Nous étions confrontés à l’inflation dans les secteurs alimentaires et des carburants et à une dépréciation de la monnaie. La Reserve Bank of India (RBI) a suivi une politique monétaire stricte comme cela a été le cas dans d’autres pays d’Asie qui ont été confrontés à des pressions inflationnistes similaires. Cela était indispensable tenant compte des défis de l’Inde en matière de développement. Ces mesures ont entraîné une révision des prévisions de croissance pour l’année financière 2011-12 de 8 % à environ 7 à 7,5 %. Toutefois, les chiffres récents de l’inflation (7,4 % en Décembre 2011), de l’augmentation de la production industrielle et des recettes d’exportation permettent d’espérer que la période d’inflation forte a pris fin. On peut s’attendre à l’avenir à l’assouplissement des mesures monétaires afin de stimuler la croissance. Le secteur public en Inde est aussi appelé à augmenter ses dépenses de manière à stimuler la croissance dans de nombreux secteurs.
S’il fallait évaluer la coopération bilatérale entre l’Inde et Maurice, que diriez-vous ?
L’Inde et Maurice partagent une relation bilatérale unique et extraordinaire étant donné la nature de notre histoire et notre culture communes. Ces liens sont renforcés également par notre engagement commun et sans faille aux idéaux démocratiques et pluralistes.
Nos relations politiques restent étroites et cordiales. La visite d’État du président Smt. Pratibha Devisingh Patil en avril dernier a été une occasion historique pour les deux parties de faire le point des relations bilatérales et de donner un nouvel élan à notre partenariat bilatéral amical, dynamique et complet. Des visites ministérielles régulières des deux côtés ont permis de renforcer la coopération dans des secteurs spécifiques, comme en témoigne la récente visite du ministre des Énergies Nouvelles et Renouvelables Farooq Abdullah. L’Inde et Maurice ont signé des accords bilatéraux dans une panoplie de secteurs englobant le commerce et l’investissement, les TIC, les énergies renouvelables, l’hydrographie, le renforcement des capacités, la coopération culturelle entre autres.
Les liens économiques et commerciaux sont sur une trajectoire ascendante. L’Inde est devenue la plus importante source d’importations de Maurice depuis 2007 et nos chiffres officiels indiquent que Maurice a importé une valeur de $ 816 000 000 dollars de marchandises durant l’année financière d’avril 2010 à mars 2011. Maurice se maintient comme la principale source d’investissement pour l’Inde depuis plus d’une décennie, avec des investissements étrangers directs totalisant $ 55,2 milliards sur la période avril 2000 à avril 2011. Il y a beaucoup d’entreprises indiennes présentes à Maurice dans divers secteurs. Je sens qu’il y a beaucoup de potentiel pour la collaboration entre les entreprises indiennes et leurs homologues mauriciens dans plusieurs secteurs comme l’infrastructure, le tourisme et l’hôtellerie, la santé, l’éducation, les TIC, les énergies renouvelables, la sécurité alimentaire, l’agro-alimentaire.
L’Inde et Maurice coopèrent aussi dans la lutte contre la piraterie, qui constitue une menace majeure dans la région de l’océan Indien. Un navire des forces navales indiennes, INS Savitri, est actuellement à Port-Louis pour entreprendre la surveillance ZEE, les patrouilles conjointes et la formation du personnel de sécurité mauricien dans le cadre de nos efforts conjoints.
Les programmes de formation en Inde continuent à être en grande demande parmi les fonctionnaires mauriciens et les experts. Plus de 100 bourses sont offertes chaque année aux étudiants mauriciens pour poursuivre leurs études supérieures en Inde dans diverses filières comme les sciences, les arts, l’ingénierie, l’architecture, la médecine, les arts plastiques, les langues. Notre coopération culturelle demeure vivante. L’IGCIC a émergé comme une institution de premier plan pour promouvoir l’amitié culturelle entre les deux pays. Le World Hindi secretariat (WHS), une entreprise bilatérale des gouvernements de l’Inde et Maurice, a récemment organisé la Journée mondiale de l’hindi pour promouvoir et vulgariser la dynamique de la langue, l’histoire et sa capacité à rassembler les gens.
