Je suis un illusionniste… je donne l’impression que mes livres sont des sagas, alors qu`il y a un univers qui peut être tiré à l’infini…”, déclare Timothée de Fombelle. De fait, les lecteurs qui osent s`aventurer dans ses livres (qui traitent de refuge, de quête) vont découvrir assez vite à quel point la lecture devient un exercice à la fois complexe et libérateur.”Ça me libère d’écrire pour la jeunesse… il y a une création stylistique, mais c’est un équilibre instable, un jeu d’illusion… ce n`est pas très loin du bricolage, ça donne une pureté de la langue, c`est comme une sorte d’exigence qui tire le meilleur de moi-même… à aucun moment je me limite, je cherche vraiment l`essentiel…”, nous dit d’emblée l’auteur de livres pour la jeunesse. Malgré les apparences, ses textes ne sont pas de simples sagas qui se déroulent devant nous. Il y a un univers de sensations, une matrice matérielle, sensorielle que l’auteur “bricole” à l’infini. Et là se situe un vrai voyage, dans une traversée, que l’auteur convoque en différentes amorces.
L’enfant bricoleur, issu d’une famille qui voyageait beaucoup, a tout du grand écrivain pour la jeunesse — assertion un peu prétentieuse que corrobore pourtant une vingtaine de prix, parmi lesquels le «Grand Prix de l’Imaginaire», le «prix Tam-Tam», le «prix Sorcières», le «prix Saint-Exupéry» et plusieurs prix européens : «Marsh Award» (G-B), «Crayon d’argent» (Pays-Bas), «Premio Andersen» (Italie) qui ont été attribués à Timothée de Fombelle. Il est auteur de romans pour la jeunesse depuis près de huit ans avec une dizaine de livres publiés. Timothée, est l’invité d’honneur de la création “L`IFM se livre” de l’Institut français de Maurice. L’occasion pour nous aventurer dans sa prose, ce chemin tracé pour passer de l’enfance à l’adolescence “cette période de bruit et de fureur où chaque acte va se décider pour la vie”. Une intrusion dans une oeuvre qui questionne la poésie et une langue qui se cherche et se fictionnalise. Mais la propension de l’auteur à la liberté s’affirme dès sa première publication en 2006 et 2007 «Tobie Lolness» chez Gallimard Jeunesse. Ce livre en deux volumes est traduit dans vingt-neuf langues. Comme tout premier livre, celui-ci permet d`observer ce qui se dessine dans une oeuvre ébauchée depuis longtemps. Quand on demande à Timothée de Fombelle comment s`est fait le passage du théâtre (ses premières amours avec la compagnie les «Bords de Scène») à la littérature jeunesse, il dit que cette transition s`est faite dans les limites du théâtre. “Cette histoire d’un ado d’un millimètre et demi dans un arbre-univers était difficile à transposer au théâtre… Il fallait que je me dirige dans le lieu de liberté qu`offre le roman en brisant les règles d`unité de temps, d’espace, etc., avec cette histoire d`un héros imaginaire, étalée sur 30 ans… Je joue différemment dans chaque roman entre réalité et fiction…” Voilà pour le dispositif complexe de son oeuvre, l`intrigue comprenant des héros à la limite de l`imaginaire et du réel, des livres successifs, des sources masquées. Des livres dans le livre ouvrant des perspectives, empruntant aux sagas des stratégies romanesques, aux architectures labyrinthiques. “J’aime bien jouer avec les mots, m`en servir pour raconteur une histoire crédible… le roman me donne la liberté d`écrire le premier et dernier mot… j’ai l`impression que c`est la poésie des mots qui fait passer les choses…”, déclare Timothée. Au-delà des questions stylistiques, notre auteur dit qu`il donne une vue de l`adolescence embellie par l’héroïsme de ses personnages. Une des qualités intrinsèques de l`oeuvre de Timothée de Fombelle est l`ouverture à ce qui est vérité :”j`écris pour moi-même, mais j`ai besoin d`embarquer du monde avec moi… plus j`écris sur l`intime, plus ça parle de l`autre à travers le monde avec moi et les lecteurs reconnaissent la sincérité de l`écriture…” La seule mission secrète dont Timothée se sent investi, c’est de ne pas dégoûter les jeunes de la lecture et de montrer la modernité du livre – objet efficace sur le cerveau. Timothée de Fombelle nourrit le projet d’une grande saga qui se déroulerait vers la fin du 18ème siècle entre l`Afrique, les Caraïbes… et pourquoi pas Maurice!