La double journée hippique du week-end dernier avait pour apothéose la Barbé Cup 2019 et le moins que l’on puisse dire, c’est que les amoureux des courses hippiques ont été gâtés, car on a assisté à du beau et très grand spectacle pour cette deuxième épreuve classique de la saison. Certes, la performance chronométrique est loin des Barbé d’anthologie, mais c’est la manière avec laquelle White River, avec le jockey Manuel Nunes sur le dos, est venu arracher la victoire dans la dernière foulée à Cool At Heart et Black Cat Back, qui se livraient déjà à un duel épique depuis l’entrée de la ligne droite, qui a émerveillé le public, qui s’est du coup réconcilié avec la version sportive de l’hippisme après un début de journée chaotique.
C’est bien la classe de White River qui a parlé dans la ligne droite finale, car il est le seul à être revenu de l’arrière dans une épreuve où Cool At Heart, sous l’astucieux Derreck David, avait brutalement arraché le commandement à Black Cat Back avant l’entame de la montée et réduit l’allure pour endormir ses adversaires. À 600m de l’arrivée, Cool At Heart accéléra brutalement et seul Black Cat Back a pu le suivre et l’empoigner à mi-ligne, mais Cool At Heart montra une résistance à toute épreuve et semblait filer vers la victoire lorsque surgit — comme le dirait Léon Zitrone — du diable Vauvert une fusée nommée White River, sur lequel le très chanceux mais talentueux Nunes va tirer le maximum pour venir souffler la victoire à Cool At Heart. Dommage pour l’entraîneur Vincent Allet, qui méritait, après une horribilis année passée, pour son début de saison tonitruant et pour l’injustice dont il a été victime dans la première épreuve de cette journée de voir se poursuivre l’invincibilité de Cool At Heart avec une victoire classique. Mais les courses sont ainsi faites qu’il y a souvent meilleur que soi et White River l’a démontré de façon magistrale en engrangeant sa deuxième victoire classique, offrant du coup à l’entraînement Rameshwar Gujadhur sa sixième Barbé Cup, dans laquelle il faut souligner l’influence de l’expertise de son fils, Subiraj Gujadhur. Bravo à tous pour ce vrai bonheur !
Cette partie purement hippique et inhabituelle de cet édito se veut être un hommage à tous ceux au MTC et ailleurs qui se donnent corps et âme pour faire perdurer l’esprit et la lettre de l’hippisme mauricien qui se trouve pourtant dans une impasse pour des raisons intrinsèques, mais surtout parce que certains mercenaires veulent en faire leur vache à lait. Parmi les raisons intrinsèques se trouvent celles des décisions contestables des commissaires des courses dont, ce dimanche, celle de rétrograder Eight Cities (Allet) au profit de Lady’s Knight (Maingard) est un exemple patent. Nous ne tomberons pas dans le piège de la comparaison avec d’autres occurrences semblables, car chaque cas doit être jugé sur ses propres mérites et nous ne ferons pas non plus aussi un procès de mauvaise intention aux commissaires des courses, car il y avait matière à interrogation. Mais nous divergeons sur la décision finale. Et il n’y a pas scandale en la matière. Mais les Racing Stewards (RS) doivent savoir qu’il y a une forte perception de circonstances troublantes — des proximités ou des inimitiés — qui se répètent dans le temps et qui engendrent souvent les mêmes conclusions. Ces considérations doivent être bannies et il faut assumer que la collectivité des décisions les atténue ou annule !
Par contre, ce qui constitue un véritable scandale et qui a failli tourner au vinaigre, ce n’est pas tant la disqualification contestable qui est en cause, c’est le fait, dans l’instant, que le public a été privé de son droit de se faire sa propre idée sur l’incident allégué puisque le head-on n’a pas été projeté par le MTC comme il est de coutume. Les sceptiques y ont même vu une tactique dilatoire qui a renforcé leurs doutes sur le fondement de la décision des RS, ce qui a transformé la déception en une montée de colère des turfistes, au point où on a craint un certain moment une émeute, surtout lorsque l’organisateur des courses ne remplit pas correctement ses obligations publiques.
Le MTC a invoqué après coup une panne technique — toujours possible —, mais il est étonnant que le budget conséquent attribué à ce département ces dernières années n’ait pas prévu un back-up adéquat. Pire, le MTC s’est muré pendant un long moment de cette journée dans un silence éloquent sur cette panne et a démontré ses grandes faiblesses en communication publique dans des circonstances de crise. Le MTC a dans ce domaine un fort déficit de crédibilité vu que, dans le passé, les caméras en panne étaient souvent celles des boxes de chevaux dopés ou, là où il y avait d’autres incidents. L’amateurisme à ce niveau n’a plus sa place, car il est un générateur connu de désordres. Il est grand temps, vu les enjeux, que la communication audiovisuelle soit totalement repensée et menée par de vrais professionnels totalement acquis à la cause du MTC et des courses.
L’autre problème technique du jour et qui est un véritable scandale c’est la panne enregistrée par SMS Pariaz dimanche dernier. Pendant plusieurs heures, cet organisateur de paris a été incapable sur le réseau de Mauritius Telecom de remplir ses obligations de traitement des paris envoyés en bonne et due forme par ses clients qui n’ont évidemment pas connu de difficultés pour effectuer leurs dépôts. Ces clients affirment qu’ils n’ont pas été informés de la panne et pensaient genuinely que leurs paris avaient été effectués normalement. Mais tel n’était pas le cas et nombreux d’entre eux qui pensaient avoir gagné ou perdu ont finalement appris après coup qu’ils n’avaient pas joué.
SMS Pariaz a décliné toute responsabilité dans cette affaire et a affirmé que c’est Mauritius Telecom (MT) qui est en la cause, puisque ses clients utilisant le réseau Emtel n’ont connu aucun problème. MT a immédiatement réagi à ces « allégations mettant en doute la fiabilité du service mobile de MT » et a rapidement bouclé son enquête et accuse SMS Pariaz d’avoir « colporté des informations infondées et malveillantes sur MT » pour lesquelles MT dit avoir déjà enclenché des actions légales contre SMS Pariaz. Pire, MT affirme qu’ « à partir de 13h29, les équipes techniques de MT remarquent un comportement anormal émanant du système de SMS Pariaz » et décline toute responsabilité dans cette affaire. C’est ce qui est choquant dans cette histoire, c’est qu’on apprend maintenant qu’un incident semblable s’est produit en avril dernier et que ni la Gambling Regulatory Authority (GRA) ni aucune autre institution comme l’ICTA ou la Cyber Unit de la police ne sont intervenues pour éclairer le public parieur. Cette fois, il est urgent que la GRA, la Police des Jeux, la Cyber ou IT Unit de la police, voire l’ICTA viennent expliquer au public la troublante accusation de « comportement anormal » de SMS Pariaz émanant de MT.
Il n’est pas inutile ici de rappeler que SMS Pariaz avait dans le passé été au centre d’une affaire où une de ses ex-employées, femme de jockeys, aurait pris des paris massifs suspects et une autre affaire où des paris avaient été enregistrés en dehors des heures d’ouverture dans son centre de Curepipe. Ces deux affaires n’ont jamais connu de suite. Espérons cette fois que les autorités éclairciront dans l’intérêt public ces comportements anormaux notés le 30 juin dernier entre 13h29 et 15h47, où de nombreux parieurs ont été lésés dans leurs droits et ou SMS Pariaz a failli dans son devoir.
Le torchon brûle désormais entre deux « blue-eyed boys » du régime, une preuve que les exigences démesurées du London Guy sont désormais de plus en plus contestées !