TANIA DIOLLE (candidate du Mouvement Patriotique au N° 18) : « Les jeunes sentent ce manque de sincérité des politiciens »

Dans l’entretien qu’elle a accordé vendredi au Mauricien, Tania Diolle, candidate du Mouvement Patriotique à la partielle du 17 décembre prochain à Belle-Rose/Quatre-Bornes, revient sur ce qui l’a motivée à s’engager en politique. Elle explique qu’elle voudrait inspirer les jeunes et les femmes à s’engager davantage en politique. Exprimant sa conviction de se faire élire, elle explique que cette partielle est une occasion unique pour les Mauriciens de rompre avec les partis politiques traditionnels et les stratégies politiques passées.

 

Qui est Tania Diolle ?
Je suis une jeune Mauricienne de 32 ans qui habite Quatre-Bornes depuis mon enfance. J’ai eu cette vocation pour la politique très tôt, à 13 ans. J’étais allée à un séminaire d’Amnesty International alors que j’étais encore au Collège Notre Dame, Curepipe. Suite à cela, je suis devenue présidente du club Amnesty International de mon collège. Je militais pour les droits humains. On envoyait des lettres aux chefs d’État et de gouvernements d’autres pays que Maurice ; on discutait des violations des droits humains. De là j’ai eu cette vocation pour la politique. J’ai continué ainsi à militer dans d’autres organisations, tout en faisant du social. Éventuellement j’ai fait des études en sciences politiques à l’université de Maurice, ensuite j’ai continué à Paris à Science Po.
 
Pourquoi quitter les droits humains pour un engagement politique ?
En fait, militer pour les droits humains c’est politique. Les droits humains sont une composante importante de la politique, ils touchent aux libertés individuelles et politiques, entre autres.
 
Vos premiers pas politiques, vous les faites au MMM…
Oui, j’ai commencé au MMM. Après mes études, je voulais intégrer un parti. J’avais fait ma dissertation sur « L’engagement politique des jeunes : le cas de l’Aile jeune du MMM ». J’avais donc un regard très critique du MMM, mais en même temps c’était le parti le « plus ouvert » aux jeunes. Une semaine après mon intégration au MMM, on m’a proposé d’être candidate aux élections municipale de 2012. En fait c’est Vijay Makhan qui est venu me chercher.
 
Environ deux ans après votre élection comme conseillère, vous quittez tout pour prendre de l’emploi à l’Université de Maurice…
Effectivement. J’ai eu une offre d’emploi à l’Université de Maurice et cela m’a fortement encouragée à songer à ma carrière. C’est avec la bénédiction de Vijay Makhan que j’ai quitté mon siège de conseillère MMM du Ward III à la municipalité de Quatre-Bornes pour intégrer l’Université de Maurice comme chargée de cours en sciences politiques.
 
Comment avez-vous vécu ce passage à l’UoM ?
Cela s’est bien passé, parce que j’étais déjà chargée de cours à temps partiel à l’UoM, tout en étant conseillère municipale.
 
Qu’est-ce que vous avez aimé le plus en tant que chargée de cours en sciences politiques à l’UoM ?
On y apprend beaucoup en faisant des recherches. On comprend mieux l’histoire de son pays, le pourquoi des institutions et on a davantage de recul et de nuances par rapport à ce qui se passe dans le pays sur le plan politique. Avoir fait autant de recherches m’a permis d’avoir une autre perspective de la politique.
 
Est-ce que vos jeunes étudiants à l’UoM vous ont semblé avoir une conscience politique ?
Contrairement à ce que l’on croit, les jeunes sont très intéressés par la politique, mais en même temps ils sont très déconnectés des partis politiques. C’est le drame. Ils suivent la politique, ils discutent politique, mais ils ont un mépris pour les partis politiques traditionnels.
 
Comment expliquez-vous ce mépris ?
Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de politiciens qui parlent leur langage, qui parlent un langage vrai, authentique, sincère. Les jeunes sentent ce manque de sincérité des politiciens. Il y a très peu de politiciens qui parlent un langage vrai et sincère.
 
