Il y a une semaine, la Mauritius Football Association (MFA) prenait la décision de faire une croix sur le football professionnel. Cela, une année après que son « partenaire », la Mauritius Professionnal Football League (MPFL), a décidé de fermer boutique. L’arrêt s’est fait en toute discrétion. Pas la moindre conférence de presse et encore moins de communiqué officiel de la MFA pour faire part d’une décision de cette ampleur et ce, contrairement à tout le boucan autour de son lancement, il y a quatre ans. Une formalité, comme dirait l’autre, mais certainement pas surprenant quand on connaît la façon dont cette fédération est dirigée par Samir Sobha.

Ainsi, la professionnalisation du football n’est plus qu’un vieux souvenir. Un soulagement, serons-nous tentés de dire, pour ces messieurs de la MFA qui n’auront désormais plus à trouver des millions de roupies pour faire tourner la cuisine. Douloureux pour d’autres, en particulier ces joueurs, qui ont malheureusement cru que la formule proposée allait donner une nouvelle impulsion à leur carrière et ensuite améliorer leurs conditions de vie. Les discours étaient d’ailleurs trop tentants pour résister aux sirènes de la professionnalisation.

Malheureusement, le retour à la réalité a été brutal. Certains joueurs ont même osé démissionner de leurs emplois pour vivre de leur passion. Cela contre un salaire « minimum de Rs 25 000 » que vantaient les promoteurs en mai 2014. Quatre ans après, ils ont été sacrifiés comme ces pauvres bêtes qu’on emmène à l’abattoir. Un véritable drame humain. A la rue désormais, ces footballeurs, dits jadis, des professionnels, se retrouvent à « trase » pour nourrir leurs familles, dans l’attente de jours meilleurs.

Des questions fondamentales demeurent : pouvait-il vraiment en être autrement quand on sait dans quelles conditions la professionnalisation a été présentée ? Des experts en la matière ont-ils été consultés avant de lancer un tel projet d’envergure ? Où encore, dans quelle partie du monde fait-on de la professionnalisation sans même structurer ses assisses ? Week-End avait d’ailleurs émis des réserves à ce sujet, dès le départ. Ceux qui connaissent vraiment le football et sa gestion seront d’accord avec nous. Pas pour d’autres, en revanche, dont on s’interroge aujourd’hui toujours, sur leurs motivations réelles par rapport à la professionnalisation.

Au départ, trois hommes. L’économiste Georges Chung, qui deviendra par la suite le président de la MPFL, le président de la MFA, Samir Sobha, et Saoud Lallmohamed, présenté à l’époque comme étant l’une des chevilles ouvrières de ce projet et qui deviendra ensuite le président de la commission technique. Leur point commun : professionnaliser le football à tout prix…surtout à coup de plusieurs millions de roupies !

En mai 2014 d’ailleurs, Georges Chung vantait ce projet. Coût initial par saison : Rs 100M ! C’était trop beau pour être vrai, surtout dans la conjoncture économique du pays. Au final, rien que Rs 40M sont obtenues auprès d’une poignée de firmes privés et de l’Etat pour la première saison. L’accouchement s’est fait dans la douleur et il ne fallait surtout pas s’en étonner.

Tout comme le départ de Georges Chung et de la MPFL après avoir menacé de se retirer, une première fois, après…une saison seulement. Professionnalisme dites-vous ? Réalisant sans doute avoir fait fausse route et dans une ultime tentative de se dédouaner, Georges Chung n’a pas trouvé mieux que de blâmer les clubs pour leur manque d’implication. Des clubs qui, précisons-le, ne disposent pas de grands moyens financiers, faute de sponsoring, encore plus depuis la mise en place de la Corporate Social Responsibility (CSR).

Si ces derniers sont effectivement à blâmer, comme le pense Georges Chung, alors il devrait l’être encore plus, au même titre que Samir Sobha pour avoir,  embarqué des joueurs et tout un pays dans un projet irréalisable. Les anciens ministres de la Jeunesse et des Sports que sont Devanand Ritoo et Yogida Sawmynaden, aussi bien que l’actuel titulaire au poste, Stephan Toussaint, sont à critiquer pour avoir d’abord cru que ce projet pouvait réellement marcher et pour avoir contribué à son financement à travers des fonds publics.

Ils auraient dû savoir qu’il était beaucoup plus important d’aider d’abord les clubs à se structurer et les doter surtout d’infrastructures nécessaires avant d’injecter autant de millions en termes de salaires. Idem pour l’économiste et conseiller au bureau du Premier ministre qu’est George Chung, Samir Sobha et la MFA. Comment des dirigeants, supposément « passionnés » et censés s’assurer du bon développement du football, ont pu foncer tête baissée dans un mur ?

L’heure est désormais au bilan. Le public, lui, devra enfin savoir combien de millions de roupies ont été gaspillées dans ce projet sans suite, alors qu’ils auraient pu être utilisés  judicieusement. Les responsables de cet échec auront, eux, à assumer la faillite d’un projet qui était très loin de ressembler à une réelle professionnalisation du sport roi !