TRICENTENAIRE—EXPOSITION: Baudelaire vu autrement

Sur les traces de Baudelaire à l’île Maurice. Il ne s’agit pas de la littérature, mais d’une exposition que prépare la Galerie Hélène de Senneville, en collaboration avec la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). Celle-ci s’insère dans les activités marquant le tricentenaire de l’arrivée des premiers Français à l’île Maurice. Vingt-cinq artistes mauriciens y participeront. Jérémie Bennequin, artiste français connu pour son « art de l’effacement », y présentera une œuvre inédite. Pour Hélène de Senneville, cette exposition est une manière de « parler de Baudelaire de manière forte » au même titre que son passage de 18 jours dans l’île en 1841 a marqué cette page de l’histoire. Dans ce contexte, 25 artistes mauriciens d’expressions diverses ont été appelés chacun à travailler sur cinq poésies de Charles Baudelaire. Cela a donné des œuvres sous différentes formes : peinture, sculpture, photographie, tatouage, mehendi, entre autres. De son côté, Christophe Rey mettra en musique le poème A une Dame créole, paru dans le recueil Les Fleurs du mal et écrit peu de temps après son passage à Maurice. L’originalité de cette exposition viendra de Jérémie Bennequin. Cet artiste français est connu pour son art de l’effacement. À la gomme à encre, il efface des pages des œuvres connus pour les « faire exister autrement ». Après avoir travaillé sur des œuvres de Marcel Proust, il s’est attelé à « effacer » Les Fleurs du Mal. Pour cela, l’artiste a dû faire tout un travail de recherche sur les traces de Baudelaire dans l’île. « J’ai eu le sentiment d’être à la recherche d’un fantôme ». Mais la satisfaction était grande quand il s’est retrouvé devant la stèle marquant le passage du poète dans l’île et la petite case où il a vécu. Jérémie Bennequin avoue qu’effacer une œuvre de Baudelaire n’était pas chose facile pour lui : « C’est un monstre de la littérature. Il avait 20 ans quand il a écrit À une dame créole. À la lecture de ce texte on sent qu’il était peut-être un peu amoureux de cette femme. J’ai mis un peu de temps avant de commencer à effacer ». Toujours est-il, ajoute encore l’artiste, que « quand je gomme un texte, c’est parce que je l’adore. C’est une manière de se réapproprier le texte. Effacer c’est révéler quelque chose. C’est faire émerger quelque chose qui n’était pas visible avant. Un texte gommé devient très graphique. Les pages sont comme des reliques ». Outre l’effacement, il a aussi réalisé des portraits de Baudelaire jeune. Jérémie Bennequin peint au fusain. Au cours de son séjour dans l’île, il s’est même intéressé aux couleurs, en travaillant avec les pigments des différentes fleurs trouvées dans la nature. L’exposition se tiendra du 17 au 30 septembre prochain à la Galerie Hélène de Senneville à Grand-Baie. Le vernissage aura lieu le 16 septembre. La galerie restera ouverte de 9 h 30 à 17 h 30 les jours de l’exposition, sauf le 18 septembre jusqu’à 12 h 30, étant un jour férié.