Samedi se disputera l’Indian Oil Barbé Cup, deuxième classique de la saison, qui devrait être une belle épreuve avec plusieurs partants susceptibles de l’emporter. L’armada de cinq chevaux de l’écurie Gujadhur, cela rendu possible depuis l’application des nouvelles directives de la GRA cette année, devrait rendre cette épreuve très sélective et, sauf incident, comme ce fut le cas dans la Duchesse, on devrait en fin de course voir émerger au moins cinq partants susceptibles de l’emporter sans pour autant négliger totalement les autres coursiers qui sont tout à fait capables de créer la surprise. À vous de voir dans quel ordre vous désignerez le quarté de tête entre ceux que nous voyons franchir la ligne d’arrivée : Table Bay, Hard Day’s Night, Baritone, Ten Gen Salute et Ready To Attack.
Quoi qu’il en soit, ce que nous souhaitons le plus, c’est que cette course se déroule dans un bon état d’esprit et qu’aucun problème exogène ne vienne perturber cette journée classique, car depuis le début de la saison, les écueils s’accumulent et il ne se passe pas une journée sans qu’un fait négatif n’éclabousse davantage une image déjà très écornée de l’univers hippique mauricien, que ce soit au MTC, à la GRA ou à la Police des Jeux.
Alors qu’on s’attendait enfin à une journée sans incident la semaine dernière, c’est l’entraîneur Ramapatee Gujadhur qui s’est signalé dans la quiétude de ce samedi ordinaire avec deux déclarations pour le moins inattendues de la part d’un professionnel des courses de son expérience et qui en a connu tant d’autres dans sa longue et brillante carrière. S’il est un fait que son coursier Cape Horn a eu une course très mouvementée à la corde — préjudiciable à ses chances de victoire dans la quatrième épreuve samedi dernier — et que cela méritait largement qu’il en soit indigné, l’expression de sa colère extrême en direct à la télévision comme si c’était l’ignominie du siècle est surprenante à plus d’un titre, alors qu’il venait de remporter deux belles courses, dont une avec le très prometteur The Great One.

Nous ne lui ferons pas l’injure de penser que ce sont des motivations d’une nature inavouable qui sont derrière ce manque de maîtrise de ses nerfs, mais son expérience aurait dû le prémunir de tels excès, surtout en direct à la télévision devant les téléspectateurs, 200 000 nous dit-on, dont un bon nombre était présent au Champ de Mars. De tels propos mal interprétés par quelques nervis incontrôlables auraient pu entraîner des incidents sur l’hippodrome. Tout le monde se souvient encore des émeutes consécutives à l’affaire de Federal Rock dans les années 1970 et personne de raisonnable ne voudrait revivre une telle violence au Champ de Mars. Sur un plan plus professionnel, ses déclarations et son body language ressemblaient fort à des pressions, pour ne pas dire des menaces, à l’adresse des commissaires de courses et cela est aussi inacceptable. Les Racing Stewards doivent pouvoir travailler en toute sérénité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne fut pas le cas samedi dernier.

L’hippisme, comme la justice, a mis en place des procédures qui permettent à toute victime de se prévaloir d’un procès et d’un redressement éventuels pour tout préjudice subi. Pour tout incident en course, le jockey victime doit rapporter celui-ci au Clerk of the Course, et l’entraîneur ou le jockey doivent protester auprès des commissaires de courses si cela a influé sur le résultat de la course. Une enquête est alors ouverte et, après avoir entendu toutes les parties, un jugement est prononcé et si la culpabilité est prouvée, des sanctions sont alors infligées. Au cas où les parties ne seraient pas satisfaites des conclusions des Racing Stewards, elles peuvent faire appel au MTC et éventuellement, dans un cas extrême, à la justice mauricienne. Les pressions sont évidemment à proscrire. On s’attend que tous les professionnels respectent ces règles qui font partie des codes des courses. Il est bien entendu que le moindre manquement à ce processus doit être dénoncé en temps et lieu, en évitant absolument de mettre en péril l’ordre public.

Samedi dernier, les exigences télévisuelles en direct étaient sans doute malvenues, d’autant que son auteur s’est pratiquement érigé aussi bien en plaignant que procureur et juge. Ses exigences peuvent se résumer ainsi : « Si le jockey fautif n’est pas sanctionné, le jockey victime sera appelé à en faire de même. Si la sanction n’était pas la hauteur des attentes, appel sera fait à des hommes de loi. » Le droit de faire appel à un avocat est un droit inaliénable, mais brandir une telle menace à la télévision en direct et abondamment sur les réseaux sociaux est une nouvelle pression populiste qui a sans doute valu au jockey fautif de subir les foudres des commissaires plus tard dans la journée. Il est clair qu’on est bien loin de l’esprit du sport des rois… Mais faut-il s’en étonner ? On n’ose pas imaginer une seconde si ces faits avaient été ceux d’un de ces entraîneurs moins en vue. Il aurait déjà subi les foudres de la moulinette administrative. Dans le cas présent, silence, on n’a rien vu, on n’a rien entendu. Pourtant, une lettre de protestation a été adressée à qui de droit. Pushing the dirt under the carpet est l’activité favorite au Champ de Mars quand il s’agit de certains puissants capables de faire et de défaire les pouvoirs du jour.

Cela dit, les commissaires de courses ne sont pas des dieux et peuvent aussi être la cible de critiques, mais dans un cadre plus en ligne avec la nature complexe des courses. Il est clair que la dernière épreuve de la dernière journée est loin d’être un modèle de régularité des courses. Une fois encore, une analyse fine de l’évolution du betting et le fractional time de l’épreuve sont des évidences d’une maldonne collective qu’il faut à tout prix ramener à un degré zéro. Reste que cette course taillée sur mesure pour le gagnant ne doit nullement entacher le quadruple succès enregistré par le jeune Brandon Louis, qui a montré des progrès incontestables, mais il a encore tout à apprendre. Espérons que ces succès qui vont faire monter son capital confiance et celui des entraîneurs dans ses capacités ne lui monteront pas à la tête et qu’il saura garder les pieds sur terre.

Au chapitre des incongruités de la semaine, signalons le départ précipité de la GRA de celui qui avait été recruté comme membre la direction de sa Horse Racing Division, le Sri-Lankais Karthi Selvaratnam, qui nous est arrivé de Dubaï la semaine dernière. Même s’il faut reprocher à la GRA son manque de discernement dans ce recrutement, il faut aussi noter, pour une fois, que l’organisme gouvernemental a agi promptement pour se prémunir de possibles apparences de conflits d’intérêts à l’avenir. Ce qui aurait alors été encore plus préjudiciable. Il faut espérer que le due diligence effectué pour le Head of Racing britannique attendu en septembre prochain soit plus bétonné.

Terminons enfin en reprochant au service de dissémination des informations du MTC en termes de programme des courses, de partants et de casaques un manque de professionnalisme dès qu’il y a le moindre changement au programme. Cette situation entraîne des erreurs et rend le travail journalistique plus difficile et moins efficace, ce qui est préjudiciable à nos lecteurs, aux turfistes en général mais aussi aux courses. Il est inconcevable qu’à quelques heures de la publication du programme officiel, les rédactions ne sont pas en possession du fixture final de la présente journée, alors que l’autorisation pour organiser une neuvième course date de la semaine dernière…