Ce nouveau produit qui a récemment fait son apparition sur le marché des drogues illicites à Maurice inquiète par la violence de ses effets, que d’aucuns craignent fatals. Vendu sous la forme de boulettes de gandia, il est souvent présenté comme tel, mais il s’agirait d’un cocktail de produits. Consommé sous forme de cigarette, le Black Mamba rampe vers de nouvelles régions. Sur le terrain, même les plus aguerris restent sur leurs gardes, alors que des consommateurs non avertis se laissent tenter.
“Se pa enn zafer ar ki ou kapav badine. Depi mo drogue, zame mo pa tinn trouv enn zafer koumsa.” Les drogues, il en connaît pourtant un rayon. Actuellement sur Méthadone, celui que nous prénommerons Arnaud compte derrière lui une vingtaine d’années de toxicomanie, et tous les déboires y associés.
C’est un ami qui lui a fait goûter ce produit, dont on parle beaucoup dans le milieu depuis quelques mois. “Cela se présente sous la forme d’un pouliah de gandia. Mais la texture du produit est différente : il devient poudreux quand on l’écrase entre les doigts.” La poudre est déposée sur le tabac d’une cigarette artisanale, roulée à la main, avant d’être fumée.
Hallucinations.
Il n’a pas suffi de plus d’une bouffée : “Enn sel kout mo finn gagn enn sok violan. Terib sa. Mo inn bizin tini lame kamarad ar mwa la. Tout mon corps était engourdi. Je n’arrivais plus à me tenir normalement; je ne pouvais plus marcher. J’avais des tremblements, j’ai commencé à avoir des hallucinations. Dans ma vie, j’ai connu toutes les drogues, mais jamais une sensation aussi désagréable. Si moi je n’ai pas pu, je me demande comment font les autres ?”, s’interroge-t-il.
De tels comportements, plusieurs de ceux qui ont voulu essayer le Black Mamba les ont éprouvés. “Ces personnes perdent d’un coup le contrôle d’elles-mêmes. Souvent, elles deviennent très violentes et peuvent agresser n’importe qui”, raconte un autre témoin. “Le choc ressenti est si fort qu’il pourrait même être fatal si la personne n’est pas prise en main tout de suite”, précise-t-on. Le jour où il a fumé cette drogue, Arnaud a dû se mettre la tête longuement sous l’eau pour retrouver ses esprits. “Erezman ti ena dimounn ar mwa sa zour la. Sinon, pa kone ki ti pou arive.”
Sensations.
Le Black Mamba est une de ces nouvelles drogues qui ont fait leur apparition sur le marché ces derniers temps. Selon nos informations, sa vente aurait commencé dans des zones notoirement connues des basses Plaines Wilhems, avant de bouger vers la capitale. Vendu entre Rs 400 à Rs 1,000 la dose, il se fait accepter chez certains usagers. “Ce sont surtout ceux qui sont à la recherche de sensations intenses qui se laissent prendre”, confie une source avertie. Distribué auprès des initiés, cette drogue serait maintenant en quête d’une autre clientèle : les jeunes. “Dans certains endroits, des trafiquants en proposent en le présentant un nouveau type de gandia. Les personnes non averties plongent sans faire attention.” Alors que le pouliah de cannabis se vend moins cher, la boulette de Black Mamba offre plus de doses. L’on pourrait en obtenir jusqu’à quatre cigarettes.
Produits psychoactifs.
Ce n’est pas par hasard qu’une telle drogue fait son apparition sur le marché mauricien en ce moment. En effet, alors que plusieurs usagers de drogue par voie intraveineuse sont passés sur la thérapie de substitution à la Méthadone, ils évitent désormais de faire usage de drogue injectable, par peur de complication ou même d’overdose. Ceux qui continuent parallèlement avec d’autres produits psychoactifs abusent généralement d’alcool ou de produits pharmaceutiques vendus par des pharmaciens trafiquants : sirops, comprimés, etc. Délaissés, les narcotrafiquants auraient trouvé, grâce au Black Mamba, une solution pour ramener leurs anciens clients vers eux.
Un ancien gros trafiquant d’héroïne confie : “Cette drogue ne peut pas être de fabrication locale. Ce n’est pas ici qu’elle est préparée; tout semble indiquer qu’elle vient d’ailleurs.” Certaines sources citent l’Afrique du Sud, un des pays vers lesquels des trafiquants se tournent régulièrement en ce moment.
Vigilance.
La composition du Black Mamba reste un mystère pour les consommateurs et même des petits dealers. Des sources proches du milieu évoquent la possibilité qu’un peu de cocaïne ait pu y être ajoutée. D’autres parlent d’effets proches de ceux procurés par la plante connue localement comme le datura.
De toutes parts, la vigilance est de mise, insistent les différentes personnes qui ont voulu parler de cette nouvelle drogue. La violence des effets du Black Mamba inquiète, ainsi que la transformation qu’il occasionne chez eux qui en ont consommé. Par ailleurs, certains ont traîné douleurs et malaises pendant quelque temps; d’autres évoquent le manque ressenti par la suite. “Si les jeunes se laissent tenter par cette drogue, ce sera une vraie catastrophe”, souligne Arnaud.