Si 2019 ne s’était pas terminée sous les meilleurs auspices, on peut déjà dire que 2020 ne commence pas mieux. L’année dernière a été marquée par les tweets du président de l’Etat le plus fort de la planète passant de la menace armée contre l’Iran aux roucoulements à l’adresse de la Corée du Nord. Kim Jong-Un s’est moqué royale- ment des déclarations du président américain qu’il a roulé dans la farine pendant des mois. Dans le cadre de sa politique de chef de guerre, le président américain a fait tuer un général iranien en Irak et s’en est félicité au risque de déclencher une série de ripostes qui risquent d’embraser encore plus le Moyen-Orient. Avec le risque que les représailles pour venger l’assassinat débordent sur le reste du monde, les « intérêts » américains étant disséminés aux quatre coins de la planète, dont l’océan Indien. Les premières représailles ont déjà eu lieu et selon les déclarations des ayatollahs au pouvoir à Téhéran — qui comme le président américain multiplient les menaces — le pire est à venir. On pourrait se demander si en faisant tuer un général iranien en Irak le président américain ne s’est pas
comporté exactement comme un ces terroristes dont il s’est
déclaré l’ennemi ? Dans la patrie de Gandhi, surnommé
la plus grande démocratie au monde, le Parlement a voté
des lois dont le but avoué est de refuser — ou de retirer — la
nationalité indienne à certains de ses habitants de foi musulmane. L’autonomie du Cachemire a été révoquée, ses habitants placés sous contrôle du gouvernement indien et coupés du reste du monde. A suivi le vote de loi refusant aux réfugiés musulmans l’accès à la nationalité indienne. Ces mesures communales, comme on entend ce terme à Maurice, ont provoqué des manifestations et des morts dans toute la Grande péninsule. A Washington, les mesures prises ont été tweetées pour galvaniser l’électorat avec lequel Donald Trump compte pour se faire reélire cette année. A New Delhi la nouvelle loi, qui risque d’embraser le pays comme ce fut le cas lors de la partition, a été votée pour satisfaire la base de l’électorat qui a porté Modi au pouvoir. Un Premier ministre dont le positionnement politique est qualifié de « national-populiste », « anti-musulman » et « xénophobe ».

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A la fin de l’année dernière s’est déroulé un spectacle surréaliste devant la Cour internationale de La Haye, où la Grande-Bretagne avait justifié sa décision de déraciner les Chagossiens pour pouvoir louer Diego Garcia aux Etats-Unis. Le spectacle a été donné par Mme Aung San Suu Kyi, qui avait obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1991, pour son combat pour la démocratie et les Droits de l’homme contre le gouvernement militaire du Myanmar. Combat qui avait valu à Mme Suu Kyi de vivre en liberté surveillée pendant quinze ans. Depuis, les choses et les prises de position politique ont changé. Aujourd’hui Mme Suu Kyi fait partie du gouvernement des généraux qui sont toujours au pouvoir au Myanmar. Ce sont ces généraux que l’ancien prix Nobel de la paix est venu défendre devant le tribunal international de La Haye. Non, a-t-elle déclaré, le fait que l’armée, soutenue par certains bouddhistes, a fait la chasse aux Rohingyas, obligeant près d’un million d’entre eux à tout abandonner pour se réfugier au Bangladesh ne doit pas être qualifié de génocide. Non, a affirmé l’ancien prix Nobel de la paix, les termes qui peuvent être utilisés pour justifier l’action des généraux sont « violence intercommunale », ou encore « des actions contre des insurgés ». Et possiblement, seulement possiblement « usage disproportionné de la force ». Mais pas génocide. Après cette déclaration sans équivoque de Mme Aung San Suu Kyi justifiant le gouvernement militaire de Myanmar le silence des commentateurs qui avaient tressé des couronnes à la récipiendaire du Prix Nobel de la paix de 1991, a été sidérant.

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Au Brésil des feux sont en train de brûler le poumon de la planète depuis des mois. Ces incendies ont lieu dans la plus grande forêt tropicale au monde considérée comme « essentielle pour lutter contre le réchauffement climatique ». Ces feux provoqués par des campagnes de déforestation soutenues par le gouvernement qui estime qu’elle est « nécessaire pour reconstruire l’économie brésilienne », ont détruit des territoires de la même dimension que des pays d’Europe. En Australie d’autres incendies de brousse ont dévasté des territoires, tué plus d’un milliard d’animaux, brûlé des centaines de fermes et d’habitations et continuent à menacer de s’étendre avec des températures qui se rapprochent des 49 degrés. Dans des déclarations publiques, le président brésilien Jair Bolsonaro et le Premier ministre australien Scott Morrison ont affirmé que les cataclysmes qui ravagent actuellement leurs pays respectifs n’ont aucun lien avec le réchauffement de la planète !

Comment, après ces quelques faits, ne pas être obligé de penser que 2020 risque de ne pas être une bonne année pour la planète ?