TENDANCE : Elles osent le tatouage XXL

Alors qu’une marche à pas de loup, une autre renaît de ses cendres tels le phénix. Plus loin, une rebelle qui s’assume décide d’exposer géométriquement son univers décalé, et pour couronner le tout, la dernière décide de ne pas faire dans la dentelle. Le point commun entre ces quatre femmes c’est qu’elles voient grand et ont osé se soumettre au tatouage version XXL.
Elles ont choisi le tatouage en grand format. Ingrid Albert a choisi de représenter son caractère par un loup magnifique sur le dos. Le tatouage se magnifie aussi avec des poissons, symbole de son horoscope. “J’ai rajouté le yin et le yan car rien n’est tout blanc ou noir dans la vie.” Nathalie Bax célèbre sa renaissance à travers un gigantesque phénix, qui dit-elle “prend naissance au niveau de ma nuque et s’étend jusqu’au bas de mes reins”. En tant que Designer et Pattern Maker à son compte, Anne-Béatrice est du genre à “ne pas faire dans la dentelle”. Son premier tatouage, elle le voulait grand et complexe. Tout à fait à l’image du tatouage qu’elle arbore aujourd’hui de l’épaule à la hanche. “C’est une dentelle que j’ai réalisée pour un client, à laquelle s’ajoutent des pivoines et des trèfles”, confie cette dernière. Sur l’avant-bras, Gaelle Bazire présente un motif pas aussi imposant que ses consœurs, mais tout aussi balèze. “Ces premières lignes ont commencé lors d’un voyage au Portugal. Vu que ce n’était pas terrible, à mon retour à Maurice, j’y ai rajouté des lignes pour camoufler le travail précédent. Un beau mélange de géométrie, de mandala, Black work entre autres, fruit de ma période pixie hippy des festivals australiens”.

Libre d’oser.
Plusieurs raisons expliquent cette tendance démesurée de l’encre, “notamment l’exposition avec l’étranger, l’émancipation face aux stéréotypes qui avaient la dent dure auparavant mais aussi le fait qu’elles osent sauter le pas aujourd’hui, motivées par des choix personnels”, fait ressortir Allan Ng, tatoueur qu’on ne présente plus dans le milieu. Même son de cloche du côté de Lindsay Prosper. Le professionnel estime que les Mauriciennes osent désormais s’afficher en XXL, surtout influencées par l’extérieur. “Si c’était vu comme vulgaire auparavant et associé aux bikers et autres bad boys, aujourd’hui ça fait partie de la tendance”. En effet, d’Amber Rose à Angelina Jolie, en passant par Cœur de pirate ou encore Daphné Burki, elles se sont toutes laissées gagner par cette fièvre.

Brasser large.
Autre point important, les initiées sont issues de différents milieux, que ce soit de la classe moyenne ou aisée. Une petite rose ou un minuscule dauphin ne demande guère une trop grande implication, précise Allan Ng. “Au contraire, pour faire le choix d’un tatouage qui prend complètement ton dos, ta hanche ou tes avant-bras, il faut être à l’aise par rapport à la société mais aussi sa classe sociale, et être sûre de pouvoir l’arborer”. Aujourd’hui, des personnalités de tous genres défilent dans son studio. Ça va de l’avocate à la doctoresse en passant par la banquière ou encore la businesswoman.
D’autre part, Anne Béatrice est d’avis que “c’est un fait qu’il y a certains critères de mode et milieux où les tatouages de ce genre sont mal vus, mais quand on en commence un, il faut l’assumer”.
Pour d’autres, comme Nathalie Bax, “ce n’était pas un choix, mais tout simplement ma façon de m’exprimer par rapport à mon passé et ma renaissance. Je n’ai pas fait un grand tatouage pour le montrer bien que je conçois que vu l’immensité du travail ça puisse choquer”. Crise de la cinquantaine ou simplement besoin de sublimer son corps, étant dans le cercle de la mode, Anne-Béatrice a décidé à l’aube de ses 47 ans de se lancer dans cette opération grandeur nature pour des raisons esthétiques. “En me voyant physiquement, personne ne pourrait s’imaginer que j’ai le courage d’avoir ça sur le dos”. Deux types de réactions sont courants, “des copines qui trouvent magnifique et des amis masculins qui le trouvent beau aussi mais restent béats devant la magnitude du travail. Il faut oser le faire”.

Extravertie.
Oser s’exposer sous des traits moins modérés relève aussi de sa personnalité. Selon Allan Ng, “certaines femmes ne frôleraient même pas l’idée de porter des vêtements trop excentriques, alors que d’autres les portent sans problème. C’est pareil pour le tatouage”. Fashion designer de profession, Gaelle Bazire commercialise ses créations sous la griffe Shameless. Avec ses dreads sur la tête et son style décalé, la jeune femme aux 17 tatouages est du genre extravertie, assumant son “sale caractère”, et n’a que faire du qu’en dira-t-on. “J’ai beaucoup d’amis qui ont voulu sauter le pas mais ne l’ont pas fait à cause du frère, de la tante, du voisin, du copain ou encore des parents. Pour moi, que ce soit un mini ou un énorme tatoo, ce n’est pas du tout un problème. C’est mon corps et ma vie, et ce n’est pas les proches qui pourront venir me dicter si je peux ou pas me faire tatouer. Sérieux quoi… On est en 2017 les filles… !”, tonne celle qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.
Si les finances suivent, cette dernière imagine son futur XXL comme un entrelacement “de plusieurs tatouages qui seront reliés au fur et à mesure sur plusieurs mois ou années, histoire de faire durer le plaisir”.

Une réflexion herculéenne
“Que ce soit les hommes ou les femmes, si un jeune vient chez moi et qu’il n’a pas encore pied dans le monde professionnel, je lui déconseille de faire des tatouages XXL dans des zones du corps trop exposées”, explique Allan Ng. “Un jeune de 20 ans a l’impression que le monde est à ses pieds et n’a que faire du regard de la société, mais quand il commence à évoluer dans le milieu professionnel, c’est là qu’il se rend compte qu’il faut s’adapter à certaines mœurs”. Faute d’avoir déjà un engagement professionnel, il faut y réfléchir à deux fois.

Au loup !
 À 21 ans, alors que la vie devrait être un long fleuve tranquille, celle d’Ingrid Albert ne l’a pas toujours été. “Cela ne m’a jamais empêché de vivre ma vie à fond car j’estime que la vie est trop courte pour se morfondre à attendre qu’elle change. Il faut avoir le courage d’être le changement que tu veux voir”. Passé les hésitations du début pour un tatouage plus sobre, elle se lance sans se retourner. “Mes tatouages sont le reflet de ma personne. Le loup représente mon caractère, le poisson mon horoscope. Ils ne sont pas là uniquement pour faire joli ou me faire paraître plus sexy, mais racontent mon parcours, ma vie et je crois que tout tatouage devrait être interprété ainsi”. Pour elle, cet animal résume les défis auxquelles nous faisons face chaque jour d’une manière courageuse. “J’adore ma famille et elle a toujours été ma priorité mais avec le temps j’ai fini par être ce loup solitaire qui a besoin de s’évader de tout. Il représente aussi mon besoin de liberté”. En version miniature, les détails n’auraient pas été les mêmes. “C’est cet aspect symétrique mélangé au maori qui m’a attiré. Au final, j’ai adoré le résultat même s’il n’est pas complètement achevé”.