L’humeur du pays cette semaine est caractérisée par la lassitude et la morosité. Ce qui n’est pas étranger au climat pluvieux et orageux qui prévaut en ce moment. Beaucoup de personnes sont préoccupées par les inondations qui affectent quotidiennement les espaces résidentiels, les rivières qui sortent de leur lit, comme cela a été le cas à Vacoas, les maisons qui sont inondées, les effets mobiliers et les équipements électroménagers qui sont affectés… Pour les automobilistes, c’est l’enfer des embouteillages occasionnés par les routes détrempées, l’absence de visibilité résultant des grosses averses, sans compter les accidents à répétition qui continuent de faire des victimes. Souhaitons que la campagne de sensibilisation concernant la sécurité routière sur le thème “Ensam pas laisse Koltar touy nou fami” arrive à toucher les cœurs des conducteurs les plus téméraires.
Ce sentiment de lassitude n’épargne pas le champ politique. Alors qu’au niveau gouvernement le Premier ministre profite des activités officielles ou culturelles pour lancer des piques contre ses principaux adversaires, dans l’opposition, la situation n’est pas plus réjouissante. Une polémique oppose en effet le PMSD et le MMM autour du poste de leader de l’opposition. Le MMM souhaite que Xavier-Luc Duval rende son tablier à la présidente de la République afin que cette dernière puisse choisir la personne « la plus acceptable » pour occuper cette fonction après consultation avec les factions de l’opposition parlementaire. Ce à quoi le PMSD rétorque, en demandant au leader du MMM « d’arrêter de mendier le poste de leader de l’opposition » et d’adresser ses récriminations directement à la présidente. C’est un débat qui, pour le moment, reste stérile et tourne autour du pot.
Trois événements d’ordre intellectuel ont toutefois permis de nous tirer de notre torpeur, soit le Forum organisé par l’Australie et Maurice sur la recherche et l’innovation, la conférence internationale organisée par l’UOM – réunissant les scientifiques de la diaspora mauricienne, et la conférence du Pr Partha Dasguptha à la State house. Nous avions eu droit à un bouillonnement d’idées, même les plus extravagantes, qui nous ont permis de rêver. Nous avons également été témoin du génie mauricien qui est à l’œuvre dans les grandes capitales du monde dans le domaine de la recherche, de la médecine et de la technologie. Beaucoup sont disposés à apporter leurs contributions au développement de Maurice à partir des institutions où ils opèrent ou en effectuant des missions précises dans l’île. Il faudrait pour cela créer le cadre approprié et introduire, entre autres, au plus vite une loi protégeant la propriété intellectuelle. Il est dommage toutefois que ces manifestations, qui s’inscrivaient dans le cadre du 50e anniversaire du pays, aient été organisées de manière à toucher un groupe très “sélect” de personnes.Certaines conférences ont ainsi été données devant des salles presque vides.
L’autre signe d’espérance est venu d’Afrique du Sud, où Cyril Ramaphosa a succédé à Jacob Zuma, qui a été poussé vers la porte de sortie par son propre parti, l’ANC. Les opérateurs économiques, dont le secrétaire général de la MCCI, Raju Jaddoo, souligne à ce propos que c’est le moment d’approfondir les axes de relations bilatérales entre l’Afrique du Sud et Maurice. Des relations existent cependant sur le plan régional à travers la SADC et l’IORA. De plus, non seulement l’Afrique du Sud assure, à partir de cette année, la présidence de l’IORA, mais c’est l’ancien ambassadeur de ce pays auprès de Maurice, le Dr Nomvuyo N. Nokwe, qui occupe les fonctions de secrétaire général de l’OIRA, dont le siège se trouve à Ébène. L’Afrique du Sud est pour rappel un de nos principaux partenaires économiques. Nos échanges commerciaux entre juillet et septembre de l’année dernière se chiffraient ainsi à Rs 15,8 milliards. Ce pays occupe par ailleurs la 5e place en ce qui concerne nos marchés touristiques, avec 112 129 arrivées enregistrées en 2017.
La situation économique sud-africaine avait connu une détérioration constante les dix dernières années et était en déphasage complet avec les espoirs placés en ce pays après le démantèlement de la politique de l’Apartheid sous l’impulsion de Nelson Mandela. Son économie était caractérisée par le ralentissement de la croissance, voire une décroissance, une montée du chômage (27,7%), l’inégalité sociale et la corruption généralisée. Sunil Benimadhu, de la SEM, considère que la réduction des inégalités, la justice sociale et la corruption sont les principaux défis que doit relever le nouveau président sud-africain.
Alors que l’Afrique occupe une place grandissante dans la stratégie économique, commerciale et financière de Maurice, le succès de la stratégie africaine, dont parlait sir Anerood Jugnauth en Inde, passe également par un partenariat économique avec l’Afrique du Sud. Les autorités mauriciennes devaient saisir la balle au bond.