Vous quittez ensuite le monde académique pour retourner à la politique active. Qu’est-ce qui motive ce choix ?
Cette élection partielle du 17 décembre prochain est une occasion unique à Maurice. En 2014, l’électorat mauricien a voulu lancer un signal pour un changement, pour un renouveau. Cette élection est unique dans le sens que quand Alan Ganoo m’a approchée, il m’a dit que le MP voulait pousser un renouveau à Maurice. Et comment le prendre autrement sinon en prenant un jeune qui a les compétences, qui a une vocation pour servir le pays. Trop beaucoup de jeunes engagés en politique répètent ce que dit leur leader. Ils recyclent leur discours. Le MP a voulu lui mettre en avant l’esprit jeune, les idées jeunes. Pourquoi ? Parce que le renouvellement de la classe politique c’est aussi le renouvellement des personnes. Ce n’est pas uniquement un renouvellement de personnes par âge, c’est un renouvellement de personnages, d’identités, d’idées.
Quand Alan Ganoo m’a parlé de ça, j’étais d’accord avec lui. Cette élection ne va pas changer le gouvernement ou l’opposition. C’est une opportunité unique pour l’électorat de Quatre-Bornes, et pour l’ensemble de la population de Maurice, d’envoyer un signal fort — aussi fort qu’en décembre 2014 — pour un renouveau général.
Les partis traditionnels sont retombés dans leurs mêmes travers en termes de choix ethnique des candidats, de stratégies communalistes, de financement occulte et autres. Imaginez une minute que les électeurs de Belle-Rose/Quatre-Bornes décident de m’élire comme députée, cela marquera une rupture d’avec les schémas passés. Les autres partis politiques vont nous suivre.
L’autre objectif du MP c’est d’inspirer les jeunes, m’a expliqué Alan Ganoo. Je peux ainsi devenir un role model pour les jeunes qui voudraient se lancer en politique. Il n’y a pas mieux qu’un jeune pour inspirer les jeunes.
 
Avez-vous accepté cette offre de vous porter candidate tout de suite ?
Non. J’ai beaucoup réfléchi. Ce n’est pas une décision qu’on prend du jour au lendemain. J’ai énormément d’autres choses dans ma vie. Je me marie en janvier ; je me propose d’entrer en doctorat ; j’ai des publications que je dois rendre incessamment.
Faire de la politique c’est mettre tout cela en suspens. Je vais certes me marier, mais ma candidature complique les préparatifs. Cela n’a pas été une décision facile, mais je me suis dit en même temps que c’est une opportunité qui ne se présentera pas deux fois pour avoir un impact. Je souhaite faire un impact positif.
 
Cela fait à peine un mois que vous êtes en campagne. Qu’est-ce qui vous a frappée durant celle-ci ?
Ce qui me frappe c’est que les gens ont un désengagement très fort. Ils ont une perception des politiciens qui est tellement négative que c’est dangereux pour la démocratie. Cela ne doit pas perdurer. Quand je fais du porte-à-porte j’écoute ce que les gens disent de ce que les autres politiciens ont fait. Je suis choquée par ce que j’apprends.
Comme je ne suis pas pessimiste par nature, j’explique aux gens que si l’on n’aime pas quelque chose on peut la changer. Je les invite à voter différemment.
 
Quel est votre sentiment à la veille du Nomination Day ? 
Je suis beaucoup plus confiante, sereine et je suis d’attaque, déterminée.
 
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a énormément de femmes qui ne s’intéressent pas à la politique, qu’elles trouvent dégradante… Que leur répondez-vous ?
Je leur dis que justement c’est elles qui peuvent faire la différence. Ce sont les femmes qui ne votent pas traditionnellement. Elles ne réalisent pas que ne pas voter c’est permettre à ceux qu’on n’aime pas de gagner… Donc, si elles croient en un renouveau, si elles veulent un changement, je leur conseille fortement de sortir de chez elles et de venir voter pour d’une part exprimer leur volonté de renouveau et d’autre part leur dégoût pour ce qu’elles n’aiment pas.
 
Comment entrevoyez-vous la poursuite de cette campagne jusqu’à l’élection partielle du 17 décembre ?
Le MP est bien parti, il faut juste accélérer. Je suis très confiante que le MP peut créer la surprise.
 
En cette veille de Nomination Day, on ne sait toujours pas si l’alliance gouvernementale MSM/ML va aligner un candidat ou pas. Quelle est votre réaction ?
C’est justement une des choses qui contribuent au désintéressement des gens dans la politique. Dans une démocratie, peu importe l’impact que cela peut avoir sur sa personne ou sur son parti, il faut savoir jouer le jeu démocratique dans un esprit de fair-play. Permettre à l’électorat de s’exprimer pleinement lors d’une élection c’est lui montrer du respect. On ne peut continuer à gouverner sans l’aval de l’électorat, c’est antidémocratique.
 
Il y a eu ces remous qui ont secoué récemment le MP où deux femmes ont démissionné…
C’est pour moi un non-event sur lequel je ne compte pas m’attarder, car les enjeux sont beaucoup plus sérieux comme je l’ai expliqué plus haut.
J’ai remarqué que durant cette campagne il y a deux genres d’adversaires politiques : l’un veut gagner avec et pour les autres et l’autre veut empêcher l’adversaire de gagner. Les premiers mènent une stratégie constructive pour le bien commun et les seconds s’orientent pour détruire l’adversaire à n’importe quel prix. J’ai choisi le premier camp.