Le départ de la saison 2018, retardé à bon escient pour cause de mauvais temps, ce qui a permis une préparation plus efficace des chevaux, aura bien lieu ce samedi, avec à la clé une Duchess Of York Cup bien prometteuse vu la qualité de certains coursiers. Mais il faudra attendre encore quelques semaines pour avoir des programmes conformes aux aspirations des turfistes mauriciens et de l’ambition du Mauritius Turf Club (MTC) de marquer la saison 2018 du sceau d’une nouvelle ère.

Il faut d’emblée saluer l’effort fait par les propriétaires qui ont investi lourdement dans de nouveaux chevaux, où la qualité sera à la hauteur de la quantité, ce qui a permis le renouvellement d’un effectif vieillissant. Pour ne pas être en reste, le MTC a répondu favorablement à ces investissements massifs en offrant Rs 10 millions de plus en termes de stakes money pour la présente saison, dont Rs 2 millions pour le Maiden et Rs 1,5 million pour la Coupe d’Or.

Ces informations ont été communiquées lors d’une conférence de presse par le MTC, sous la férule de son nouveau président, Kamal Taposeea, qui en appelle à des relations normalisées avec le PMO. Un vœu pieux maintes fois souhaité par le MTC qui tend la main, pour la plupart du temps la voir rejetée d’un revers par les institutions étatiques.
S’il est vrai que l’affaire de l’approbation des jockeys étrangers est devenue un feuilleton insipide, avec comme acteurs principaux des officiers du ministère du Travail qui refusent ou approuvent la venue de ces professionnels sur des bases incompréhensibles de la part des professionnels de courses et du grand public, alors que le MTC les a approuvées, il y a pire dans les coulisses, avec une Gambling Regulatory Authority qui se permet toutes les largesses sans mesurer la portée de ses actes.

Passons sur l’exigence des besoins des certificats de moralité qui n’auraient pas empêché, par exemple, au membre du MTC et propriétaire de chevaux Azaree de vaquer à ses activités hippiques en toute quiétude malgré ses péchés mignons que la police et la justice semblent lui reprocher dans le domaine de la drogue. Il y a toujours au paddock chaque semaine des gentlemen cambrioleurs avec des certificats de moralité en béton qui tirent les ficelles, alors qu’en même temps des employés qui ont commis des erreurs minimes dans le passé pourraient être pénalisés au niveau de leur emploi. Enfin, il apparaît qu’il y a une jouissance particulière de certains qui fréquentent les arcanes du pouvoir de voir des personnalités respectées et respectables faire la queue au bureau de l’Attorney General.
Mais le plus grave pour la GRA, c’est cette tentation de vouloir se substituer en organisatrice alors qu’elle est la régulatrice. Comment peut-elle émettre des directives sur le day-to-day management des courses sans qu’elle ne soit elle-même redevable à une contradiction ou un contrôle ? Si les autres membres du board sont coupables de subir ses ambitions démesurées, les velléités de M. Beekary d’être le grand manitou des courses mauriciennes doivent être combattues à leur juste mesure. Tout le monde se souviendra comment ce personnage a sabordé la mise en place des recommandations du rapport Gunn et Scotney pour la mise à exécution du rapport Parry sur les courses mauriciennes. Chacun sait aujourd’hui ce qui est advenu du rapport intérimaire explosif qui lui avait été personnellement remis, alors que la république entière cherchait ce rapport du côté du Réduit et dans les coffres de Riverwalk.

Le dernier acte à mettre à son actif concerne les nouvelles directives adressées au Mauritius Turf Club pas plus tard qu’hier, à la veille de la première journée de courses, sans qu’il n’y ait eu aucune discussion officielle au préalable avec l’organisateur des courses. Plus filou que ça tu meurs. Il pourra toujours se réfugier derrière le board ou la CEO, mais c’est un secret de Polichinelle qu’une partie de ces directives lui ont été préparées par un professionnel des courses, dont il est proche, surtout dans la philosophie, pour servir les desseins d’un établissement en particulier. Le reste ne provient que de l’imagination de quelqu’un qui pense tout savoir, mais qui n’est en fait qu’un ignare en matière hippique. Il voudrait que le MTC soit soumis aux avis obligatoires des entraîneurs et du diktat de la GRA pour faire son métier d’organisateur. C’est bien humilier qui est au menu de la GRA, pas le bien des courses !

Comment peut-on dans ce contexte composer avec cette même GRA, régulatrice, donc normalement impartiale, capable de toutes les contorsions lorsqu’il s’agit de ses amis. Ainsi, le bookmaker Jankee a été réintégré plus vite qu’il n’a été interdit parce que son partenaire est le fils d’une ponte du PMO, ou le SMS Pariaz de Michel Lee Shim, qui obtient lui toutes les autorisations, même pour les courses internationales, juste parce que le législateur a astucieusement gommé de la loi le mot “local”. Que dire de cet officier, le béni-oui-oui de service, renvoyé au PMO après l’épisode de la réponse parlementaire du VPM sur les licences mais qui est revenu à la GRA comme si de rien n’était. Et s’il n’y avait pas un agenda derrière ces directives dont les plus contraignantes ne prendront effet qu’en juin 2018, pourquoi n’avoir pas attendu l’arrivée du Head of Racing recruté par la GRA ? Sans doute n’aurait-il pas approuvé cette démarche partisane…

Mais si on en est là, c’est aussi la faute au MTC, qui a tellement laissé pourrir sa situation interne qu’on en est arrivé cette année à vivre les élections des administrateurs les plus teintés de communalisme de l’histoire du club. Il ne suffira pas de pousser la poussière sous la moquette en espérant que les choses rentreront dans l’ordre tout seul. Le MTC doit vite se réinventer et devenir cette entreprise qui sortira des pinces de crabe de la GRA et devenir crédible pour être respecté. Il ne suffit pas de faire le vœu d’une meilleure relation avec le PMO pour que changent les choses. Depuis la première fois que ce partenariat pieux a été publiquement annoncé par le président Brian Glover, les relations État/MTC n’ont cessé de se détériorer et s’inverser, au point où, aujourd’hui, le MTC ne dirige plus les courses, il exécute les ordres sournois de l’État qui boit de son sang et de son âme sans vergogne en le vilipendant publiquement, même sur les strapontins du parlement.
La tâche sera ardue pour le nouveau président du MTC, car dès le départ, la GRA lui met les bâtons dans les roues. À lui de démontrer qu’il a l’étoffe pour faire que le MTC reprenne la main. Sinon, ce sont encore des heures sombres qui nous attendent.