Il n’y avait pas meilleur endroit que Pamplemousses et son jardin botanique pour célébrer le tricentenaire de Pierre Poivre hier. Cette journée du 23 août a donc commencé par une lecture matinale aux élèves devant le baobab planté par le botaniste Céré en 1792, dans la cour de la Government school de Pamplemousses, et elle s’est poursuivie dans l’après-midi au jardin botanique par le lancement d’un timbre et d’une enveloppe du premier jour, en compagnie du buste souriant de Pierre Poivre. Aussi, une exposition philatélique dédiée à Poivre et à ses réalisations à Maurice est désormais ouverte au public au château de Mon Plaisir.

La patine cuivrée du buste en étain de Pierre Poivre reluisait gentiment hier, à l’ombre des feuillages du Jardin. Le président du board du SSR Botanical Garden, Seelavarn Ganeshan, nous a d’ailleurs confié qu’il a été astiqué pour l’occasion afin de le débarrasser du vert-de-gris qui l’avait terni… Inauguré par Jacques Toubon, alors ministre de la culture français, et son homologue mauricien de l’époque en 1998, cette sculpture a été réalisée en 1993 d’après le portrait peint, qui figure dans la collection de la Société Royale.

Pour le CEO de la poste mauricienne, Giandev Moteea, cette célébration offre bien sûr l’occasion de se remémorer le botaniste et le naturaliste visionnaire, au sujet duquel nombre de timbres ont déjà été émis dans le passé, mais il ne pouvait conclure son allocution sans rappeler que Poivre avait aussi introduit l’imprimerie à Maurice, ce qui a permis l’avènement du service postal mauricien en 1772, puis la parution du premier journal du pays, en 1773. La nouvelle enveloppe du premier jour concentre en quelques centimètres carrés tout un pan d’histoire mauricienne, avec sur le tout nouveau timbre un magnifique ébénier surmonté du portrait de Poivre en médaillon.

Ce timbre d’une valeur de Rs 33 est accompagné sur l’enveloppe du portrait complet en bonne et due forme du botaniste et intendant de Maurice, juste au-dessus d’une reproduction de l’en-tête du fameux Règlement économique, cette loi qui établit un lien de cause à effet entre les activités culturales humaines et le climat, et qui encadre une série d’ordonnances pour la protection des ressources naturelles de l’île et de ses cultures. Cette loi exceptionnelle, la première du genre au monde, aura été promulguée il y a 250 ans, en novembre prochain…

Concentrés d’histoire naturelle

Figure aussi sur cette belle enveloppe une représentation de la muscade et du giroflier. Ce lancement s’est déroulé en présence du président de la République par intérim, Barlen Vyapoory, qui a fait le déplacement en dépit des obligations familiales qu’il avait hier, ainsi qu’en présence du ministre de l’agriculture, Mahen Seeruttun.

Les visiteurs du Jardin pourront se réjouir que les salles du château de Monplaisir soient ouvertes pour quelques mois, grâce à l’exposition philatélique qui s’y tient. Une série de panneaux détaillent en effet les nombreuses émissions de timbres mauriciens en lien avec les richesses botaniques et animales de Maurice, dont Pierre Poivre a été responsable. Il y est également question des espèces animales et culturales dont il a favorisé le développement (cerf, maïs, letchi, etc) et des espèces qu’il a introduites pour par exemple diminuer certaines nuisances, comme le martin qu’il a fait venir d’Inde pour venir à bout des sauterelles qui dévastaient certaines cultures. Concentré d’histoire miniaturisé, les timbres mauriciens témoignent de tout cela, avec aussi le portrait d’autres célébrités qui ont côtoyé Pierre Poivre, telles que Bernardin de Saint-Pierre et Labourdonnais qui arrivera par la suite à l’Isle de France.

La philatélie mauricienne est également riche de nombreux timbres sur les espèces naturelles endémiques, dont les couleurs chatoyantes font la joie des collectionneurs, à l’instar des nombreux coquillages représentés sur nos timbres émis en 2017 ou encore une série de plantes et quelques lieux d’histoire en 2016. Cette exposition nous rappelle aussi que la poste mauricienne a remporté la médaille de bronze de la 16è édition de la compétition philatélique internationale qu’organise l’Universal Postal Union, conjointement avec la China 2019 World Stamp Exhibition, qui s’est tenue en juin à Wuhan.

Un giroflier planté 4 ans plus tard

Une plaque figurant à quelques mètres du buste de Pierre Poivre intrigue, car elle accompagne un plant censé avoir été mis en terre en 2015 par le député des Français de l’étranger, Alain Marsaud, et le sénateur des Français de l’étranger, Christophe Frasse. Mais le pied qui figure au centre d’un carré tout fraîchement retourné, a à peine dépassé le stade de plantule… C’est qu’en fait, comme nous le raconte un membre du board du SSR Botanical Garden, le pépiniériste de l’époque y avait en fait, fait planter un quatre-épices, par erreur. Ceux qui connaissaient la bévue avait fini par casser le plant pour le faire remplacer. Mais le pépiniériste s’est obstiné à y installer à nouveau un quatre-épices. Quand finalement un giroflier y a bien été planté, le pépiniériste a couvert le plant d’une protection, pour qu’on ne le casse pas à nouveau, tellement protectrice que le petit giroflier n’a pu prospérer par manque de lumière… Le plant que nous avons pu découvrir finalement hier à cet endroit, n’a en fait été planté qu’avant-hier…