L’Inde et Maurice ont une longue histoire de coopération multilatérale sur les questions d’intérêt commun. Je tiens à remercier le gouvernement de Maurice pour son soutien constant à la position de l’Inde contre le terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations. Nous sommes également reconnaissants pour votre soutien à notre revendication légitime pour un siège permanent au Conseil de sécurité élargi. Maurice étant le siège de l’IOR-ARC, elle a été très positive en encourageant les efforts de l’association et ses idéaux. Nous espérons que pendant la présidence de l’Inde, l’IOR-ARC sera revitalisée et contribuera à relever les défis auxquels sont confrontés les pays de la région océan Indien.
Maurice ambitionne d’être un tremplin pour les investissements de l’Asie vers les pays africains. Les conditions sont-elles réunies pour cela ?
L’idée de faire de Maurice une passerelle pour les investissements indiens en Afrique est évoquée depuis quelques années. Il existe un potentiel à cet égard. Je pense qu’il est nécessaire de faciliter l’engagement des secteurs des PME des deux parties afin de traduire cette théorie dans le concret. Je perçois les infrastructures, la sécurité alimentaire, l’agro-alimentaire, les fruits de mer, le tourisme et l’hôtellerie, l’éducation, la santé, les produits pharmaceutiques, les énergies renouvelables, le textile, les consommables,entre autres, comme des domaines où des partenariats crédibles et durables peuvent être tissés entre les deux pays. Cela ne se produira que si une interaction se développe entre les secteurs privés des deux côtés et s’ils comprennent les avantages de faire affaire ensemble. Des contacts robustes entre les deux peuples sont très importants.
Les négociations bilatérales sur le CECPA n’ont pas encore abouti à une conclusion. Quel est le problème ?
Le CECPA est une question qui est discutée dans le cadre de la Commission indo-mauricienne conjointe sur la coopération économique, scientifique, technique et culturelle, dont la dernière rencontre date de décembre 2007. Nous espérons que la Commission conjointe indo-mauricienne se réunira à nouveau prochainement pour explorer d’autres avenues de coopération.
Le traité de non double imposition a fait l’objet d’une rencontre bilatérale à Maurice en décembre 2011. Les discussions ont eu lieu dans une atmosphère amicale, constructive et positive. Il a été convenu de reprendre les discussions et de travailler pour un résultat mutuellement bénéfique et de parvenir à des solutions gagnantes.
Le CECPA, comme son nom l’indique, est une question plus large qui va au-delà de la question de la fiscalité. Des négociations bilatérales sur CECPA ont eu lieu sous la tutelle de la Commission indo-mauricienne dont la dernière réunion conjointe remonte à décembre 2007.
Vous êtes en poste à Maurice depuis peu. Qu’est-ce que cela vous fait d’entendre des Mauriciens parler de l’Inde comme « Mother India » ?
Cela reflète les liens proches, émotionnels et historiques qui lient nos deux peuples. Cela reflète également notre héritage commun qui est plus fort que notre histoire commune. Nous avons une histoire commune dans le sens que nous avons connu la colonisation britannique et la lutte pour l’indépendance. Il y a aussi le fait qu’une large partie de la population mauricienne est originaire de l’Inde. Il y a également une culture commune. Je suis heureux de constater que tout le long de l’année, il y a des commémorations qui célèbrent ces liens culturels et religieux communs avec l’Inde. There is a sense of belonging to that same cultural stream.
De la même manière en Inde, Maurice occupe une place spéciale dans le cœur de la population non seulement parmi les dirigeants mais également dans la Population. Cela constitue une base pour la construction de nos relations bilatérales entre deux pays souverains et indépendants. There is ground to do more. We have to do more. We can’t just rest with that sense of shared heritage, we have to go beyond that.
La nouvelle génération de politiciens a-t-elle le même sentiment pour Maurice que ses prédécesseurs ?
