Avec l’adoption en fin de semaine de l’amendement à la clause 8 de la Constitution et du Good Governance and Integrity Reporting Bill dans la lutte contre l’Unexplained Illgotten Wealth et en prélude à la mise sur pied de l’Integrity Reporting Board, les premiers signes d’énervement se dont déjà sentir. Ceux qui pourront faire l’objet de Unexplained Wealth Orders sous la loi Bhadain et émis par la Cour suprême d’ici à la fin du premier semestre de l’année prochaine, au plus tôt, tentent de se constituer une parade pour sauver ce qui pourrait être sauvé du patrimoine en péril. Tout au long des débats, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, et le ministre de la Bonne Gouvernance, Roshi Bhadain, ont mis l’accent sur le fait que ce ne sont pas des individus qui seront visés mais des biens mal acquis suite à un enrichissement illicite.
Les premières indications recueillies de sources généralement bien informées indiquent que l’une des premières protagonistes, suivant avec un intérêt redoublé les derniers développements au sujet du recyclage de l’argent sale, n’est nulle autre que Nandanee Soornack. Et cela malgré le fait qu’il y aura bientôt un an, soit vendredi prochain, qu’elle aura pris la fuite pour chercher refuge à Parme en Italie. En effet, Nandanee Soornack, contre qui des procédures d’extradition ont été logées par les autorités mauriciennes, évaluerait actuellement l’option d’une Bargaining Mode pour rentrer en vue de défendre son patrimoine au lieu de rester en Italie et de faire l’objet d’Unexplained Wealth Orders en bonne et due forme.
Une simple vérification des biens et propriétés appartenant à Madame Ou Koné Ki Mwa indique que, sommairement, cette dernière devrait peser financièrement plus de Rs 115 millions à Maurice, soit les Rs 40 millions pour la campagne Maingard à Floréal, acquisition qui fait actuellement l’objet d’enquête du Central CID, au moins Rs 15 à Rs 20 millions pour l’appartement “batte djembe” de Diplomat Garden toujours à Floréal et au moins Rs 60 millions représentant les investissements dans des équipements installés à Airway Coffee au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. Des proches de Nandanee Soornack aurait également servi de prête-noms pour occulter des transactions immobilières.
Dans l’entourage relativement proche de celle-ci, l’on fait comprendre qu’elle pourrait être tentée de renouer des contacts avec des intermédiaires en vue d’un sauf-conduit pour son retour à Maurice contre certaines informations cruciales sur le deal à Rs 100 millions avec la signature du contrat de Dufry AG (Suisse) pour le compte de Mauritius Duty Free Paradise Co Ltd. Dans le temps, une première tentative avait permis de déblayer le terrain de manière considérable.
Au moins, cette reprise de contacts se fait dans un contexte un peu plus urgent, Nandanee Soornack étant intéressée à sauver une partie de ses propriétés car elle affirme être en mesure de justifier les sources de revenus de ces acquisitions, alors que si elle demeure en Italie, la mission sera quasi difficile à mener par le truchement de proxies. Des indications sur les véritables intentions de la femme qui fut la plus puissante sous Navin Ramgoolam, Premier ministre, devront être disponibles dans les jours à venir.
Une autre vedette éventuelle avec l’avènement des Unexplained Wealth Orders ne serait nullement autre que le dénommé Hemant Bangaleea. Depuis des années, cet ancien chauffeur de Mauritius Telecom traverse les frontières avec des valises contenant des centaines de millions de roupies. Jusqu’ici, les enquêtes initiées par l’Independent Commission against Corruption (ICAC) n’ont pas donné les résultats escomptés.
Les Unexplained Wealth Orders pourraient constituer la formule magique dévoilant les sources de revenus de cet homme, qui semble avoir déjoué toutes les enquêtes. En début d’année, il avait été question d’un transfert de Rs 1 milliard à Maurice pour le financement de projets immobiliers haut de gamme type Integrated Resort Scheme. Officiellement, ces fonds représentent des prêts obtenus auprès des banques en Europe mais avec quelle contrepartie. C’est ce que tenteront d’identifier les autorités avec l’entrée en opération des mécanismes prévus sous The Good Governance and Intergrity Reporting Act et le recours à des ordres des juges siégeant en référé.
Du côté du clan Rawat, la facture des Unexplained Wealths pourra facilement dépasser la barre des Rs 500 millions au bas mot, dont parmi l’escalier acquis du Vatican de même que d’autres ameublements installés au domaine du patriarche à Floréal au coût de Rs 100 millions et les appartements de Diplomat Garden, dont l’évaluation est de l’ordre de Rs 400 millions, sans compter les autres propriétés acquises à travers l’île, y compris le bungalow de Rivière-Noire.
Toutefois, un obstacle majeur pourrait surgir vu qu’une bonne partie de ces propriétés appartenant aux proches du Chairman Emeritus, Dawood Rawat, installé en France, ont déjà fait l’objet d’inscriptions conservatoires ou si elles ne sont pas gelées sur ordre de la Cour suprême. D’ailleurs, dans un récent post sur sa page Facebook, Laina Rawat en fait état dans le sillage d’une nouvelle réclamation (Tax Assessment) de la Mauritius Revenue Authority.
“Yet another MRA letter.. Each week for more than 8 months this is our life. Now another investigation that is due just before Christmas Day…”, révèle-t-elle vendredi dernier, en ajoutant que “they know full and darn well all of my father’s assets are frozen under the DPP — they know darn well that his bank accounts have been seized”. Au sujet des réclamations, la fille de Dawood Rawat note que “now for the MRA… How do they want us to pay objection fees with when it’s all frozen ? I offered to use a guarantee of a property but that was nicely ignored. Why ?”
En tout cas, dans l’immédiat, la composition de l’Integrity Reporting Board avec comme chairperson un juge britannique ou dans le circuit du Commonwealth recherché demeure la priorité pour faire démarrer cette institution présentée comme un Game Changer au chapitre de la lutte contre la fraude, la corruption et l’argent sale, avec une exploitation optimale des informations compilées par la Financial Intelligence Unit ou des jugements au niveau de la Cour intermédiaire…