Triste exploit

Deux Premiers ministres dans le cadre d’un deal papa-piti, caché au grand public lors des élections de décembre 2014, ce qui est loin d’être un procédé honnête, trois ministres des Finances en trois ans, trois Deputy Speakers en trois mois, quatre directeurs pour la MBC en moins de quatre ans. Non, mais quel triste exploit !

- Publicité -

Et ce ne sont là que quelques exemples de cette macabre épopée qu’est devenue la gestion version Lepep. Marquée par un jeu de chaises musicales permanent et partout. Parce qu’il y a à l’évidence un problème de leadership au plus haut niveau, une direction qui n’arrive pas à s’imposer et à se faire respecter et qu’il y a, en plus, des susceptibilités contradictoires à ménager, des chantages multiples à contenir, des menaces à déjouer et des pressions grandissantes du socioreligieux et socioculturel à gérer. Et à mesure que les échéances approchent, on va en prendre plein la vue.

C’est dans ce contexte précis que se place cet étrange jeu de chaises musicales qui est intervenu à la veille de la rentrée parlementaire avec Bobby Hurreeram, élu Deputy Speaker le 31 juillet et qui, vendredi, a été prié de débarrasser le plancher pour laisser sa place à Joe Lesjongard. Il retrouvera son ancienne responsabilité de Government Chief Whip, poste qui était, un temps, destiné à celui qui le remplace.

Parce que, avec Joe Lesjongard, un genre de transfuge que l’on peut qualifier de professionnel, le MSM crée, à sa façon, l’histoire. Soit dans le registre le plus détestable et le plus médiocre qui soit. En nommant quelqu’un détenant un tel record de retournement de vestes à la vice-présidence de l’Assemblée nationale et qui sera appelé à suppléer une Speaker, elle-même très contestée pour ses prises de position biaisées, c’est la voie ouverte à toutes les frictions.

Pour ceux qui, comme les moins de vingt ans qui ne peuvent pas connaître, pour reprendre le texte de La Bohème d’Aznavour, le singulier cheminement de Joe Lesjongard, il faut savoir qu’il a débuté sa carrière au MSM en 2000 et que SAJ l’a rapidement propulsé président de parti. Il est candidat au N°4, Port-Louis Nord/Montagne Longue, sur la liste MSM-MMM la même année et il devient ministre des Administrations régionales. De nouveau candidat de la même alliance en juillet 2005, il est reconduit au N°4, mais se retrouve dans l’opposition.

Lorsque le MSM se rapproche du PTr début 2009, il commence à prendre ses distances et ne participe pas à la campagne de son parti pour la partielle du N°8 où se présente son leader qui est activement soutenu par les rouges. Il démissionne ensuite du MSM et dit, évidemment, tout le mal qu’il pense du Sun Trust et va quelque temps plus tard rejoindre les rangs du MMM, dont il est d’ailleurs le candidat aux élections générales de 2010. Il est de nouveau élu.

En 2014, il est candidat de l’alliance PTr-MMM au N°14 Savanne-Rivière Noire, la seule circonscription où elle avait raflé les 3-0. Le trio Alan Gano-Joe Lesjongard-Ezra Jhuboo avait en effet balayé l’équipe conduite par, ô suprême ironie, Maya Hanoomanjee — installée Speaker aussitôt son rejet par les électeurs — et qui comprenait aussi le PMSD Mario Cangy, embauché ensuite à la Mauritius Tourism Authority, et Dinesh Babajee du Muvman Liberater, qui, lui, a été recruté, après un appel de candidatures contesté, à la direction de Rose Belle Sugar Estate. Et c’est sous cette même Maya Hanoomanjee que Joe Lesjongard va exercer comme Deputy Speaker.

Mais avant d’en arriver là, le député élu sur la plateforme PTR-MMM avait démissionné du MMM en mars 2015, n’étant pas satisfait de la répartition des responsabilités au sein des instances mauves. Il s’en va ensuite créer le Mouvement Patriotique, mais, en 2016, il claque la porte de ce nouveau parti et la séparation se passe tellement mal que l’on en arrive à parler de loyers et de lavabos impayés.

Et lorsqu’en qualité de député “indépendant” il n’a pas une ou deux questions sur le PMSD et son leader Xavier Duval, son inaction sur le dossier du suivi de la Commission justice et vérité et même son “coconut lease” bon marché à Grand-Gaube, il se fait petit. Tellement qu’il finit par se faire oublier et qu’il retourne tranquillement à “lakaz mama” du Sun Trust en février 2017. Il a donc fait trois partis en trois ans dans un seul mandat. Un méprisable record !

On ne sait pas si Bobby Hurreeram a démérité. En fait, on n’a pas vraiment eu le temps de le savoir et de le jauger. C’est vrai qu’il n’avait pas très bien commencé puisque le jour même de sa prise de fonction, le 31 juillet, il a expulsé Paul Bérenger pour avoir utilisé le mot “Pinocchio” à l’adresse du Premier ministre, mais ce qui se dégage de cet événement impromptu, c’est que les lobbies ont été très efficaces.

Parce que, si divers éléments du MSM ont chacun leur lobby et qu’Étienne Sinatambou a ses relais religieux et qu’il peut les faire dîner avec Pravind Jugnauth afin qu’il entende de vive voix leurs attentes, Joe Lesjongard a, lui aussi, son parrain, Jocelyn Grégoire, son pendant religieux qui a toujours manifesté une grande affection pour les enfants de Dieu, surtout lorsqu’ils occupent le poste de Premier ministre.

Allez savoir si ce ne sont pas les éloges du Premier ministre faites sur les antennes de la MBC par le prêtre aux répertoires aussi éclectiques que ses allégeances qui n’ont pas provoqué cette brusque redistribution de responsabilités. Comme ni Joe Lesjongard ni Zouberr Joomaye ne peuvent être faits ministres sans que cela ne provoque de vives secousses au sein du MSM, les menaces de démission qui en découleraient étant prises très au sérieux, il a bien fallu trouver une forme de récompense pour le revenant. Parce que ce n’était évidemment pas pour rien.

Et il doit juger qu’un poste de Deputy Speaker est quand même un lot de consolation à prendre. Même si cela équivaut à caricaturer ce qui est censé être le temple de la démocratie.

- Publicité -
EN CONTINU

l'édition du jour