Les Indiens connaissent l’île Maurice. On apprend l’histoire depuis notre très jeune âge. Maurice joue un rôle très important dans l’esprit de la jeune génération de leaders également. Beaucoup viennent à Maurice en vacances en visite privée. Nobody in India is taking Mauritius for granted.
En vous écoutant nous pouvons conclure que vous ne souhaitez pas que les relations bilatérales entre Maurice et l’Inde se reposent sur leurs lauriers…
Il y a tellement de choses à faire non seulement ensemble mais avec les autres. Nous pouvons faire des choses ensemble dans un pays tiers où il y a des opportunités économiques. Je pense, entre autres, aux énergies renouvelables et aux TIC. Nous ne pouvons nous contenter de parler du passé seulement. We must be much more focused on the future. Les héritages partagés vont nous aider à faire davantage ensemble que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la science et des technologies. Maurice, qui a une position stratégique, peut être une passerelle pour l’Inde vers l’Afrique de la même manière qu’elle a été une passerelle entre le reste du monde et l’Inde durant des années.
Récemment vous avez évoqué les possibilités pour les Mauriciens d’investir en Inde…
Il faut voir les domaines dans lesquels vous êtes très forts à commencer par l’agro-industrie, dont l’industrie sucrière. C’est un domaine dans lesquels vous avez une grande expérience et une connaissance technique. Il y a aussi d’autres domaines dans le secteur de l’agro-industrie. L’Inde produit beaucoup de produits agricoles qui sont gaspillés puisque nous n’avons pas la technologie pour les traiter. Il y a aussi l’ICT où vous avec un avantage linguistique. Le secteur textile peut profiter de la main-d'œuvre disponible en Inde pour fabriquer des tissus de très haute qualité.
Est-ce que ces opportunités sont disponibles à tous les Mauriciens ?
Tout à fait. L’Inde est multiculturelle et multilingue. Our relation with Mauritius encompass all Mauritians. Les possibilités sont ouvertes à tous les Mauriciens. L’Inde est suffisamment large et complexe pour accueillir les Mauriciens de toutes les couleurs.
La manière dont la presse indienne traite le centre financier mauricien blesse souvent les opérateurs mauriciens. Certains se demandent si Maurice n’est pas prise pour bouc émissaire. Que pouvez-vous dire pour rassurer ces personnes ?
Comme c’est le cas dans toutes les démocraties qui disposent d’une presse active et vibrante, si des commentaires de la presse créent un certain malaise on doit tout faire pour corriger ensemble cette perception. Cependant on devrait faire beaucoup d’efforts pour présenter les faits corrects au monde et pas seulement aux médias.
C T.P. Seetharam, 16th
High Commissioner of India
T. P. Seetharam is the 16th high commissionner to be posted in Mauritius.
Born in 1956 in Kerala, on the south-west coast of India, M. Seetharam did his degree in English literature from Loyola College, Chennai, and post graduate degree in English from Madras Christian College. He then joined the Indian Foreign Service in 1980. He has since served in Indian diplomatic missions and posts in Hong Kong, Lusaka, Windhoek, Beijing, Phonm Penh, Johannesburg, Cape Town, Geneva and Bangkok. In New Delhi, he has worked in Indian Council for Cultural Relations, served as Press Secretary to President of India, Shri K.R. Narayanan and most recently handled India’s bilateral relations with countries in Europe as well as with the European Union. He is married to Mrs. Deepa Seetharam and has a son and a daughter…
Comments
THE Poverty in INDIA is dire. The anarchy in India is shocking The practice of corruption of fraud is an integral part a cultural practice inherent of every facet of people 'conduct and behaviour. The disregard for poor people as a shame of their birth or or caste or the sheer disregard for any Rule of law is stomach breaking. Hygiene or any decent regard for environment is secondary or non existant. YES WE USE TO BLAME THE COLONIALS FOR EVERYTHING AND ANYTHING AND IN MAURITIUS HINDU ANCESTRAL CULTURE THAT SELLS PEOPLE EVEN CHILDREN WHERE COMMUNAL MONEY ACQUISITION IS THE ONLY REGARD IS WELL INSTALLED ON MY ISLAND OF MAURITIUS...