En quelques années, Poste de Flacq a connu une dangereuse montée dans le trafic et la consommation de drogues. Les consommateurs sont aussi bien des collégiens que des adultes. Ceux qui sont en situation de dépendance sont responsables de l’insécurité croissante. Le trafic se fait au vu et au su de tout le monde, s’insurgent des personnes de la region. Elles réclament une réaction des autorités.

R.V. 

“Inn fatige koze, nanye pa pe fer !”, lance Priscilla (prénom fictif). Il est 16h. À Poste de Flacq, l’atmosphère semble paisible. Quelques enfants jouent dans le jardin face à la mer, tandis que quelques hommes font une partie de dominos. Tout semble aller pour le mieux. Quatre femmes sont assises à même le sol. Elles discutent entre elles. “Aster-la nou la, taler bizin sove. Pa kapav reste”, dit Linda (prénom fictif).

“Rien n’est plus comme avant”.

Dans ce village où tout semble calme et rassurant, la drogue synthétique a fait son entrée depuis quelques années. “J’habite la localité depuis ma naissance. Avant, nous vivions paisiblement et les gens étaient tous sympathiques. Depuis environ cinq ans, tout a changé. Ils sont nombreux à être sous l’emprise de la drogue synthétique”, raconte Jekina Bassy.

Les habitants de Poste de Flacq ne savent plus à quel saint se vouer. C’est le ras-le-bol face à la recrudescence du trafic de drogue synthétique. Black Mamba, Bat dan latet, C’est pas bien, Crocodile : autant de noms attribués à cette drogue dont les effets gâchent la vie de ceux qui la consomment. Telma ena fat yen, certains se vaporisent de l’insecticide dans la bouche”, dit Jekina Bassy. “On dirait que le temps s’est arrêté. Rien n’est plus comme avant. La drogue fait des ravages auprès des jeunes. Cela se fait au vu et au su de tous. Ils n’ont aucun respect”, s’insurge Jean-François Lacharmante. Ce dernier souligne que les consommateurs et les dealers de drogue de synthèse ont augmenté. Les jeunes sont influencés par d’autres jeunes. “Kot laplenn zot baz. Ek pena zis bann zen. Ena ousi bann per ek mer de fami. Certains parents ont démissionné de leur rôle.”

Voler pour la dose quotidienne.

Aux alentours du jardin, le terrain de football ressemble plutôt à un terrain en friche. “À la nuit tombée, on ne peut plus y aller. Certains vomissent et dorment ici après s’être drogués”, raconte Jekina Bassy. Sylvie (prénom fictif) a peur d’emprunter cette rue le soir. Les habitants sont excédés par la présence des dealers et de ceux qui consomment de la drogue. “Des voisins se sont introduits chez moi pour voler afin de se faire de l’argent pour se procurer de la drogue. Même chez nous, nous ne sommes plus tranquilles. Ce sont des gens que je connais très bien. Des jeunes que j’ai vu grandir”, affirme cette femme. La présence des consommateurs est devenue insupportable. Certains sont prêts à voler pour payer leur dose quotidienne. “J’ai vu des mères pleurer, se faire violenter et tout perdre du jour au lendemain à cause de la drogue”, ajoute Jean-François Lacharmante.

“De mes propres yeux, j’ai vu des adultes donner de la drogue aux jeunes. Comment expliquer cela ? Les mots me manquent”, confie Jekina Bassy. Pour elle et les autres femmes, Poste de Flacq a perdu de son charme. “C’est choquant de voir des enfants de 13 ans être sous l’emprise de la drogue. En sortant de l’école, ils sont à la merci des dealers”, dit Linda (prénom fictif).

De nombreux jeunes ne travaillent pas. Ils préfèrent flâner dans les rues à longueur de journée et voler. “On ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’emploi. La mer est remplie de poissons. Mais voler rapporte plus.” Tout y passe : bouteille de gaz, four, téléphone portable, couverts de table et parfum, entre autres.

Bo marse kout ser.

Les habitants souhaitent que Poste de Flacq redevienne comme avant et que les jeunes puisse sortir de cette emprise. “Lorsque j’étais jeune, je n’avais pas besoin de ce genre de nisa pour être acceptée par les autres ou pour être branchée”, dit Linda. Révoltés par ce qui se passe au sein de leur village, les habitants font le maximum pour sauver les jeunes. “Nous avons tous envie de dire la vérité aux parents. Certains ne comprendront pas. Nous avons peur des représailles”, lance Priscilla (prénom fictif). “J’ai aussi des enfants. Je n’aimerais pas voir mon enfant mourir à cause de la drogue”, s’inquiète-t-elle. “On ne peut pas dire qu’il y a un manque de loisirs. Il y a un terrain de football et la mer est proche !”, dit Jean-François Lacharmante.

Malgré les opérations policières fréquentes, le trafic prolifère. “La police doit prendre le problème de drogue plus au sérieux. Certains policiers viennent et parlent aux dealers. Puis, rien ne se passe”, dit Jekina Bassy. Les habitants souhaitent que les effectifs de la police soient plus fréquents. Jean-François Lacharmante admet que les jeunes toxicomanes ont besoin de soutien. “Je me demande comment les autorités ne voient pas ceux qui vendent de la drogue synthétique à nos jeunes. Cela me laisse perplexe.”

Jean-François Lacharmante précise que le cannabis est moins nocif. “Il est temps de dépénaliser le cannabis. Ce sera une façon d’épargner nos jeunes de l’enfer de la drogue synthétique. Bo marse kout ser. Beaucoup ne réalisent pas cela. Le nombre de personnes touchant à cette drogue peut diminuer avec le temps, si l’effort est fourni. Mais il me semble impossible d’éradiquer complètement la drogue.”