TÉMOIGNAGE : Il avait 8 ans quand des ados l’ont violé

David, 14 ans, a été victime de viol à plusieurs reprises alors qu’il avait 8 ans. Ces agresseurs : des adolescents de la région où il habitait. Ces derniers sont toujours en liberté et leurs proches ont menacé la famille de la victime, en attendant que la cour se penche sur l’affaire. Ce drame a complètement détruit la vie de David et continue à le torturer.
“J’ai été traîné de force dans les bois par quatre adolescents du quartier. Ils m’ont sodomisé à tour de rôle et plusieurs fois. Je ne pouvais pas les en empêcher car ils étaient nombreux et plus forts. J’avais peur, j’étais seul et trop petit pour me défendre.” Tête baissée, les yeux rivés au sol, David accepte de briser le silence. Il a du mal à en dire plus. Assise à ses côtés, sa tante tente de mettre des mots sur ce qu’il endure. Depuis le temps qu’elle le suit, elle connaît le mal profond qui le ronge. Elle souffre de ne pas avoir été là au moment où le mal s’est produit et de l’avoir appris bien trop tard. Son neveu a été abusé sexuellement en 2012.

Cicatrices et brûlures.
Orphelin de mère, David était souvent abandonné par son père, qui s’occupait à peine de lui. N’ayant rien à faire et souvent rien à manger, le garçonnet traînait dans les rues. C’est là que ses agresseurs, des adolescents de la même région, s’en sont pris à lui sans crier gare. Ses supplications et ses pleurs n’ont servi à rien face à ses quatre agresseurs. La peur au ventre, l’enfant n’a eu d’autre choix que de rester silencieux. Ses agresseurs ont récidivé “enn pake fwa”, confie David.
Profondément bouleversé par cette histoire, David a du mal à en parler. Sa tante, qui l’a recueilli, raconte : “Son père ne s’est jamais soucié de lui. Il mène une vie de débauche. David allait à l’école sale et sans nourriture. Il avait plein de cicatrices et des brûlures faites par des mégots de cigarettes sur tout le corps.”
Margaret confie qu’elle a plusieurs fois été alertée par le voisinage. “Un homme m’a téléphoné un jour pour me dire qu’il avait vu mon neveu assis sous un arbre à une heure du matin. Quand il lui a demandé ce qu’il faisait là, David lui a répondu qu’il attendait son père pour que ce dernier lui donne à manger. Il avait faim.” La tante décide finalement de le prendre en charge : “La première chose que David m’a dite quand je suis venue le chercher fut : merci mam, to’nn vinn sers mwa. Le pire était de constater qu’il n’avait aucun vêtement propre.”

“Zot inn martiriz li”.
S’occupant de lui comme s’il était son propre fils, la tante l’inscrit à une école primaire dans l’Est, là où elle vit. “Le maître d’école ne voulait pas de David, prétextant qu’il était trop turbulent. Après cette mise en garde, je l’ai inscrit dans une autre école primaire. Ce fut la même chose.” Essuyant les critiques de ces deux établissements scolaires, la tante le place dans une école spécialisée de la région. “À ma grande surprise, la deuxième école où je l’avais inscrit a rédigé une lettre à la direction de l’école spécialisée pour dire que mon neveu était un enfant à problèmes, qu’il frappait les autres enfants. Ils ont tout fait pour ternir son image et ont répandu des calomnies à son sujet.”
Margaret décide d’emmener David chez un psychologue. “Un jour, avant d’aller à un des rendez-vous, je l’ai pris à part pour lui dire ce que j’avais sur le cœur. Je lui ai dit que je ne comprenais pas pourquoi il avait tant changé et se comportait ainsi. Il a eu peur et m’a enfin avoué qu’il s’est fait violer quand il vivait chez son père.”
“Cela a été un grand choc. Une grande douleur que j’ai ressentie et que je ressens toujours. C’est mon sang ! Je ne comprends pas comment son père n’a rien remarqué !”
Sa tante réagit rapidement. “Nous nous sommes rendus tout de suite à un poste de police.” Une plainte est déposée à la Child Development Unit. “Nous sommes restés au poste de police pendant six heures. David a ensuite été conduit à l’hôpital pour être examiné. Dokter-la dir mwa zot inn martiriz li sa kantite fwa zot inn sodomiz li.”

La justice se fait attendre.
Aujourd’hui, sa tante fait tout pour le rendre heureux. Elle veut son bonheur et lui offre tout son amour. “Je m’occupe de lui de A à Z. Il ne manque de rien chez moi. Son père ne fait toujours rien. S’il me donne de l’argent pour acheter quelque chose pour son fils, il frappera à ma porte le lendemain pour récupérer les sous. Je ne veux rien de lui. Une seule chose me tient à cœur : que les agresseurs soient emprisonnés.”
Mais la justice se fait attendre pour le jeune David. Ses agresseurs n’ont jamais été inquiétés, bien qu’il les a identifiés depuis 2013. Pire, les parents des violeurs ont voulu intimider la victime et ses proches. Margaret raconte : “Un jour, les parents des violeurs m’ont croisé dans la rue. Ils m’ont insulté pour m’intimider et pour que j’arrête les poursuites contre leurs enfants. Ils me menacent régulièrement. Ces mêmes jeunes sont ceux qui terrorisent les autres dans le faubourg où vivait mon neveu.”
Faisant un câlin à sa “maman”, David arrive à nous dire enfin quelques mots. “Je veux être tôlier plus tard”, confie-t-il, arborant un sourire. “Après tout ce qu’il a vécu, il est un peu lent au niveau scolaire. Il est inscrit dans une école dans le nord pour apprendre un métier. Je le laisse voyager seul comme un grand pour aller aux cours, mais dès qu’il tarde un peu, je suis inquiète.” Pendant longtemps, Margaret avait peur de laisser David seul. “J’étais tout le temps derrière lui, de peur qu’il ne lui arrive quelque chose.”