Maurice entre à partir de ce lundi 1er janvier de plain-pied dans l’année du jubilé de son indépendance. On s’attend à ce que l’occasion soit donnée à la population tout entière de marquer – dans la dignité, la fierté et l’unité – cet événement qui devrait connaître son apothéose le 12 mars prochain.

Le monde entier reconnaît aujourd’hui le succès remarquable qu’a connu ce pays depuis 1968 alors que des économistes réputés mondialement avaient prévu l’apocalypse pour cette « overcrowded barracoon » de l’océan Indien. En 50 ans, le pays est passé d’un PIB per capita de USD 200 pour atteindre USD 9 672 selon les derniers chiffres publiés par le FMI. D’une économie de monoculture, Maurice est devenue aujourd’hui une économie diversifiée avec une industrie touristique florissante et un secteur manufacturier qui, comme le secteur des services financiers, ont beaucoup apporté à l’économie, bien qu’ils aient de grands défis à relever dans le cadre de la globalisation de l’économie. De nouveaux piliers sont en voie de développement dans le domaine des services, du numérique, de l’économie des océans, de la santé et de l’éducation tertiaire. Maurice veut maintenant accéder dans les dix prochaines années dans la ligue des pays à revenus élevés. La stabilité politique avec l’organisation régulière d’élections générales, la sécurité prévalant dans le pays, bien qu’il y ait encore beaucoup de “room for improvement”, les ressources humaines et la diversité culturelle, confessionnelle et ethnique constituent des valeurs ajoutées qui permettent à notre pays de faire la différence au niveau international et, surtout, sur le continent africain, où nous sommes de plus en plus présents.

Certes, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est pourquoi, comme le souligne Vishnu Lutchmeenaraidoo, ce jubilé devrait être l’occasion d’une autocritique, d’une introspection. L’unité nationale, qui constitue notre force, reste fragile et continue de demander une attention constante. Nous avons encore du chemin à accomplir pour que notre diversité culturelle et confessionnelle devienne une force. Beaucoup d’efforts doivent être consentis à tous les niveaux, à commercer par l’école, pour que chaque Mauricien comprenne que toutes les cultures pratiquées à Maurice font partie de sa culture sans pour autant perdre son identité propre.

Plusieurs voix se sont élevées ces derniers temps pour réclamer une réflexion nationale sur la Constitution actuelle. Si la Constitution, héritée des Britanniques, est le socle de l’État de droit mauricien, et est à la base du succès du pays dans tous les domaines, nombreux sont ceux à estimer qu’elle peut être améliorée et consolidée afin de répondre aux exigences des sociétés modernes. Certains légistes sont en faveur de l’institution d’une assemblée constituante afin de passer en revue cette loi fondamentale et doter le pays d’une nouvelle Constitution. La question du best-loser system, qui oblige les candidats aux élections législatives qui le souhaitent à déclarer leur appartenance ethnique, doit une fois pour toutes être réglée. De même, la nécessité d’une réforme électorale se fait de plus en plus sentir.

Un comité national, présidé par le ministre Nando Bodha, se penche déjà sur un programme devant permettre à la population de célébrer dignement ce jubilé durant l’année 2018. Il devrait être bientôt rendu public. Certes, il y a eu, durant l’année écoulée, quelques manifestations, comme la semaine du cinéma ou la visite de Barbara Hendricks.

C’étaient des activités enrichissantes mais encore loin de susciter l’engouement populaire susceptible de contribuer à la démarche de “nation building”. Le ministre Bodha pourra-t-il mobiliser tous les talents mauriciens qui ont fait leurs preuves à Maurice et à l’étranger pour faire de la célébration de ce 50e anniversaire un moment fort, à la hauteur des ambitions d’une île Maurice qui se présente comme le « tigre de l’océan Indien ». Quant à nous, nous lui proposons un projet simple qui pourrait rester gravé dans la mémoire de tous les Mauriciens : en utilisant tous les moyens techniques, médiatiques et audiovisuels, pourra-t-il arriver à faire tous les Mauriciens s’arrêter un instant, à un moment qu’il lui reviendrait de déterminer, pour chanter ensemble l’hymne national mauricien, le Motherland ? Pourra-t-il également amener tous les parlementaires à chanter à l’unisson ce même hymne mauricien lors de la prochaine séance de l’Assemblée nationale ? S’il réussit, il entrera alors dans l’histoire. Nous souhaitons à tous les Mauriciens une bonne année et surtout une bonne année jubilaire.

Jean Marc Poché