TENDANCES: Une jeunesse dans l’air du temps

Prendre le large, laisser derrière soi proches et amis, avec pour leitmotiv : voyager. Le centre de formation professionnelle G2acamas qui se spécialise dans l’aviation et la gestion hôtelière tente d’expliquer cet engouement chez de jeunes Mauriciens qui veulent jouer la fille de l’air…
“Il y a le côté très glamour, lorsque l’on pense aux métiers de l’aviation”, nous explique Vishal Hurdyal,Training Manager chez G2acamas — compagnie subsidiaire de Ground2Air appartenant au groupe IBL Ltd. Ce professionnel de l’aviation, âgé de 40 ans, parle de son métier avec passion. Ayant occupé plusieurs postes, du plus petit au plus complexe, il connaît l’aéroport sur le bout des doigts. “C’est un autre système, un autre univers”, confie-t-il. Tel le “Passenger” du célèbre chanteur Iggy Pop, le jeune Mauricien fantasme sur les métiers du transport aérien et des bateaux de croisière.
La journée portes ouvertes, tenue le mois dernier par le ministère de l’Economie océanique, sur les métiers de croisiéristes, a attiré grande foule. “Le secteur attire de plus en plus”, nous dit Vishal Hurdyal. D’une part, parce que les métiers y sont bien rémunérés et, d’autre part, parce que c’est un secteur dynamique, qui offre une palette de possibilités aux jeunes. Ils sont 300 inscrits à G2acamas pour suivre des cours de Bar & Housekeeping ou de Airport Operations entre autres.
“En sus des ‘school leavers’, nous avons aussi des étudiants de 35 ans. Qu’ils aient seulement le Higher School Certificate ou même une licence, ils sont tous formés aux différents métiers du secteur”, explique Vishal Hurdyal. Ce dernier nous apprend, par ailleurs, qu’il rencontre souvent des étudiants qui veulent changer d’air, en changeant totalement de carrière. “J’ai reçu une fois un diplômé en droit !”, dit-il. Il faut savoir que les étudiants suivent tous une formation continue de six mois au terme de laquelle ils sont évalués à la fois sur les plans théorique et pratique du cours. 
D’ailleurs, les étudiants ont la possibilité d’apprendre dans les conditions réelles… ou presque. Au 6e étage du Mascareigne Building à Quatre-Bornes, une chambre de bateau de croisière, un mini resto-bar et même un compartiment d’avion ont été reproduits, aux détails près.
Dans le resto-bar aménagé dans une grande salle de classe, le dépaysement est total. L’on s’y croirait presque. Quatre jeunes hommes et une charmante demoiselle, irréprochables dans leur uniforme blanc immaculé, écoutent sans broncher leur instructeur Anandrah Gungadoo. La leçon du jour : comment bien servir le café. Serviette à la main, la seule fille du groupe s’attelle à la tâche. “Continue de verser le lait, tu ne t’arrêtes que lorsque le client te dit de le faire”, explique Anandrah Gungadoo à la jeune Ryanah.
Ryanah Martin, 19 ans, est une petite boule d’énergie. Elle a commencé ses cours il y a quelques mois seulement et est en stage à l’hôtel Véranda, Pointe-aux-Biches. “J’ai toujours voulu travailler dans ce domaine”, dit-elle, le sourire aux lèvres.
C’est à la radio qu’elle a entendu l’annonce de recrutement de G2acamas. “Je suis venue m’inscrire le jour même”, lance-t-elle. Pour cette habitante de Sainte-Croix, le “service du bar est sa passion”. Son cocktail phare : le mojito ! “C’est un métier assez complexe et technique. Pour pouvoir travailler au bar, il faut aussi avoir une notion de la restauration. Sans compter la discipline qui est un élément essentiel dans ce secteur”, ajoute-t-elle. Mais elle se dit prête de relever ce défi et de laisser ses proches pour prendre le large.
Même discours pour Sara Casmally, Port-Louisienne de 19 ans qui vient elle aussi de finir l’école. “C’est mon rêve de petite fille de travailler dans l’aviation. Ce métier permet de voyager, de découvrir différents pays, différentes cultures et le champ des possibilités est immense”, dit-elle. D’ailleurs, nul besoin de prendre l’avion pour décoller dans cette salle de formation où sont assis les jeunes professionnels mauriciens et malgaches.
Leur instructeur Clive Bastien-Sylva est un vieux de la veille du métier. Ayant lui aussi occupé de nombreux postes à Air Mauritius, de chef de cabine aux ressources humaines, il prend sa retraite à l’âge de 50 ans en 2011 pour se consacrer à l’enseignement. Toujours aussi passionné après 36 ans de carrière dans l’aviation, Clive Bastien-Sylva retrouve tous les jours dans le regard de ces jeunes, le même engouement de ses débuts.
Ainsi, plus que jamais déterminée, la jeunesse mauricienne veut voler de ses propres ailes. Face à la demande grandissante du marché pour ces métiers, l’industrie s’accroît. Une véritable planche de salut pour les jeunes… à la dérive qui rêvent de grand air et de grandeur.