TALKING ABOUT DE ZIGGY : Un nouveau souffle

Lancé il y a quelques semaines, Talking About de Ziggy Prosper apporte un nouveau souffle à la musique mauricienne. À 16 ans, le rappeur de L’Escalier mélange sa musique au seggae, au séga, au rock, et dégage un nouvel optimisme. D’une voix puissante, maîtrisée avec maturité, il présente des textes travaillés qui racontent l’amour et la vie, sur un album où il est soutenu par des artistes aguerris.
Il y a de bonnes raisons d’aller à la découverte de Talking About de Ziggy. Avec neuf titres en français, en anglais et en kreol, l’album révèle un artiste de 16 ans qui se dévoile à travers une maîtrise des codes fondamentaux de la musique. Son jeune âge ne doit pas être un argument : il faut apprécier Ziggy Prosper pour son potentiel et son talent. L’artiste émergent arrive sans peine à convaincre par ce coup d’essai transformé. Un album-test qui évite les faux accords et les hésitations qui plombent souvent le travail des débutants. Chanteur et compositeur, il garde le plein contrôle sur ses créations. Voix juvénile grave, il rappe avec fluidité et assurance en maintenant le rythme au fil de ses textes. Ziggy chante pour dire les mots et les maux de sa génération. L’amour n’est pas absent, ainsi que des observations propres à sa génération : drogue synthétique, séparation, délinquance juvénile, objectifs de la vie.

Kaya meets La Fouine.
Talking About convainc aussi musicalement. Le hip-hop est mixé au seggae, au séga, au rock, à une dose de pop pour un rythme riche et entraînant. Kaya, Ras Natty Baby, les pionniers du seggae rejoignent le rappeur français La Fouine, et Ziggy cite aussi Blakkayo comme une autre de ses références. Les couleurs locales apportées à cette nouvelle expérience font le charme de l’album, qui est sorti il y a quelques semaines et qui se fraye lentement un chemin.
Ziggy Prosper est soutenu en studio par des musiciens et des artistes professionnels. Parmi : le bassiste Didier Baniaux, le batteur Jhamiek Simisse, les choristes La Nikita et Amy Lutchman, le percussionniste Frédéric Labonne, entre autres. L’arrangement est de Jocelyn Claude et le mixage de Thierry Maillard, qui a été l’un des principaux guides de l’artiste sur ce projet. Cet album est produit par Franco Prosper, connu pour ses initiatives au niveau du seggae et qui a permis à Maurice de découvrir The Prophecy.
Pour rencontrer Ziggy Propser, il faut attendre la fin de la journée scolaire; le collégien poursuit ses études secondaires au collège Unity de Rose-Belle. Parallèlement à la promotion de son album, le collège demeure sa grande priorité. Plus tard, après ses études universitaires, il espère se professionnaliser dans le domaine de l’informatique. Mais tout cela se fera aussi en musique. Depuis que ce projet d’album s’est mis en place dans sa tête l’année dernière, Ziggy Prosper s’est trouvé une autre voie.

Les rouages du monde musical.
Nous avons attendu la fin des classes pour le rencontrer chez lui, à l’orée d’un champ de cannes, dans l’une des étroites ruelles perpendiculaires à la route principale du village de L’Escalier. Le rappeur n’a rien d’un bad boy des ghettos. Il ne cherchera pas à se la jouer, préférant se présenter en toute simplicité, sous l’œil vigilant des siens, dans le salon familial. Pour l’heure, les devoirs ont été mis de côté. Petit à petit, l’artiste apprend les rouages du monde musical, après avoir été trimbalé dans les studios et les concerts par son père depuis qu’il est très jeune.
“Je compose depuis que j’ai 11 ans. Mo ti ankor pe rod zafer-la. Je pense l’avoir finalement trouvé l’année dernière. C’est à ce moment que j’ai pris l’affaire plus au sérieux”, confie-t-il. In my life, rap soft au rythme marqué, a été sa première composition sérieuse. Cette chanson, qui raconte les espoirs d’un adolescent, est le huitième titre de son album. “J’avais envie de composer pour passer des messages et exprimer ma manière de voir la vie”, poursuit-il. L’un des principaux titres de l’album est Enfant de Rue, où il évoque la délinquance, tout en rendant hommage à Kaya, à qui il emprunte quelques phrases.

Quelqu’un de casanier.
Interpellé par les dégâts des drogues synthétiques sur les jeunes de son âge, il propose une réflexion à travers 114, et lance un puissant appel au courage dans The Fight. “J’ai toujours écouté de la musique, mais pas pour danser. Il fallait que les chansons aient un sens pour que je me sente interpellé. À mon tour, c’est ce que j’ai voulu faire.”
Dans la région, sa famille est connue puisque son père y a toujours vécu. Loin des centres commerciaux et des autres attractions de la ville, l’adolescent se sent bien. “Je suis quelqu’un de casanier. Une ambiance urbaine n’aurait pas eu d’influence sur moi. J’aime bien mon environnement puisqu’il me donne l’inspiration dans ma musique. Isi mo trankil, pena tapaz.”
Régulièrement joué sur certaines radios, Ziggy Prosper est également présent en ligne et sur les réseaux sociaux à travers son site et ses vidéos. Au collège, personne ne s’en étonne vraiment : on l’entendait chanter durant les récréations. Ailleurs, sa réputation commence à se faire : “Je n’ai eu que des retours positifs. Mais je reste ouvert aux critiques puisqu’elles me permettront de m’améliorer pour mon deuxième album.” Cet autre projet existe déjà dans sa tête. Ziggy Prosper tentera alors d’aller un peu plus loin…


En concert le 16 septembre
Talking about sera officiellement lancé le 16 septembre lors d’un concert au Jammin à Petite Rivière. Pour étoffer le programme, Blakkayo y chantera en acoustique, Ras Natty Baby et Boyzini présenteront quelques titres. DJ Kingdom sera aux platines. Ziggy Prosper sera accompagné d’une équipe de musiciens pour reprendre les titres de son album.
Les billets sont en prévente à Rs 300 et seront disponibles à Rs 350 le soir du concert, qui est prévu de 20h30 jusqu’au matin. Infos : 59-45-92-01, 57-45-33-33, 57-53-80-05.