Depuis des années qu’on en parle, et tant de fois renvoyée aux calendes grecques, la rénovation du Théâtre de Port-Louis et du Plaza (Beau-Bassin/Rose-Hill) serait à l’agenda des municipalités de ces deux villes. Les rampes de ces deux salles s’illumineront-elles de nouveau pour le bonheur des amateurs de théâtre? les lumières de leurs lustres descendront-elles sur une cantatrice pour le plaisir visuel et auditif des fervents de l’opéra ? ou s’agirait-il encore de promesses ? Le Théâtre de Port-Louis, enveloppé d’ombre le soir, comme frappé d’une catalepsie incurable, est hermétiquement fermé depuis des années, la façade du Plaza cache un capharnaüm révoltant et les deux ont été classés dans la catégorie patrimoine national qui, par définition, est héritage et conservation !
Pourtant, au cours de leur histoire, les deux salles vont accueillir des troupes lyriques, de grands chanteurs, donner des pièces de théâtre, des opérettes et opéras. Faute de budget (?), ces temples de la culture sont restés fermés depuis des années, au point que la jeune génération ignore que ce sont des théâtres. Il est remarquable que notre capitale ne soit pas dotée d’une salle de théâtre opérante : un Parisien et un Londonien s’étonneront toujours de la quasi-extinction de la vie culturelle, le soir, à Port-Louis.
Centenaire et classé patrimoine national, Le Plaza a bénéficié de la rénovation de sa toiture. Quant au joyau architectural de Port-Louis datant du 19e siècle, disons qu’il essaie tant bien que mal de dissimuler sa dégradation.
Et pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les deux théâtres ont connu leur âge d’or, des décennies de splendeur où des gens cultivant le théâtre et l’opéra, pleins d’allant, plaçant une certaine idée de la culture au-dessus de tout, montaient des pièces de Molière, mettaient en scène « Faust », « Carmen », « Aïda » et se démenaient pour faire venir à Maurice, Charles Trenet, l’inégalable Fernand Reynaud, Jacques Brel et même Michel Polnareff. Tous à l’affiche du Plaza jadis.
Comme le dit plus loin Luc Legris : « C’est un crève-coeur que de constater l’agonie de ces deux théâtres », qui parle en connaissance de cause, lui qui a vu d’année en année, ces deux « joyaux » crouler sous l’indifférence générale.
Ces deux théâtres restaurés, les deux mairies ne s’imaginent pas le profit, culturel assurément et pécuniaire sans aucun doute, qu’elles en pourraient tirer. Un Roberta Allagna, par exemple, au Plaza, suscitera admiration, et qui sait, émulation (Maurice a brillé aux Jeux olympiques, pourquoi pas un Mauricien à la Scala). Le Theâtre de Port-Louis donnant « Don Giovanni » monté par des Mauriciens — il n’en manque pas de ces gens passionnés d’opéra à Maurice, le succès de « Carmen » en 2010 en témoigne — attirera une une foule de Mauriciens et de touristes, car qui a dit que ces derniers n’aimaient pas le théâtre et de passage à Maurice n’auraient pas envie de découvrir les talents du sol. Quand nos dirigeants comprendront-ils que la culture est aussi importante que le farniente. Non sans oublier le prestige, la fierté provenant, disons, d’une saine rivalité entre les deux municipalités : l’une faisant venir José Carreras et l’autre la divine Renée Fleming pour un tour de chant…
Mais ne présumons pas trop de cette annonce de rénovation : l’utilitarisme économique, proverbial, indéracinable, des Mauriciens est tellement ancré dans les mentalités que la Culture sera toujours le parent pauvre du Budget. Au demeurant, n’est-il pas vrai que dès qu’on parle de culture à Maurice, c’est la confusion des langues…  Il suffit ! On entend Sganarelle (devenu marchand de rue dans la capitale depuis la disparition de Dom Juan) nous interpeller du poulailler : « Ressaisisez-vous, nous sommes en 2015, à Maurice, que diable, et le peuple… »—. « … en effet, le peuple pourrait…— « Et que réclame-t-il ? »— « Du pain et des jeux, hélas ! ».— « Mes gages, mes gages ! »