Le feuilleton — que certains appellent la farce — qui se jouait au sommet de l’Etat vient de se terminer. Encore que dans ce feuilleton le mot démission n’ait pas la même définition pour tous ses acteurs. Après avoir donné du fil a retordre au Premier ministre et son gouvernement pendant une dizaine de jours, Ameenah Gurib-Fakim vient d’annoncer sa démission de la présidence à partir du 23 mars. Ces « ides of March », version féminine moderne, auront mis en exergue le fait que ceux qui nous dirigent ont une connaissance limitée de la Constitution. Ce qui leur permet de dire tout et son contraire et d’interpréter à leur guise, ou plus exactement selon les besoins de leur stratégie du jour, ses règlements et autres alinéas. Les initiatives d’Ameenah Gurib-Fakim ont également démontré l’incompétence et l’amateurisme du gouvernement et surtout de celui qui le dirige, à travers des conseillers pas plus avisés que lui-même.

Au lieu de chercher une solution à la crise au sommet de l’Etat, le gouvernement et les oppositions confondues, ont surtout essayé de trouver des solutions au point de vue de la politique. Pour ne pas dire de la politicaille. Plus le feuilleton a évolué avec les coups de la présidente, les réponses hésitantes ou approximatives du gouvernement et les tentatives de récupération des oppositions, plus on a le sentiment que les réactions étaient calculées par rapport aux prochaines échéances électorales, avec ce que cela peut comporter de possibilités d’alliances. A ce sujet, le peu de visibilité du leader de l’opposition et celui du MMM nous laisse perplexes, comme dirait l’autre, et pourrait indiquer des négociations d’alliances. Il en est même un qui s’est emparé du sujet pour faire une meeting-conférence ou presse/meeting, comme vous voudrez, sur la moralité en politique dont le but était de montrer qu’il était meilleur que Pravind. Et que par conséquent il faut lui redonner le poste de PM aux prochaines élections qu’il souhaite anticipées. Après l’institution de la commission d’enquête présidentielle, vendredi, on attendait une réaction ferme, sans ambiguïtés du Premier ministre sur la manière dont lui et son gouvernement comptaient répondre à ce que certains ont qualifié de « coup d’État », de « viol de la Constitution » ou de « trahison ». A la place d’un Premier ministre sûr de lui et droit dans ses bottes, on a eu droit au ministre du Tourisme venu donner son interprétation de la Constitution ! Il était évident que samedi, à 11h, le gouvernement n’avait pas de réponse à opposer à la présidente. Comme c’est le cas depuis décembre 2014, le gouvernement n’a ni les ministres ni les conseillers capables de faire face à des situations d’urgence. Par conséquent, il est obligé de gagner du temps, d’envoyer des nominés politiques parler au nom du Conseil des ministres et de multiplier les communiqués tardifs du PMO.

L’absence de Pravind Jugnauth vendredi et samedi pour répondre à la présidente qui l’attaquait ouvertement est encore une preuve que l’actuel PM est loin d’avoir l’étoffe dont on fait les hommes d’Etat. Ameenah Gurib-Fakim va sans doute laisser des plumes en raison de son comportement au cours de ces « Ides of March », mais le Premier ministre et son gouvernement en laisseront au moins deux fois plus. Ceci étant dit, le plus important dans cette affaire qui a largement éclaboussé la réputation de la République réside dans le fait suivant. Dans ce lavage de linge sale en public, auquel se sont livrés la présidente et le Premier ministre — par communiqués, tweets et déclarations de porte-parole plus ou moins officiels —, un sujet s’est imposé. Celui des « facilités » accordées par le gouvernement à l’investisseur angolais Alvaro Sobrinho. Un investisseur qui a bénéficié de protections des institutions de l’Etat pour obtenir, à une vitesse stupéfiante et parfois grâce à des amendements à la loi, un certain nombre de permis. Il ne faudrait pas que la démission de la présidente permette au gouvernement de tourner rapidement la page et de ranger, une fois de plus, le dossier Sobrinho dans le coffre des affaires classées. Ameenah Gurib-Fakim a trop dit sur ce dossier dans les « terms of reference » de sa commission d’enquête pour se taire. Comme l’ont dit la plupart des commentateurs et certains leaders politiques, elle doit dire tout ce qu’elle sait sur cette affaire que le gouvernement donne encore l’impression de vouloir cacher. Elle doit au moins cela aux Mauriciens.