TRÉSORIER DU CIJ ET PRÉSIDENT DU COM - PHTV : « Il faudra organiser une réunion du CIJ très vite »

Dans un entretien accordé à Week-End en début de semaine avant son départ pour Djibouti en vue d'assister à l'Assemblée générale de l'ACNOA, le président du Comité Olympique Mauricien (COM), Philippe Hao Thyn Voon, évoque la problématique posée par le CROS de la Réunion. Une problématique qui risque d'avoir des conséquences sur l'organisation des 10e JIOI si une solution n'est pas trouvée 18 mois avant la date fatidique de juillet 2019. Le vice-président du Conseil International des Jeux (CIJ) soutient qu'il est primordial d'organiser une réunion au plus vite.

Philippe Hao Thyn Voon, la menace de retrait du Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) de la Réunion depuis le CIJ et les JIOI vous inquiète-t-elle ?
Je vous avoue que je suis animé par plusieurs sentiments à la fois devant ce nouveau problème qui provient de la Réunion. Oui et non. Je suis inquiet devant cette menace d'autant que nous venons de terminer avec une réunion du CIJ (ndlr: en avril) aux discussions ont été laborieuses. Je suis inquiet car personnellement je ne vois pas les 10e JIOI être organisés sans la présence des athlètes de la Réunion, pays fondateur de ce mouvement. J'espère que le bon sens finira par prévaloir et que le CROS verra les choses au-delà des obstacles que peut représenter l'Article 7 de la Charte des Jeux. Le sport réunionnais a un rôle important à jouer dans la région, il ne serait pas logique que ce rôle soit hypothéqué.

« Le chantage de la Réunion est comme un cheveu sur la soupe »

Est-ce que le CROS a évoqué le problème de l'Article 7 et de ce qui pourrait advenir de cette démarche de menace de quitter le CIJ ?
L'Article 7 dans sa forme actuelle a été adopté depuis 2013, soit après les JIOI aux Seychelles en 2011. C'est un sous-comité, au sein duquel le CROS de la Réunion était présent, qui a rédigé les conditions attachées à la participation des Réunionnais et des Mahorais aux JIOI. Ça, c'est pour l'histoire, et il est vrai de dire que le CROS a essayé de convaincre les membres du CIJ, lors de la dernière réunion. De même que de revenir sur ces conditions et aussi sur la situation de Mayotte, qui veut une position à part entière au sein du CIJ. Sur les deux cas il y a eu un vote, un exercice presque forcé par le CROS. Et à l'unanimité, le CIJ a décidé de ne rien changer.

Comment jugez-vous de ce fait la position du CROS aujourd'hui ?
C'est très triste, et je ne vous cache pas que les discussions au sein du CIJ n'ont pas cessé sur cette question depuis des années. Mais il y a un fait indéniable qu'il ne faut pas oublier et auquel les autres membres du CIJ sont confortés. La Réunion et Mayotte sont deux îles particulières. La Réunion est un département français et Mayotte se trouve confronter à des réclamations des Comores auprès des instances diplomatiques internationales.
Des faits qui nous sont rappelés par nos gouvernements et auxquels nous devons adhérer. Sur Mayotte, par exemple, comment donner le même statut à cette île alors que les Comores n'arrêtent pas de nous rappeler les résolutions prises au sein de l'Union africaine et les Nations unies. Si au sein de la CJSOI, qui est constituée des gouvernements, une décision n'a toujours pas été prise, comment nous, au sein du CIJ, pouvons nous faire le contraire ? Nous nous retrouvons dans une situation cocasse et le chantage de la Réunion est comme un cheveu sur la soupe.

Pensez-vous qu'il y a un enjeu politique derrière ce positionnement du CROS de la Réunion ?
Sans aucun doute, et les JIOI ont depuis leur création fait face à des enjeux politiques dans la région. Ce qui s'est passé à la Réunion en 2015 avec les Comores est le sommet de cet iceberg. En coulisse, c'est encore plus terrible.

« Nous nous retrouvons avec plus de questions que de réponses »

Racontez-nous…
(silence) Malheureusement, on ne peut pas tout dire.

Philippe Hao Thyn Voon, le CIJ est une instance sportive et, à l'image du CIO, ne peut-il pas prendre une décision pour mettre fin de façon définitive à ce conflit ?
C'est plus facile à dire qu'à faire. Lorsque le CIO avait décidé de faire participer l'Afrique du Sud aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, après une longue période de boycott en raison de la politique d'apartheid, le drapeau olympique avait été utilisé pour toutes les cérémonies pour ce pays. Le CIJ peut-il adopter une telle posture dans le cas de Mayotte ? La question mérite d'être posée, même si cette problématique des drapeaux nationaux pose de sérieux soucis bien au-delà de la cause sportive. Peut-on laisser ouverte la participation des athlètes « Réunionnais » sans que la Charte des Jeux ne soit violée ? Peut-on faire confiance sans se donner les moyens de contrôle ? Nous nous retrouvons avec plus de questions que de réponses. N'oublions pas aussi que les JIOI, dont le financement est assuré par l'État, sont devenus un moyen de force non seulement dans la région, mais aussi dans le pays.

((((((Cependant, il y a aussi le fait que Maurice, comme Madagascar, les Comores et les Seychelles, comptent des athlètes qui ne sont pas nés dans ces îles, mais qui défendent leurs couleurs. De ce point de vue, n'est-ce pas un peu injuste envers la Réunion ?
Oui je vous l'accorde, mais ces athlètes sont Mauriciens, Malgache, Seychelloise ou Comoriens. La Réunion reste un cas particulier, car il n'y a pas de nationalité réunionnaise.)))))

Pensez-vous qu'il faut organiser une réunion du CIJ très vite ?
Oui il faut organiser une réunion du CIJ au plus vite. Il est question de régler ces problèmes avant 2019 afin que cette situation ne pourrisse pas l'organisation des 10e jeux à Maurice. L'État mauricien investira de l'argent dans son organisation et nous devons, au sein du CIJ, offrir les conditions d'organisation adéquates aux organisateurs.