À l’occasion de la 45e assemblée générale de l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), le nouveau président élu, Jean-Michel Pitot, a profité de son discours pour envoyer des piques au ministre du Tourisme, Anil Gayan.

En effet, le CEO d’Attitude Resorts a fait ressortir que les coûts salariaux, de plus en plus lourds, sont venus s’ajouter aux frais de formation que les hôteliers doivent assumer. « De 2006 à 2017, ni la politique de formation nationale ni la capacité de l’école hôtelière n’ont changé. Sans parler du coût grandissant de la sécurité dans nos hôtels ainsi que des baux payés à l’État », dit Jean-Michel Pitot.

Jean-Michel Pitot a également tenu à mettre en avant le ralentissement des investissements et le niveau élevé de l’endettement des hôteliers à Maurice. « Les hôteliers ont investi Rs 6,7 mds seulement en 2017, une très bonne année pourtant alors qu’en 2017, ils avaient investi Rs 10,2 mds. Quant à l’endettement du secteur auprès des banques, il est passé de Rs 19 mds en 2006 à Rs 44 mds dix ans plus tard. Il a plus que doublé », affirme Jean Michel Pitot.

Le nouveau président de l’AHRIM a ainsi voulu briser ce préjugé qui consiste à croire que la vie de l’hôtelier est « trop facile et que c’est la belle vie ». « La croissance est là, elle est pour l’ensemble de la destination, et c’est tant mieux. Mais tout n’est pas aussi beau, tout n’est pas aussi rose pour un hôtelier qui, comme on le dit si bien an anglais, « have to make it happen » ! », en ajoutant qu’il est ouvert au dialogue et aux échanges avec le ministère du Tourisme.

Jean-Michel Pitot explique ainsi que les stratégies autour du secteur du tourisme seront plus pertinentes si celles-ci sont basées sur des données fiables et précises. « Le Bureau des Statistiques nous donne, il est vrai, un tableau de l’évolution du marché à intervalles réguliers. Mais il y a tant de choses que nous ne savons pas encore », ajoute-t-il.

Le président de l’AHRIM souhaite d’ailleurs que le gouvernement soit sensible à la demande des hôteliers de pouvoir gérer eux-mêmes 25% de l’environnement Protection Fee dont ils s’acquittent depuis plus de 15 ans. « Je rappelle que l’industrie paye en moyenne Rs 300 millions chaque année pour cette taxe supplémentaire. Nous insistons sur l’intérêt de cette mesure car nous pensons qu’elle permettrait d’initier vite des actions dans les régions côtières, des actions qui bénéficieront directement aux populations de chacune de nos localités. »

Le ministre du Tourisme, Anil Gayan, ne s’est toutefois pas retenue pour répondre au nouveau président de l’AHRIM à travers son discours. Celui-ci a d’ailleurs mis en avant les mesures du gouvernement pour que le secteur du tourisme puisse poursuivre sur sa lancée. « Je sens que vos reproches et vos récriminations, voilés certes, me sont destinés. Depuis plus de 10 ans, les projets hôteliers des salines de Rivière-Noire ne sont restés que des projets. C’est seulement lorsque l’État a décidé d’investir des millions de roupies dans les infrastructures que ces projets ont démarré », dit-il. Selon lui, depuis 2013, les hôteliers bénéficient ainsi d’une réduction de 50% de leurs loyers sur les terrains de l’État lorsqu’il y a des rénovations. « Je m’excuse d’adopter une attitude sévère. Si je ne réponds aux reproches, l’impression que nous allons créer, c’est que nous acceptons », soutient-il.

Au niveau de l’endettement du secteur, Anil Gayan fait appel à la compréhension des hôteliers. Selon lui, il faut prendre en compte les pertes encourues dans d’autres pays. Toutefois, il estime important d’avoir « un esprit de partage » et d’éviter la confrontation. « Je suis prêt à offrir les dossiers au nouveau président de l’AHRIM pour qu’on en discute », fait-il de plus ressortir.