— Si tu ne sors plus de chez toi pour regarder la télé, qu’est-ce que tu regardes comme ça, les chaînes de la MBC ?
— Hé toi-là, ne cause pas n’importe, don. Avant on était obligés, parce qu’il n’y avait que ça. Heureusement que maintenant on a des bouquets par satellites.
— Mais ce sont les chaînes étrangères, toi.
— Et alors ? De toutes les manières est-ce que la MBC ne diffuse pas, elle-même, je ne sais combien de chaînes étrangères ?
— Je suis obligée de reconnaître que tu n’as pas tout à fait tort.
— Enfin, bonne femme : admets que j’ai cent pour cent raison, donc ! Tu me vois passer la journée à regarder la MBC. Pour regarder des ministres, des recettes de cuisine et du séga.
— Tout de même, toi, il n’y a pas que ça sur la MBC.
— En tout cas, c’est tout le temps ce que je vois quand je regarde MBC Sat qui est censée diffuser ses meilleurs programmes.
— Tu ne regardes même pas les informations ?
— Tu veux dire les nouvelles du Premier ministre et des ministres ? Où des femmes des ministres qui remettent des médailles aux athlètes ? Non merci.
— Tu devrais de temps en temps, tu sais.
— Je t’ai dit non merci. Pour regarder comment la MBC a censuré Navin alors qu’il félicitait les athlètes pendant les Jeux ?
— Tu es au courant. Tu sais, sous Navin la MBC faisait la même chose.
— Il n’y avait pas cette quantité de censures-là quand même, toi !
— Tu as oublié ! Une fois la MBC sous Ramgoolam a réussi à raconter la conférence de Londres sans dire que SAJ faisait partie de la délégation mauricienne.
— C’est pas parce que la MBC s’est comportée comme un agent politique de Navin hier, qu’on doit accepter qu’elle se comporte comme un agent politique de Pravind aujourd’hui, tout de même.
— Mais a toujours été la même chose, toi.
— Supposons que Navin gagne les prochaines élections, qu’est-ce que la MBC va faire ?
— Elle va faire avec Navin exactement ce qu’elle fait aujourd’hui avec Pravind. Comme les carapates qui changent de chien.
— Raison de plus pour que je regarde Canal Plus. D’autant plus que maintenant on a le Replay.
— C’est quoi ça : encore une chaîne sportive ? Tu regardes les sports maintenant ?
— Tu ne sais pas ? C’est un nouveau décodeur avec une boîte avec plein de films et de séries complètes que tu peux regarder. Tu n’as qu’à choisir et regarder.
— C’est comme une vidéo club alors ?
— Tu as tout compris. Tu choisis ta série, tu t’allonges sur ton canapé et tu regardes.
— Toute une série ?
— Oui, toi. Tu n’as pas à attendre une semaine pour savoir la suite. Tu peux regarder une saison en une journée si tu veux. Tu comprends maintenant pourquoi je ne sors plus de chez moi.
— Ça paraît intéressant. Mais tu risques de devenir addict, de passer ta vie devant ta télé.
— Mais non, puisque tu peux arrêter de regarder un film ou une série et recommencer quand tu veux, là où tu avais arrêté. Tu contrôles ce que tu veux voir, tu n’as plus besoin d’attendre devant ta télé. C’est toi même qui fais ton programme de télé.
— Ça paraît bien intéressant. On peut facilement avoir ce décodeur ?
— Pour s’abonner, c’est tout de suite, mais pour faire livrer et installer, ça prend du temps. Comme tout ce qu’on fait à Maurice maintenant.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Que acheter un abonnement ou un meuble ou un gros électro-ménager, ça prend quelques minutes. Mais pour que ce soit livré et installé chez toi
— raconte-moi ce qui est arrivé au lieu de parler par parabole, foutour va !
— Quand je suis allée prendre l’abonnement au comptoir, on m’a dit que le décodeur et le Replay seraient livrés et installés le jeudi suivant entre 11 heures et midi. Et puis le mercredi je reçois un SMS pour me dire que ce sera dans l’après-midi entre midi et quatre heures.
— Et alors ?
— Et alors, j’ai téléphoné pour demander à quelle heure précise le technicien allait arriver. On m’a dit que le département planning avait mis entre midi et 16 heures.
— Il fallait parler au département planning.
— C’est ce que j’ai essayé de faire, mais il paraît qu’il n’y avait personne au planning.
— Qu’est-ce que tu as fait alors ?
— J’ai attendu. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Sauf que le jeudi matin le technicien m’a téléphoné pour me dire qu’il allait arriver à 11 heures.
— Comme c’était prévu depuis le commencement. Mais pourquoi le département planning t’a envoyé un SMS alors ?
— Parce qu’à Maurice, aujourd’hui, comme pour le métro, dans les entreprises chaque équipe travaille de son côté. Bref, le technicien est finalement arrivé à une heure.
— Mais il avait dit onze heures, non ?
— Oui, mais tu vas croire que j’exagère : le technicien a été bloqué pendant une heure et demie à cause des embouteillages causés par les travaux du métro !